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Solidarité Mayotte : accompagner la reconstruction

28 mai 2026

Un an et demi après le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024, l’archipel de Mayotte reste profondément marqué par la catastrophe. La Fondation de France poursuit sa mobilisation pour venir en aide aux populations sinistrées dont les besoins demeurent immenses. L’accompagnement de la reconstruction constitue l’un des axes majeurs de son action, dans un territoire où l’habitat précaire, qui représente près de 40 % des logements de l’archipel, a été détruit ou fortement endommagé. L’appel à dons lancé a permis de collecter 44,4 millions d’euros. Mi-mai 2026, près de 25 millions d’euros ont déjà été consacrés au soutien de 311 initiatives sur l’ensemble du territoire mahorais, dont 7,2 millions d’euros dédiés à la reconstruction.

La Fondation de France a progressivement structuré son action pour accompagner la reconstruction de l’archipel en faisant face à des enjeux complexes : questions foncières, situations de propriété parfois incertaines, difficultés d’accès aux dispositifs de droit commun ou encore nécessité de prioriser les habitats les plus fragilisés. Durant la première année suivant le passage du cyclone, la priorité a été de mener des analyses de terrain et des diagnostics du bâti ainsi que de développer les coopérations entre les différents acteurs mobilisés : associations, pouvoirs publics, assurances et acteurs locaux. L’objectif : préparer une reconstruction durable et adaptée aux réalités du territoire. Aujourd’hui, les projets de reconstruction ont démarré, en lien direct avec les habitants. À ce jour, 21 initiatives ont déjà été soutenues pour réhabiliter l’habitat privé des plus vulnérables sur l’ensemble de l’archipel.

Penser la reconstruction dans la durée

Face à l’ampleur des destructions, à la multiplicité des acteurs mobilisés et aux nombreuses contraintes techniques, la Fondation de France inscrit son action dans le temps long. Avant d’engager des projets de reconstruction à grande échelle, elle a fait le choix de soutenir plusieurs initiatives visant à mieux comprendre les fragilités du territoire et les causes des dégâts observés.

L’association Likoli Dago a, par exemple, mené une étude mobilisant des experts dans différents domaines (urbanisme, bâti, agriculture, espaces naturels ou foncier) afin d’analyser les impacts du cyclone et d’en tirer des enseignements pour l’avenir. Ce travail a abouti, fin février 2025, à la publication de l’ouvrage Regards croisés sur les impacts du cyclone Chido à Mayotte : analyses et propositions. L’association développe également des ateliers destinés à accompagner les habitants et les artisans dans la réparation et la consolidation des constructions, incluant des formations aux pratiques paracycloniques et du prêt d’outillage. Un accompagnement dans la durée des artisans formés est également prévu afin de garantir l’application concrète des bonnes pratiques sur les chantiers. « Le suivi des artisans formés prolonge la formation elle-même. Il est essentiel pour vérifier la bonne mise en œuvre des pratiques paracycloniques sur les chantiers et pour accompagner les artisans face aux difficultés qu’ils peuvent rencontrer » souligne Sylvia Frey, co-fondatrice de l’association.

Acteur central de l’accompagnement à la reconstruction, le CAUE de Mayotte a renforcé ses équipes composées d’architectes et de juristes afin de réaliser des évaluations de terrain, conseiller les habitants et accompagner les collectivités territoriales. L’organisme a conduit des diagnostics sur près de 200 établissements publics dans huit communes du Sud de Mayotte, organisé des formations à la construction paracyclonique et élaboré un guide de recommandations à destination des habitants pour la reconstruction post-Chido diffusé sur l’ensemble du territoire. Il anime également des temps d’échange réguliers entre associations, experts et acteurs publics afin de favoriser le partage de bonnes pratiques. « Après le cyclone, nous avons mené des diagnostics sur l’ensemble de l’île, ce qui nous a permis de constituer une base de données des principales malfaçons observées. Nous avons ensuite élaboré notre guide en apportant des réponses concrètes à ces problématiques », témoigne Maud Andrianarinosy, architecte au CAUE de Mayotte.

Reconstruire avec les habitants

Dans un territoire où l’habitat informel est largement répandu, il est indispensable d’associer les habitants à la reconstruction. C’est pourquoi la Fondation de France soutient des initiatives qui renforcent les savoir-faire locaux en favorisant l’appropriation des solutions de sécurisation et de réhabilitation par les habitants.

L’association Actes et Cités intervient dans le quartier de Mahabourini, à Kaweni, composé d’habitations précaires en tôle construites à flanc de colline. Elle sécurise les logements en stabilisant les structures fragilisées et en améliorant l’étanchéité des toitures. En parallèle, des réunions publiques et des ateliers pratiques permettent de sensibiliser les habitants aux risques naturels et de transmettre des savoir-faire en matière de construction. Les jeunes du quartier sont également mobilisés dans les chantiers et accompagnés dans une montée en compétences favorisant leur insertion professionnelle. Un guide de bonnes pratiques est en cours d’élaboration pour diffuser les méthodes de sécurisation.

À M’tsamboro, au Nord de Mayotte, les Architectes de l’urgence mettent en place un dispositif d’auto-réhabilitation accompagnée. Cet accompagnement technique et méthodologique par des professionnels vise à permettre aux habitants de réparer eux-mêmes leurs logements. Une quarantaine d’entre eux, appartenant à des familles en situation de grande vulnérabilité, vont ainsi être reconstruits avec l’aide de jeunes en insertion.

A renseigner
L'association Architectes de l’urgence accompagne les Mahorais dans la reconstruction de leurs logements.

À Mamoudzou et M’Tsangamouji, les associations Lieux Infinis, Le Pas de Côté et Les Compagnons Bâtisseurs ont quant à elles uni leurs forces pour reconstruire quatre farés, des lieux de vie collectifs. Ces chantiers participatifs associent habitants, jeunes en formation et lycéens professionnels, en lien avec les autorités locales, afin de soutenir la reconstruction tout en sensibilisant aux risques paracycloniques et parasismiques.

En coopération avec l’État, le Conseil départemental et la Fondation de France, l’association Soliha accompagne la réhabilitation d’une centaine d’habitats privés pour des familles en situation de grande précarité.  Parallèlement, à Majicavo, 17 familles ont vu leur logement réhabilité ou ont été relogées avec l’appui de la Fondation de France. L’accompagnement proposé inclut également un suivi administratif et social pendant un an. « Notre logement à Majicavo a été complètement détruit par le cyclone. Grâce à Soliha, j’ai été relogée avec mon mari et mes trois enfants dans un lieu sûr et je peux envisager l’avenir avec plus de sérénité », témoigne Anissa Hamed.

A renseigner
L’association Soliha accompagne la réhabilitation d’une centaine de logements.

De leur côté, les Compagnons Bâtisseurs engagent un accompagnement de terrain auprès des ménages les plus vulnérables. Ils encadrent la réalisation de chantiers de réfection de charpentes et de toitures dans la commune de Ouangani, ainsi que des chantiers participatifs d’auto-réhabilitation accompagnée, déployés grâce à un « Bricobus » itinérant. L’association propose également à une centaine de familles des conseils en amélioration de l’habitat, des animations collectives de sensibilisation aux risques naturels et met à disposition des outils et des appuis techniques pour de petites réparations.

Privilégier l’écoconstruction

Engagée aux côtés d’un réseau d’acteurs publics et privés, la Fondation de France soutient plusieurs initiatives visant à inscrire la reconstruction dans une démarche valorisant les ressources locales, plus respectueuse de l’environnement.

L’association Arterre structure une filière locale basée sur l’utilisation de terre d’excavation et de fibres végétales pour produire des briques de terre comprimée. Cette approche permet de reconstruire avec des matériaux disponibles sur l’île tout en réduisant l’empreinte carbone et en contribuant à la relance de l’économie locale.

Dans le même esprit, l’association Kaja Koana déploie une briqueterie mobile qui produit des matériaux directement sur les chantiers et sites de reconstruction. Elle forme et mobilise des jeunes en apprentissage, impliqués dans la production et les travaux sur le terrain, afin de leur permettre de se professionnaliser. L’objectif est double : favoriser l’emploi local et renforcer les compétences liées aux techniques de construction durables.

L’association Lieux Infinis a, de son côté, déployé une scierie mobile pour valoriser le bois tombé à la suite du cyclone. Après l’acquisition des équipements, elle a réalisé un diagnostic des ressources disponibles et formé des bûcherons locaux, transformant ainsi les dégâts en matériaux utiles pour la reconstruction.

La prise en compte de l’environnement passe également par la préservation de la biodiversité, durement impactée par le cyclone. La Fondation de France soutient par exemple l’association GEPOMAY, qui agit pour intégrer les enjeux écologiques dans la reconstruction de Mayotte. Elle étudie l’impact du cyclone sur la biodiversité, notamment les mangroves et les espèces locales, encadre les opérations de nettoyage afin de limiter les atteintes aux espèces indigènes et de lutter contre les espèces exotiques envahissantes et sensibilise les habitants et les agriculteurs aux bons gestes post-catastrophe ainsi qu’au rôle essentiel des milieux naturels. L’association a également réalisé un guide destiné aux acteurs publics engagés dans la reconstruction afin d’intégrer durablement les enjeux de biodiversité dans les projets d’aménagement du territoire.

A renseigner
L'association GEPOMAY encadre les opérations de protection de la biodiversité sur l’archipel.

 

 
 
 
 Photos :  ©Soliha, Architectes de l’urgence, GEPOMAY