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Habitat partagé : quand le logement devient solidaire

La Fondation de France a initié, voici une quinzaine d’année, un programme Habitat. Zoom sur l’un des axes d’intervention : le développement d’expériences d’habitat partagés, qui conjuguent accès au logement et lien social.

 

Un engagement pionnier

Face au problème du mal-logement, la Fondation de France soutient des démarches innovantes, notamment des coopératives d’habitat et des projets d’habitat partagé. Première fondation à investir ce terrain, elle a initié puis accompagné un mouvement en forte progression : celui d’un habitat favorisant toutes les mixités : intergénérationnelle, entre personnes valides et en situation de handicap, celles d’anciens SDF avec de jeunes travailleurs, etc. Ces solutions permettent aux plus fragiles de choisir leur mode d’habitat, au lieu de subir des hébergements imposés.

Un premier cap

En 2014, la loi Alur a constitué un tournant, car les collectivités locales étant incitées à se pencher sur le sujet de l’habitat partagé. La Fondation de France a contribué à cette avancée via sa participation à un groupe de travail. Face aux besoins de personnes âgées souhaitant sortir de l’isolement, sans forcement aller en Ephad, s’est imposée l’idée de développer des lieux de vie où pourraient se créer du lien, de la solidarité et des échanges entre générations. « Peu à peu, les premiers projets d’habitat participatif ont émergé, autour de 5 à 6 logements en général. Des villes comme Châteauroux (Indre) ou le Kremlin Bicêtre (Val-de-Marne) ont compris l’intérêt de ces projets, notamment dans des quartiers de politique de la ville où la mixité pourrait être bénéfique », raconte Patrice Cieutat responsable du programme Habitat à la Fondation de France.

Des projets précurseurs

Parmi les premiers dossiers soutenus par la Fondation de France, figure aussi le cas d’un groupe de migrants maliens, dont le foyer avait été démoli dans les années 1980. Voulant rester ensemble, ils ont d’abord pu investir une ancienne usine. La mairie a libéré ensuite à leur intention un terrain proche du centre-ville. Grâce à l’aide de la Fondation de France, une association a accompagné ce groupe dans la co-construction d’un habitat autogéré.

Autre projet emblématique, porté par l’association Ecoravie et soutenu par la Fondation de France : la conception et la construction d’un habitat partagé, intergénérationnel, solidaire et écologique dans la Drôme. Des équipements mutualisés (buanderie, bureau, outils, etc.) resserrent les liens sociaux d’habitants ayant opté pour des valeurs de partage. 

En 2017, de nombreux projets similaires ont été accompagnés dans la Loire-Atlantique, un immeuble bioclimatique de logements sociaux devrait voir le jour à Marseille, et des coopératives d’habitants, se créent dans l’Hérault ou la Haute-Savoie. Cette année, plusieurs projets de maisons intergénérationnelles ont reçu le financement nécessaire pour leur lancement. Ainsi, dans le Limousin, une maison accueillera en colocation des personnes âgées en début de dépendance et des étudiants infirmiers et médecins. Ce projet baptisé AIMER permettra le maintien à domicile des seniors le plus longtemps possible.

« Prochaine étape : cibler aussi les territoires qui n’ont pas encore entamé cette réflexion sur l’habitat partagé et solidaire. Bref, être plus proactifs ! C’est aussi un enjeu d’aménagement du territoire », martèle Patrice Cieutat.  Forte de son expérience sur le sujet de l’habitat partagé, la Fondation de France entend ainsi essaimer les meilleures pratiques sur l’ensemble du territoire, avec l’aide des collectivités locales, de partenaires institutionnels, des associations… et des habitants eux mêmes, bien sûr !

 

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Trois questions à Christian Laidebeur
Ancien référent de l’habitat participatif dans le Nord Pas–de-Calais.

 

Comment l’implication de la Fondation de France dans l’habitat participatif est –elle née ?

Elle a émergé via des demandes de financement que nous recevions, pour des projets de ce type. Et en parallèle, nous avions engagé des études sur l’habitat groupé solidaire. Nous avons réfléchi aux critères de sélection des meilleurs projets, et structuré un réseau d’acteurs. En parallèle, nous nous sommes rapprochés du programme Personnes âgées de la Fondation de France car des demandes nous parvenaient de seniors souhaitant vivre et vieillir dans de meilleures conditions. Au fil du temps, nous avons élargi cette réflexion aux personnes atteintes d’un handicap physique et psychique.

Comment ces projets d’habitat groupé solidaire se caractérisent ?

Tout d’abord, c’est un projet de vie : tout se jouent en amont de la construction. Un groupe constitué doit se mettre d’accord sur des règles de vie collective. Il doit aussi répondre à l’un de nos critères qui exige de créer du lien avec son environnement. Parce qu’il faut ‘’faire société’’. Il est intéressant d’observer comment ces projets génèrent des transformations sociales. Je citerais l’exemple de ToitMoiNous, une association créée à Villeneuve d’Ascq (Nord). Dans cette ville nouvelle, un projet d’habitat groupé a été initié pour des seniors, puis ouvert à des familles plus jeunes. Les adhérents ont signé une charte de vie commune, ils ont appris à travailler ensemble pour concevoir l’architecture du futur habitat. Après de nombreuses difficultés, ils ont inscrit leur projet dans un programme immobilier plus important et l’ont mené à bout.

Quel est le point d’étape sur l’habitat participatif ?

Au début, la Fondation de France était l’un des rares interlocuteurs du sujet. À présent, des outils se sont mis en place, dont plusieurs plateformes et des réseaux spécialisés en ingénierie, comme Éco-habitat groupé ou Coordin’action. Des collectivités locales prévoient désormais la mise à disposition de foncier pour ces projets, ce qui était inimaginable il y a encore cinq ans. Je pense qu’il faut continuer à imaginer de nouvelles formes d’habitat tenant compte par exemple de la progression du nombre de personnes seules en milieu urbain, ou de la désertification des centres-bourgs.

Chiffres-clés

3,8 millions de personnes souffrent du mal-logement

Plus de 2 000 projets de logements stables accompagnés par le programme Habitat en 15 ans