L'habitat partagé, lien social et solidarité

Logement

Habitat partagé : quand le logement devient solidaire

05/10/2020

Il y a 15 ans, la Fondation de France initiait le programme Habitat. Zoom sur l’un de ses axes d’intervention : le développement d’expériences d’habitat partagé qui conjugue accès au logement et lien social.

Un engagement pionnier

Face au problème du mal-logement, la Fondation de France soutient des démarches innovantes, notamment des coopératives d’habitat et des projets d’habitat partagé. Première fondation à investir ce terrain, elle a initié puis accompagné un mouvement en forte progression : celui d’un habitat favorisant toutes les mixités : intergénérationnelle, entre personnes valides et en situation de handicap, celles d’anciens SDF avec de jeunes travailleurs, etc. Ces solutions permettent aux plus fragiles de choisir leur mode d’habitat, au lieu de subir des hébergements imposés.

Un premier cap

En 2014, la loi Alur a constitué un tournant, les collectivités locales étant incitées à se pencher sur le sujet de l’habitat partagé. La Fondation de France a contribué à cette avancée via sa participation à un groupe de travail. Face aux besoins de personnes âgées souhaitant sortir de l’isolement sans forcément aller en Ephad, s’est imposée l’idée de développer des lieux de vie où pourraient se créer du lien, de la solidarité et des échanges entre générations. « Peu à peu, les premiers projets d’habitat participatif ont émergé, autour de 5 à 6 logements en général. Des villes comme Châteauroux (Indre) ou le Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) ont compris l’intérêt de ces projets, notamment dans des quartiers de politique de la ville où la mixité pourrait être bénéfique », souligne Patrice Cieutat, responsable du programme Habitat à la Fondation de France.

Des projets précurseurs

Parmi les premiers dossiers soutenus par la Fondation de France, figure celui d’un groupe de migrants maliens, dont le foyer avait été démoli dans les années 1980. Voulant rester ensemble, ils ont d’abord pu investir une ancienne usine. La mairie a libéré ensuite à leur intention un terrain proche du centre-ville. Grâce à l’aide de la Fondation de France, une association a accompagné ce groupe dans la co-construction d’un habitat autogéré.

Autre projet emblématique, porté par l’association Ecoravie et soutenu par la Fondation de France : la conception et la construction d’un habitat partagé, intergénérationnel, solidaire et écologique dans la Drôme. Des équipements mutualisés (buanderie, bureau, outils, etc.) pour resserrer les liens sociaux d’habitants ayant opté pour des valeurs de partage. 

En 2017, de nombreux projets similaires se sont développés en Loire-Atlantique, à Marseille, dans un immeuble bioclimatique de logements sociaux... Des coopératives d’habitants se sont aussi créées dans l’Hérault ou en Haute-Savoie. Dans le Limousin, une maison accueille en colocation des personnes âgées en début de dépendance et des étudiants infirmiers et médecins. Ce projet baptisé AIMER permet le maintien à domicile des seniors le plus longtemps possible.

Un dispositif innovant

Aujourd’hui, l’habitat partagé est un domaine porté par quatre programmes de la Fondation de France : personnes âgées, handicap, maladies psychiques et bien sûr habitat. Persuadée qu’il existe des solutions mieux adaptées, innovantes entre l’habitat participatif et l’habitat inclusif, la Fondation de France a élargi sa réflexion autour de l’habitat partagé et solidaire à travers quatre critères.

Favoriser le vivre ensemble en intégrant des habitants d’âge, de revenu, d’handicap, de situation familiale et de parcours de vie différents. Il est intéressant d’observer comment ces projets génèrent des transformations sociales. L’exemple de ToitMoiNous, une association créée à Villeneuve d’Ascq (Nord), est révélateur. Dans cette ville nouvelle, un projet d’habitat groupé a été initié pour des seniors, puis ouvert à des familles plus jeunes. Les adhérents ont signé une charte de vie commune, ils ont appris à travailler ensemble pour concevoir l’architecture du futur habitat.

Privilégier l’implication des habitants dans la conception et la gestion quotidienne de leur habitat. Les habitants doivent être accompagnés dans leur projet d’habitat avant de mobiliser les plateformes et dispositifs existants. Ils doivent également participer activement à la réalisation de leur projet.

Cibler les territoires qui n’ont pas encore entamé cette réflexion sur l’habitat partagé et solidaire pour les amener à engager une coopération entre les acteurs locaux et l’ancrage du projet (un quartier, une ville, etc.). Car il s’agit aussi d’un enjeu d’aménagement du territoire. À présent, des outils se sont mis en place, dont plusieurs plateformes et des réseaux spécialisés en ingénierie, comme Éco-habitat groupé ou Coordin’action. Des collectivités locales prévoient désormais la mise à disposition de foncier pour ces projets, ce qui était inimaginable il y a encore sept ans. Les projets doivent s’adapter aux besoins du territoire et impliquer ses citoyens.

Répondre au projet de vie des personnes vulnérables, leur laisser le libre choix d’habiter ces logements au regard de leur parcours de vie, que ce logement soit temporaire, durable ou définitif.

Les projets d’habitat sont engagés dans la durée, de l’accompagnement des groupes d’habitants au fonctionnement de ces habitats collectifs. Plusieurs années peuvent s’écouler entre l’idée et la réalisation. C’est pourquoi, forte de son expérience sur le sujet de l’habitat partagé, la Fondation de France s’investit dans la durée et entend essaimer les meilleures pratiques sur l’ensemble du territoire, avec l’aide des collectivités locales, de partenaires institutionnels, des associations… et des habitants eux-mêmes, bien sûr !

 

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Trois questions à Christian Laidebeur
Ancien référent de l’habitat participatif dans le Nord Pas–de-Calais.

 

Comment l’implication de la Fondation de France dans l’habitat participatif est-elle née ?

Elle a émergé via des demandes de financement que nous recevions, pour des projets de ce type. Et en parallèle, nous avions engagé des études sur l’habitat groupé solidaire. Nous avons réfléchi aux critères de sélection des meilleurs projets, et structuré un réseau d’acteurs. En parallèle, nous nous sommes rapprochés du programme Personnes âgées de la Fondation de France car des demandes nous parvenaient de seniors souhaitant vivre et vieillir dans de meilleures conditions. Au fil du temps, nous avons élargi cette réflexion aux personnes atteintes d’un handicap physique et psychique.

Comment ces projets d’habitat groupé solidaire se caractérisent ?

Tout d’abord, c’est un projet de vie : tout se jouent en amont de la construction. Un groupe constitué doit se mettre d’accord sur des règles de vie collective. Il doit aussi répondre à l’un de nos critères qui exige de créer du lien avec son environnement. Parce qu’il faut ‘’faire société’’. Il est intéressant d’observer comment ces projets génèrent des transformations sociales. Je citerais l’exemple de ToitMoiNous, une association créée à Villeneuve d’Ascq (Nord). Dans cette ville nouvelle, un projet d’habitat groupé a été initié pour des seniors, puis ouvert à des familles plus jeunes. Les adhérents ont signé une charte de vie commune, ils ont appris à travailler ensemble pour concevoir l’architecture du futur habitat. Après de nombreuses difficultés, ils ont inscrit leur projet dans un programme immobilier plus important et l’ont mené à bout.

Quel est le point d’étape sur l’habitat participatif ?

Au début, la Fondation de France était l’un des rares interlocuteurs du sujet. À présent, des outils se sont mis en place, dont plusieurs plateformes et des réseaux spécialisés en ingénierie, comme Éco-habitat groupé ou Coordin’action. Des collectivités locales prévoient désormais la mise à disposition de foncier pour ces projets, ce qui était inimaginable il y a encore cinq ans. Je pense qu’il faut continuer à imaginer de nouvelles formes d’habitat tenant compte par exemple de la progression du nombre de personnes seules en milieu urbain, ou de la désertification des centres-bourgs.

Chiffres-clés

4 millions de personnes souffrent du mal-logement

Plus de 2 620 projets de logements stables accompagnés par le programme Habitat en 15 ans