Maladies psy le continent caché

Vulnérabilité & précarité

Maladies psychiques, le continent caché

Elles touchent des centaines de milliers de personnes… mais restent largement taboues. Pour les malades atteints de troubles psychiatriques et pour leur famille, la Fondation de France mobilise ses ressources sur tous les fronts : recherche, soin et vie sociale.

« Dès que je suis stressé et anxieux, j’attrape tout ce qui passe… » Tout le monde le sait intuitivement : notre état psychologique peut altérer nos capacités de défense. Mais si le cerveau influe sur le système immunitaire, ces liens peuvent-ils fonctionner dans l’autre sens ? En clair, un dysfonctionnement du système immunitaire pourrait-il expliquer certains troubles psychiatriques ? Ces questions sont au cœur de l’immuno-psychiatrie, le champ de recherche du professeur Nicolas Glaichenhaus. Avec son équipe du CNRS à Sophia Antipolis, il développe l’un des six projets soutenus par le nouveau programme Recherche sur les maladies psychiatriques, lancé en 2016. « En travaillant avec des équipes hospitalières, nous avons pu effectuer des mesures biologiques sur le sérum de patients atteints d’un premier épisode psychotique, raconte-t-il. Et découvert une corrélation entre les symptômes de schizophrénie (délire, hallucinations) et la présence d’un taux élevé d’interleukine 15, une molécule produite par le système immunitaire. » Cette observation a ensuite été confirmée sur un modèle animal : les souris schizophrènes présentent elles aussi un taux élevé d’interleukine 15 ! « Maintenant, au-delà de la corrélation, il faut explorer les mécanismes de cause à effet entre ce marqueur biologique et les troubles psychiques, poursuit-il. C’est l’objet de notre projet de recherche, mené en collaboration avec l’équipe du professeur Marion Leboyer du pôle de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor. En associant ainsi approche fondamentale et terrain clinique, nous espérons accélérer le développement de solutions pour améliorer la vie des patients. Avec trois objectifs à terme : affiner le diagnostic, améliorer l’efficacité des traitements et identifier de nouvelles stratégies thérapeutiques. »

Moment charnière pour la psychiatrie

Un projet prometteur… à la hauteur des enjeux de ce programme de la Fondation de France. Les chiffres sont en effet impressionnants : 20 % de la population, soit 12 millions de personnes en France, souffrent de troubles psychiatriques. Ces maladies ont un impact humain, social, économique d’autant plus lourd qu’elles se déclarent généralement entre 15 et 25 ans, compromettant donc des vies entières. Impact pour les patients, mais également pour l’entourage… aggravé par le secret, voire la honte qui entourent encore souvent la question. « Lancé en 2016, le programme de recherche a pour objectif d’améliorer la compréhension, le diagnostic et le traitement de la schizophrénie, de la dépression sévère, des troubles du comportement alimentaire et des troubles bipolaires* précise Solange Guenez, responsable du programme Recherche médicale. Nous sommes convaincus à la Fondation de France que nous nous trouvons à un moment charnière pour la psychiatrie, justifiant totalement notre intervention. La compréhension des mécanismes biologiques à l’œuvre est encore partielle, la recherche en France dans ce domaine est très bonne mais a encore besoin de moyens. Au moment où les travaux en neurosciences et en imagerie médicale font des pas de géants, il est important de donner une impulsion à ce champ de recherche… »

Le programme de soutien à la recherche s’est donc construit autour d’un axe fort : décloisonner les disciplines et soutenir des projets collaboratifs, « de la paillasse au patient, et inversement, poursuit Solange. Avec un parti-pris de sélectivité : le budget d’un million d’euros chaque année est concentré sur cinq à six projets ».

L’insertion soigne les malades

Le décloisonnement, c’est aussi l’une des valeurs clefs de l’autre programme mené par la Fondation de France depuis 2004, centré sur l’accompagnement et l’insertion des personnes souffrant de troubles psychiques dans la cité.

« C’est le fil conducteur de notre action, explique Karine Pouchain-Grepinet, responsable de ce programme : encourager les démarches réunissant des acteurs qui travaillent trop souvent séparément. Le monde du soin, le médico-social, le secteur du logement, l’animation culturelle, les associations de familles et de malades… c’est grâce aux collaborations entre ces acteurs que peuvent se construire des parcours de réinsertion efficaces. » Réinsertion qui passe par des solutions d’hébergement accompagné, par l’accès à l’emploi, par l’activité sportive, par l’implication des malades dans leur projet de vie… tout est lié ! Et la preuve est faite que l’insertion des personnes atteintes de troubles psychiques dans le monde « ordinaire » est non seulement possible, mais aussi formidablement thérapeutique. « Ces malades ont besoin de reconnaissance et de dignité, comme tout le monde, ajoute Dolorès Lina Torres, psychiatre et présidente du comité Maladies psychiques et vie sociale. Ils ont des capacités d’autonomie et d’engagement professionnel mobilisables, et plus ils s’intègrent, plus les chances de reconstruction psychique et intellectuelle sont élevées : c’est un cercle vertueux. »

L’action de la Fondation de France en la matière a vocation à faire boule de neige. Outre leur dimension collaborative, les projets financés sont retenus pour leur qualité d’innovation, et leur potentielle généralisation. « Nous avons par exemple soutenu les tout premiers "clubs" de personnes malades dans les années 2000, raconte Karine. Ces initiatives ont à l’époque attiré l’attention de la ministre, qui a ensuite mis en place un financement public dédié, pour ce que l’on appelle aujourd’hui les GEM, les groupes d’entraide mutuelle. De même, dans le domaine de l’emploi, la dernière Loi Travail a prévu un financement des démarches de job coaching dédiées aux malades psy… démarches expérimentées trois ans avant avec l’aide de la Fondation. Au-delà des aides financières directes, le label Fondation de France a ainsi constitué une vraie caisse de résonnance pour ces projets ! »

* L’autisme fait l’objet d’un programme dédié.

 

Le programme en chiffres

Programme Maladies Psychiques

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Mieux dépister, pour agir au plus vite

Dolorès Lina Torres, psychiatre des hôpitaux au centre hospitalier Édouard-Toulouse à Marseille, présidente du comité maladies psychiques et vie sociale.

« Psychiatre depuis 35 ans, j’ai pu mesurer l’impact de la vie sociale sur la santé de mes patients. L’isolement et l’exclusion aggravent les symptômes. Et à l’inverse, toutes les situations d’insertion, de responsabilisation, de socialisation participent à la réhabilitation des personnes touchées par les troubles psychiques. Engagée dans plusieurs associations, j’ai moi-même sollicité l’aide de la Fondation de France à plusieurs reprises, et mesuré son apport : la validation de la Fondation est un sésame, qui ouvre de nombreuses portes. C’est aussi l’accès à un réseau, à un soutien méthodologique.

En tant que présidente du comité, je tente donc de mettre mon expérience de praticienne et mon engagement associatif à son service, pour repérer les projets les plus solides, les plus prometteurs.

Notre appel à projets est ouvert à de nombreuses initiatives, qu’il s’agisse d’accès aux soins, de fluidité des parcours de vie, du soutien aux aidants.

Parmi le foisonnement de projets, nous sommes particulièrement attentifs à ceux qui visent à mieux dépister les jeunes de 16 à 25 ans, et mieux les accompagner, ainsi que leurs familles, au moment de l’apparition de troubles sévères. L’enjeu est majeur, car plus on agit vite, plus le suivi thérapeutique et éducatif est serré, plus les chances de rémission définitive et de récupération des capacités cognitives sont importantes.»

Seulement 46% des personnes en situation de handicap ont un emploi

Des projets pour l’accès aux soins, au logement, à l’emploi