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Jeunes textes en liberté : favoriser la diversité dans le théâtre

8 septembre 2026

L’autrice Penda Diouf et le metteur en scène Anthony ThibaultCréée en 2015 par l’autrice Penda Diouf et le metteur en scène Anthony Thibault, l’association Jeunes textes en liberté, soutenue par la Fondation de France, favorise l’émergence de nouvelles écritures théâtrales pour une plus grande diversité des récits et des représentations sur les scènes. Après dix ans d’existence, elle fait évoluer son modèle pour mieux accompagner les autrices et auteurs, de l’écriture jusqu’à la rencontre avec les équipes artistiques et les publics. Rencontre avec Anthony Thibault, cofondateur et metteur en scène.

Comment est née l’association Jeunes textes en liberté ?

Avec Penda Diouf, nous nous sommes rencontrés lors d’un débat consacré à la diversité sur les plateaux à La Colline, théâtre national, en mars 2015. Les échanges étaient assez véhéments tant dans la salle qu’entre nous. Il y avait une vraie colère face au manque de reconnaissance et de représentation de certaines voix dans le secteur théâtral. Nous avons dépassé nos propres colères et de cette rencontre est née l’idée de créer un comité de lecture consacré à ces nouvelles écritures, qui deviendra par la suite Jeunes textes en liberté. L’objectif était à l’époque de repérer des textes terminés et de les faire découvrir à un public le plus large possible.

Quelle est la mission de l’association ?

Notre mission désormais est d’accompagner des récits d’aujourd’hui pour contribuer à raconter un peu mieux le monde dans lequel nous vivons, et que chacun puisse y prendre part. Nous voulons faire entendre une plus grande diversité de voix et de récits. Qui parle ? À qui ? Depuis quel endroit ? Comment renouveler les personnages et les histoires représentés sur les scènes ? Nous cherchons à questionner une certaine homogénéité que l’on peut observer sur les plateaux de théâtre. Cette diversité peut concerner différents aspects, que ce soient les origines sociales, culturelles et ethniques, le genre, la sexualité, le handicap, mais aussi les parcours de vie et les expériences de discrimination. Pour favoriser cette pluralité, nous avons également fait le choix d’ouvrir largement nos comités de sélection. Ils réunissent des personnes aux profils très différents, qui ne travaillent pas tous dans le théâtre. Notre dernier comité réunissait ainsi 45 personnes, auxquelles s’ajoute un second comité composé de nos partenaires. Chaque année, nous recevons entre 150 et 200 projets de textes.

Comment accompagnez-vous les autrices et auteurs que vous repérez ?

Après dix ans d’existence, nous avons fait le constat qu’il ne suffisait pas de sélectionner des textes et de les faire lire pour qu’ils arrivent jusqu’à la représentation. Nous proposons donc désormais un accompagnement plus long, de l’écriture jusqu’à la rencontre avec les équipes artistiques et les publics. Chaque année, six autrices et auteurs bénéficient ainsi d’un parcours adapté à leur projet et à leurs besoins, trois d’une promotion entrante et trois d’une promotion sortante. Celui-ci comprend des temps de travail avec des comédiens en formation, des lectures et des rencontres avec des programmateurs, ainsi que des bourses d’écriture. Certains connaissent peu ou pas les codes du secteur, notamment parce qu’on ne leur a pas donné accès. Nous pouvons alors travailler avec eux sur leur texte mais aussi les aider à mieux appréhender les enjeux de production, de diffusion ou de communication.

Je repense notamment à l’accompagnement d’Haïla Hessou. Son projet raconte le parcours d’une jeune femme qui tente de retrouver une représentation complète du roi Béhanzin, figure nationale béninoise. Au fil du travail, elle a pris conscience que cette histoire lui était beaucoup plus personnelle qu’elle ne pensait. Ce déclic lui a permis de faire évoluer son projet, de construire de nouveaux personnages et d’en faire une véritable épopée en marionnettes. Nous avons ensuite pu la mettre en relation avec des partenaires susceptibles de devenir ses premiers producteurs et avec d’autres structures pour poursuivre son travail.

Quel constat faites-vous sur la place des autrices et des auteurs dans le théâtre aujourd’hui ?

Le secteur public traverse aujourd’hui une période très difficile, marquée notamment par la baisse des financements, qui fragilise l’ensemble de la création artistique. Dans ce contexte, les autrices et les auteurs sont parmi les grands oubliés de ce système. Ils ne disposent pas toujours de statuts leur permettant de travailler sereinement et sont particulièrement exposés à la précarité. Il y a un enjeu collectif à mieux reconnaître leur rôle et leur contribution au théâtre, mais aussi à la société. Il faut donc mieux les accompagner, créer davantage de temps de rencontres professionnelles, faciliter leur accès aux réseaux du secteur et les aider à protéger leurs droits. Il faut également sensibiliser les programmateurs et l’ensemble des acteurs du théâtre à la diversité des écritures et des récits. Il existe parfois une forme d’autocensure, chez les programmateurs comme chez les auteurs, qui peut limiter la diversité des projets présentés.

Quel bilan tirez-vous de vos actions après plus de 10 ans d’existence ?

En 11 ans, nous avons accompagné 51 autrices et auteurs. Environ 80 % de leurs textes ont ensuite été mis en scène ou édités. C’est une vraie satisfaction, car cela montre que notre travail participe, aux côtés d’autres acteurs, à la reconnaissance des auteurs et à la diffusion de leurs œuvres. L’association est aujourd’hui identifiée et reconnue par le secteur et par les équipes artistiques, notamment grâce au soutien de nos partenaires et de l’État. Notre objectif est désormais que chaque projet accompagné puisse trouver une équipe artistique pour le porter sur scène. Les trois premiers projets de notre nouvelle promotion ont déjà trouvé leur équipe. Au-delà de leur mise en scène, notre ambition est de faire rayonner ces textes en France et à l’international.

Que représente pour vous le soutien de la Fondation de France ?

Jeunes textes en liberté a été lauréat, pour son lancement, de la bourse Déclics jeunes de la Fondation de France en 2016. Aujourd’hui, son soutien nous aide à consolider notre modèle dans la durée et à donner aux autrices et auteurs davantage de temps et de sécurité pour développer leur projet. Les bourses d’écriture et les résidences leur permettent notamment de se consacrer à leur travail dans de meilleures conditions. Ce soutien nous permet aussi de travailler sur des enjeux plus spécifiques, comme celui d’accompagner le théâtre jeune public. La diversité des récits reste encore peu présente dans les spectacles destinés aux enfants : on retrouve souvent les mêmes histoires et les mêmes formes de narration. Nous souhaitons contribuer à faire émerger d’autres personnages trop souvent invisibilisés, d’autres imaginaires et d’autres façons de raconter le monde.

Le spectacle Si grande est notre envie d’aimer, écrit par Thomas Ayouti et mis en voix par Anthony Thibault, est un projet de l’association Jeunes textes en liberté.

Le spectacle Si grande est notre envie d’aimer, écrit par Thomas Ayouti et mis en voix par Anthony Thibault, est un projet de l’association Jeunes textes en liberté.

Le spectacle Si grande est notre envie d’aimer, écrit par Thomas Ayouti et mis en voix par Anthony Thibault, est un projet de l’association Jeunes textes en liberté.

Le spectacle Si grande est notre envie d’aimer, écrit par Thomas Ayouti et mis en voix par Anthony Thibault, est un projet de l’association Jeunes textes en liberté.

Le spectacle Si grande est notre envie d’aimer, écrit par Thomas Ayouti et mis en voix par Anthony Thibault, est un projet de l’association Jeunes textes en liberté.


 
 

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