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Construire des alliances au service de l’intérêt général

16 février 2026

Comment permettre aux associations d’agir dans la durée face à des enjeux sociaux toujours plus complexes ? Comment repenser les coopérations pour renforcer la vitalité démocratique ? Ces questions ont structuré la table-ronde intitulée « Réinventer des alliances au bénéfice de la vie démocratique et associative » de l’événement « Droit de Cité !  », le 30 janvier dernier.

À l’approche des élections municipales, dans un contexte de tensions budgétaires et d’augmentation des besoins sociaux, les associations sont de plus en plus sollicitées. Pour les soutenir, il est essentiel de réfléchir aux conditions nécessaires pour construire des alliances solides et durables entre les acteurs de l’intérêt général. Cet enjeu était l’objet d’une table-ronde de la quatrième édition de « Droit de Cité ! », organisée par le Mouvement associatif à la Cité internationale universitaire de Paris, en partenariat avec la Fondation de France. Animée par la journaliste Nora Hamadi, elle a réuni Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, Nathalie Latour, directrice générale de la Fédération des acteurs de la Solidarité, Daniel Baal, président du Crédit Mutuel, et Stéphane Troussel, président du Département de la Seine-Saint-Denis.

Redonner toute leur place aux associations

Au cœur des échanges, une question centrale : quelle place les pouvoirs publics laissent-ils aujourd’hui à la capacité d’initiative et de transformation des associations ? Pour Nathalie Latour, cette capacité tend à s’éroder au fil du temps. « Au fil des années, le pilotage de l’action publique a progressivement conduit les associations à évoluer dans une logique d’opérateurs, chargées de mettre en œuvre des politiques publiques de plus en plus ciblées », a-t-elle observé, regrettant que cette évolution tende parfois à réduire leur capacité d’innovation et d’initiative.

Pour Axelle Davezac, le secteur associatif demeure encore trop peu considéré, alors même qu’il joue un rôle déterminant dans la vie démocratique, la cohésion sociale et l’innovation. Elle a toutefois rappelé que « les pouvoirs publics sont les garants de l’intérêt général et doivent rester le premier soutien du secteur associatif. La philanthropie peut compléter et accompagner, mais elle ne peut se substituer aux missions de l’État. »
Stéphane Troussel a quant à lui mis en garde contre la tentation de « tout déléguer aux associations ». Leur action doit s’inscrire dans une complémentarité claire avec celle des pouvoirs publics. Agilité, créativité, proximité avec le terrain : autant d’atouts qui en font des partenaires essentiels. « L’enjeu est de clarifier les rôles tout en reconnaissant pleinement la valeur ajoutée du monde associatif et le dynamisme démocratique qui le traverse », conclut-il.

 

Coopérer face à la complexité des enjeux

Face à des problématiques sociales de plus en plus complexes, la coopération apparaît comme une nécessité. Durant la crise du Covid-19, la Fondation de France a adapté ses modes d’intervention face au caractère exceptionnel de la situation : « Nous avons dû réinventer notre fonctionnement pour mieux répondre aux besoins des associations », a expliqué Axelle Davezac. Cette période a conduit à repenser les cadres existants, en faisant le choix de la confiance et de la coopération. C’est dans ce contexte qu’est né le programme « Inventer demain - Acteurs clés de changement », destiné à créer des communautés d’acteurs capables de s’entraider, de partager leurs expériences et de co-construire ensemble des solutions. La coopération suppose également une évolution des modes de gouvernance. La Fondation de France s’appuie par exemple sur des comités composés de bénévoles aux expertises variées. « Nous avons récemment élargi ce modèle pour inclure des représentants des pouvoirs publics locaux dans nos comités territoriaux. Cela nous permet d’avancer plus vite, de manière coordonnée, et de créer un environnement favorable à l’émergence de projets locaux innovants », a précisé Axelle Davezac.

Pour Nathalie Latour, la coopération est profondément ancrée dans l’ADN du monde associatif : « elle ne se limite pas à une mutualisation de moyens, mais porte un véritable projet politique de transformation, indispensable pour faire face aux crises actuelles et aux défis à venir. » L’objectif est de bâtir des alliances territoriales réunissant des acteurs complémentaires autour d’ambitions communes. À Marseille par exemple, le projet L’Auberge marseillaise a fédéré quatorze associations aux champs d’intervention variés pour répondre aux besoins de personnes en situation de grande précarité. Un modèle qui pourrait être déployé sur d’autres territoires.
Les collectivités territoriales jouent également un rôle structurant dans ces dynamiques collaboratives. En Seine-Saint-Denis, 61 % des structures considèrent que la coopération avec les institutions et entre associations est prioritaire, selon une enquête menée auprès du tissu associatif. Cela a conduit le Département à mettre en place des espaces d’accompagnement au sein de ses locaux afin d’accueillir et d’accompagner les associations dans le développement de leurs projets.

De gauche à droite :Stéphane Troussel, président du Département de la Seine-Saint-Denis, Daniel Baal, président du Crédit Mutuel, Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France et Nathalie Latour, directrice générale de la Fédération des acteurs de la Solidarité

Soutenir l’innovation sur le long terme

Les échanges ont également souligné l’importance de soutenir l’innovation tout en garantissant la pérennité des projets associatifs. Daniel Baal a rappelé l’engagement du Crédit Mutuel notamment à travers la création d’un dividende sociétal. Chaque année, 15 % du résultat net du groupe est consacré à des actions d’intérêt général, qui permettent de lutter contre le réchauffement climatique et contre les inégalités sociales. « Être une entreprise à mission implique un engagement concret et durable : produire de la valeur pour la partager, soutenir durablement le secteur associatif et contribuer à une société plus juste. » La Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, abritée par la Fondation de France, a ainsi soutenu six associations agissant en faveur de l’enfance défavorisée à hauteur de 17 millions d’euros sur trois ans.

Axelle Davezac a insisté sur la nécessité d’un accompagnement durable du secteur associatif au travers de financements pluriannuels et à la structure, et non simplement au projet : « Il est essentiel de soutenir la structuration des associations, leur organisation interne, leur gouvernance et leur modèle économique, afin qu’elles puissent agir sur le long terme. » La philanthropie permet également d’encourager des innovations qui ne reposent pas sur un modèle économique marchand. « L’innovation sans modèle économique, c’est ce que font les associations tous les jours », a rappelé Axelle Davezac. Reste la question de l’évaluation de l’impact des actions menées : pour les intervenants, l’enjeu consiste à définir des objectifs partagés dans la durée, qui ne se réduisent pas à une accumulation d’indicateurs quantitatifs.

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