L'association Reboot

Ensemble face au terrorisme

Contre la radicalisation, des actions concrètes

Comment empêcher les plus jeunes de tomber dans le piège du terrorisme et de la radicalisation ? La Fondation de France a décidé d’agir en accompagnant sept projets aux contours très variés. Objectifs : développer l’esprit critique des adolescents face aux médias et aux raccourcis véhiculés par les réseaux sociaux, les amener à prendre du recul et leur apprendre à convaincre, se confronter et vérifier.

L’engagement est né spontanément. Sans appel ni levée de fonds, de nombreux dons sont arrivés à la Fondation de France au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis et du 14 juillet 2016 à Nice. Ces fonds sont aussitôt attribués au programme « Ensemble face au terrorisme », créé fin 2015. « Nous avons d’abord affecté les sommes reçues aux associations d’aide aux victimes, explique Anne Bouvier, responsable du programme Enfance et éducation. Mais nous avons aussi voulu mettre en place des actions pour prévenir d’autres attentats. Notre priorité s’est alors portée sur les adolescents et les jeunes adultes, un public sensible que nous connaissons bien pour mener déjà de nombreuses actions à leur égard. »

Comment identifier les actions les plus pertinentes en terme de prévention ? Aborder de façon abrupte la question de la radicalisation avec des 11-16 ans peut vite conduire à une impasse. D’où le parti pris adopté : trouver des biais pour évoquer de façon indirecte la question. « Face au risque d’embrigadement qu’encourent les adolescents les plus fragiles, nous estimons essentiel de les aider à développer leur esprit critique, leur apprendre à décrypter les informations et leur donner les clefs pour démêler le vrai du faux. », souligne Anne Bouvier.

Réflexion et mise en situation

Très vite, plusieurs associations aux approches originales sont remarquées partout sur le territoire. La Fondation de France en soutient aujourd’hui sept. Parmi elles : la CinéFabrique de Lyon ou Entre les lignes, créée en 2010 par une journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). Cette association sensibilise les jeunes à l’importance des sources d’information. « L’attentat contre Charlie Hebdo a constitué un basculement dans l’esprit des journalistes, un électrochoc, se souvient Sandra Laffont. Depuis, beaucoup ont envie de transmettre leurs valeurs, celles de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, former des lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, internautes exigeants s’est imposé comme une nécessité. »

Un atelier de la CinéFabrique

Avec un réseau d’une cinquantaine de journalistes bénévoles de l’AFP, qui seront rejoints bientôt par une cinquantaine de journalistes du Monde, l’association intervient aujourd’hui dans des collèges et lycées autour d’ateliers consacrés à la caricature, au détournement des images ou au pluralisme de l’information. Montage et fake news (fausses informations destinées à tromper) seront bientôt au programme. « Avec un atelier consacré au pluralisme, je leur fais comparer les journaux de TF1, France 2, Europe 1 et RFI, pour qu’ils cernent les choix de sujets, la hiérarchie de l’information et les modes de traitement. »

Lors de ces interventions, des discours de haine rejaillissent régulièrement. L’occasion de recadrer et de contextualiser avec l’aide des professeurs. « L’esprit critique et la lutte contre les théories du complot, en filigrane de tous nos ateliers, constituent deux vecteurs puissants pour éviter le repli sur soi et la radicalisation. »

La Fondation de France accompagne 7 projets visant à lutter contre la radicalisation

Marc Hecker

Interview de Marc Hecker

Quel est votre rôle au sein du comité Ensemble face au terrorisme ?

J’apporte mon expertise sur les processus de radicalisation que j’étudie depuis plusieurs années. Nous avons déjà organisé deux réunions, l’une pour sélectionner les projets, l’autre pour étudier les premiers résultats obtenus. C’est un espace d’échanges et de discussions où chacun apporte son regard sur ce sujet sensible.

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Les ateliers d'Entre les Lignes

Déconstruire les discours radicaux

Pour la Fondation de France, la prévention passe aussi par les réseaux sociaux, sources d’information et lieu d’échange favori des adolescents. Le meilleur y côtoie le pire. Deux projets dédiés à ces canaux de communication sont aujourd’hui soutenus, portés par l’association Participe Présent. L’Esprit qui Tique vise à développer l’esprit critique face à l’endoctrinement et aux idées reçues, via un jeu concours où les collégiens sont invités à produire des vidéos parodiant ou détournant des sujets inscrits au programme scolaire.

Quant à Reboot, le deuxième projet soutenu, il s’intéresse aux réponses à apporter aux discours de haine qui prolifèrent sur les réseaux sociaux. « Près de 200 jeunes de 8 à 25 ans ont participé au programme, qui s’est conclu récemment par un hackathon, explique Emmanuel Letourneux, coordinateur des projets de l’association. À partir de tous les ateliers réalisés, ils ont mis au point un plug-in à installer sur le navigateur internet avec des phrases et des images déjà existantes ou à créer soi-même pour répondre en deux clics aux messages haineux. De quoi désamorcer les trolls (personnes qui postent des messages tendancieux sur internet afin d'alimenter les polémiques) qui interpellent trop de jeunes. »

Menace pour la cohésion sociale

En parallèle, en collaboration avec un comité d’experts, la Fondation de France progresse dans sa réflexion et sa connaissance du phénomène. La prévention des radicalisations est un axe d’intervention récent, complexe à cerner et sujet à controverses. « De plus, ce problème heurte directement les valeurs fondamentales de la Fondation de France dont la raison d’être est d’améliorer la cohésion sociale en répondant aux problèmes d’aujourd’hui par des solutions pour l’avenir, rappelle Anne Bouvier. Or, les actes de terrorisme visent précisément à empêcher la cohésion sociale. Les actions soutenues constituent une première réponse à la menace. »

Un groupe de travail réfléchit actuellement aux causes profondes des différentes formes de radicalisation, pour mieux s’attaquer à la racine du mal. Autant d’éléments qui, après l’urgence, viendront nourrir la manière dont la Fondation de France s’engagera dans la durée sur cette question.

Projet soutenu

« Tu m'auras pas » fait son cinéma au collège.

Les ateliers de la CinéFabrique

Depuis la rentrée 2016, les étudiants en cinéma de la CinéFabrique de Lyon se rendent, deux heures par semaine, dans cinq collèges de l’agglomération. Par groupe de deux, ils interviennent auprès de dix classes et suivront ces 280 élèves pendant trois ans. « Le programme débute en 5e, avec une réflexion sur la rumeur, détaille Valérie Mégard-Reddy, responsable de l’éducation à l’image au sein de l’école. En 4e, place à la théorie du complot puis, en 3e, à la propagande. Les thèmes sont abordés sous l’angle de l’image pour décrypter les cadrages, le point de vue, la réalisation, l’influence de la voix off, du montage… Dans cette période charnière de leur existence, des jeunes qui pourraient être leurs grands frères ou leurs grandes soeurs leur donnent des clefs pour démêler le vrai du faux. » Des ateliers permettent ensuite aux collégiens de passer à la pratique et d’aiguiser leur sens critique en mesurant directement l’impact des images et des sons.

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Pour la Fondation de France, la prévention passe aussi par les réseaux sociaux