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La Cloche : le lien social contre la grande précarité

6 février 2026

Créée à Paris en 2014 et soutenue par la Fondation de France, l’association La Cloche agit partout en France avec une conviction forte : le lien social constitue un levier essentiel pour lutter contre l’exclusion des personnes en situation de grande précarité. Rencontre avec Prisca Berroche, déléguée générale de l’association.

Comment est née La Cloche ?

La Cloche a été créée il y a 12 ans par Louis-Xavier Leca, entrepreneur dans l’économie sociale et solidaire, avec une ambition claire : permettre à chacun d’agir, à son échelle, pour recréer des liens entre personnes avec et sans domicile. Pour cela, l’association mène des actions favorisant la rencontre et le changement de regard sur les personnes en situation de grande précarité. Nous avons progressivement étendu notre action et l’association est désormais présente dans 8 grandes villes de France (Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nantes, Strasbourg, Bordeaux et Lille). La Cloche s’appuie sur une approche qui favorise le pouvoir d’agir des personnes concernées. Elle promeut un bénévolat inclusif, permettant aux personnes accompagnées de s’engager au sein de l’association. Cette philosophie se traduit également dans sa gouvernance : un tiers des membres du conseil d’administration sont ou ont été en situation de grande précarité, garantissant des orientations stratégiques ancrées dans la réalité du terrain.

Quelles sont les missions de l’association ?

Son action repose sur trois leviers complémentaires. Le premier est Le Carillon, un réseau de commerçants solidaires qui s’engagent à offrir gratuitement des services ou des produits aux personnes vivant à la rue. Parallèlement, nous encourageons la création de lien social en multipliant les occasions d’échanges entre voisins avec et sans domicile, notamment à travers des activités inclusives organisées au cœur des quartiers. Ateliers de cuisine, yoga, écriture, photographie, karaoké ou pétanque… : ces temps collectifs sont pensés pour favoriser la mixité sociale et rompre l’isolement. Ils sont le plus souvent co-animés par des personnes en situation de grande précarité, et organisés dans des lieux du réseau Carillon ou chez nos partenaires associatifs avec lesquels nous travaillons étroitement. Notre troisième levier est la sensibilisation afin de provoquer un changement de regard sur la grande précarité. Tant que les représentations sociales liées au sans-abrisme ne seront pas remises en question, les réponses resteront incomplètes. Nous menons des actions de sensibilisation et de formation auprès du grand public, des entreprises et des institutions. Nous avons co-développé, avec l’association Chapitre 2, la Fresque de la rue, un outil pédagogique permettant de comprendre la diversité des parcours menant à la rue et de déconstruire les idées reçues.

En quoi consiste le dispositif du Carillon ?

L’objectif du Carillon est de permettre à des personnes souvent exclues des lieux de commerces et de sociabilité de pousser à nouveau la porte de ces lieux, à la fois symboliquement et concrètement, et de favoriser des échanges au cœur des quartiers. Né à Paris, Le Carillon s’est progressivement développé dans les grandes villes françaises, là où la grande précarité est la plus visible. Nous sommes aujourd’hui présents dans 43 villes de l’Hexagone. Dix ans après sa création, il rassemble 1 350 lieux partenaires. D’abord constitué principalement de cafés et de restaurants, le réseau s’est élargi afin de mieux répondre aux besoins des personnes concernées : salons de coiffure, cordonneries, librairies, musées, salles de spectacle ou de sport. Les services proposés se sont également diversifiés, allant de l’accès à l’eau, aux toilettes ou à l’électricité, jusqu’au stockage d’affaires, à l’impression de documents, à l’accès au Wi-Fi ou à des protections menstruelles. Le Carillon intègre également des dispositifs « suspendus » (cafés, repas, livres, coupes de cheveux…), prépayés par les clients ou les commerçants pour les personnes sans domicile. Une forme d’engagement que La Cloche souhaite développer afin de permettre au plus grand nombre de participer à la solidarité de quartier.

Pour faire connaître Le Carillon, des permanences hebdomadaires sont organisées dans les lieux partenaires. Des guides papier recensent également les lieux, services et horaires. L’association travaille en étroite collaboration avec les acteurs du champ social comme les centres d’accueil et d’hébergement, afin de faciliter l’orientation des personnes vers le réseau.

La Cloche a développé un système de franchise afin de permettre à d’autres associations de déployer le dispositif du Carillon localement. Nous accompagnons ces structures, notamment par la formation à l’accueil des publics. Cette dynamique d’essaimage s’est étendu à l’international avec The Chime, un réseau de structures partenaires présentes dans six pays, favorisant le partage d’expériences et l’impact à plus grande échelle.

Avez-vous des exemples marquants de personnes en situation de précarité devenues bénévoles ?

Les parcours des bénévoles illustrent pleinement le sens de l’action de La Cloche. L’un d’eux, très engagé au sein de l’antenne de Marseille, a connu une rupture de parcours et quitté la ville. Quelques mois plus tard, il s’est spontanément réengagé dans une autre antenne de l’association. Ce type de trajectoire témoigne à la fois de la fragilité des parcours de vie des personnes en situation de grande précarité et de l’ancrage durable que peut représenter La Cloche pour les personnes concernées. Dès que cela est possible, l'association veille à ce que ses prises de paroles soient co-assurées par des personnes concernées, lors de table ronde ou de conférences, c’est une manière de reconnaître leur légitimité et leur expertise. Je pense aussi à d’autres moments forts qui montrent le talent de nos bénévoles comme lors d’une soirée dans l’une de nos antennes où ils ont fait du slam, de la poésie, des dessins...

Quels sont vos principaux défis et enjeux dans les mois à venir ?

L’un des enjeux majeurs est de consolider le modèle économique de l’association, notamment en développant l’autofinancement à travers les activités de formation et de sensibilisation. L’association souhaite également poursuivre ses actions de plaidoyer en faveur du lien social dans un contexte de repli et de défiance croissante et continuer à faire entendre la voix des personnes exclues de la société, essentielle pour apporter des réponses durables à la grande précarité.

Parmi nos perspectives figurent l'extension du Carillon d'un point de vue quantitatif mais surtout qualitatif pour continuer d'apporter une réponse concrète, utile et impactante aux personnes concernées. Nous réfléchissons également à étendre le réseau, via nos franchises sociales, en territoires ruraux ou semi-ruraux où la précarité et l'isolement social gagnent du terrain. Afin de mieux mesurer son impact, La Cloche intégrera prochainement un chercheur dans le cadre d’une thèse consacrée aux effets du bénévolat inclusif sur les personnes concernées. Enfin, le soutien de la Fondation de France est déterminant. Au-delà de la dimension financière, il nous permet d’échanger avec d’autres acteurs du lien social, d’approfondir une réflexion collective et de contribuer à l’émergence d’un récit plus solidaire, en réponse aux discours anxiogènes actuels.