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« Voisins Malins » : quand les habitants deviennent médiateurs

15 janvier 2026

Depuis quinze ans, l’association VoisinMalin agit pour recréer de la confiance, retisser du lien social et restaurer une citoyenneté active. En s’appuyant notamment sur des campagnes de porte-à-porte dans les quartiers populaires, elle permet aux habitants de mieux comprendre leurs droits. Soutenue par le collectif d’action Lien social de la Fondation de France, l’association est déjà allée à la rencontre de près de 150 000 foyers à l’échelle nationale.

VoisinMalin a été créée en 2010 pour apporter des réponses face à la déconnexion entre habitants et institutions censées les accompagner dans les quartiers populaires. À l’époque, sa fondatrice Anne Charpy travaille sur des grands projets de rénovation urbaine à Grigny et Viry-Châtillon. Malgré la mise en œuvre de ces projets, l’abstention record aux élections municipales de 2008 agit comme un déclic : il ne suffit pas d’investir dans les quartiers prioritaires, il faut avant tout associer celles et ceux qui y vivent. « La France dispose de politiques publiques ambitieuses, mais nous ne savons pas les construire avec les premiers concernés », se désole Anne Charpy.

Avec l’association VoisinMalin, elle a imaginé un modèle inédit en France : faire des habitants eux-mêmes des médiateurs de proximité, reconnus et rémunérés, capables de recréer du lien social.

Renforcer l’information et le pouvoir d’agir des habitants

À travers son action, VoisinMalin répond à trois besoins majeurs dans les quartiers populaires : la lutte contre le non-recours aux droits, alimenté notamment par les barrières linguistiques et la complexité administrative ; la défiance envers les institutions ; et la valorisation des ressources locales, comme la capacité d’entraide et la résilience des habitants, trop souvent ignorées.

L’association recrute et forme des habitants des quartiers, en CDI à temps partiel, qui deviennent des « Voisins Malins ». Leur mission : aller à la rencontre de leurs voisins pour les écouter et les informer. « Le porte-à-porte permet à la fois de renseigner concrètement les habitants sur leurs droits et les orienter, et donc d’améliorer leurs conditions de vie, mais aussi de créer un espace de parole. Chez eux, ils se sentent en sécurité et se livrent plus facilement. Ils réalisent aussi que leur avis compte », souligne Anne Charpy.

L'association met notamment en place des campagnes de porte-à-porte. © Philippe Castano.

Ces campagnes abordent des sujets très concrets, liés à l’habitat (consommation d’eau et d’énergie, vivre-ensemble…), à la santé (dépistage des cancers, vaccination, prévention des addictions…), à l’emploi ou encore à l’éducation des enfants. Les résultats sont au rendez-vous : 70 % des habitants rencontrés apprennent une information nouvelle et le recours aux services institutionnels peut être multiplié par deux à trois.

Les « Voisins Malins » tirent également des bénéfices du dispositif : l’accès à des connaissances sur des sujets qui les concernent directement, une confiance en eux renforcée et la capacité à s’inscrire dans la vie locale. Autant de compétences valorisables également sur le marché du travail comme la prise de parole en public, le travail en équipe, la médiation… « Être « Voisin Malin » constitue un véritable tremplin professionnel », assure Anne Charpy. « Une grande partie de celles et ceux qui ont quitté l’association l’ont fait pour suivre une formation ou accéder à une promotion professionnelle. Certains ont même créé leur propre activité. ».

Un développement à l’échelle nationale

En quinze ans, l’association s’est beaucoup développée. Près de 160 « Voisins Malins » réalisent chaque année environ 12 000 échanges. L’association a également transféré sa méthodologie à sept autres associations agissant dans des domaines variés et alignées avec ses valeurs, ce qui lui permet d’être aujourd’hui présente dans 26 villes de 6 régions ainsi qu’en Espagne.

A renseigner
L'association compte aujourd'hui près de 160 « Voisins Malins ».

« Après dix ans d’action, nous touchions environ 10 % des habitants des quartiers prioritaires. Nous avons dû faire un choix : continuer à grandir, au risque de nous rigidifier, ou renforcer notre impact autrement, notamment en nouant davantage de partenariats et en multipliant les essaimages », explique Anne Charpy. « L’enjeu était surtout de transformer plus structurellement les politiques publiques, en s’appuyant encore davantage sur le vécu et l’expertise des habitants », ajoute-t-elle.

Avec le projet « VoisinMalin 2030 », soutenu par le Fondation de France, l’association souhaite renforcer les coopérations entre habitants et institutions (services sociaux, agence régionale de santé, etc.), en organisant par exemple des ateliers réunissant professionnels des services publics et « Voisins Malins » pour imaginer des services et des solutions plus adaptées aux besoins des habitants. Forte des premiers résultats, l’association souhaite désormais modéliser cette méthodologie pour la déployer plus largement.

Trois projets de recherche ont également été lancés, notamment sur les liens entre santé et travail dans les quartiers prioritaires. « Les résultats seront partagés avec les acteurs de la santé et de l’emploi, comme les médecins du travail, afin de faire évoluer les pratiques », précise Anne Charpy.

L’essaimage constitue un autre axe important du projet « VoisinMalin 2030 ». Après trois années d’expérimentation, l’association prévoit de lancer deux à trois nouveaux essaimages par an afin de couvrir progressivement l’ensemble des régions métropolitaines. Elle souhaite également accompagner des associations en Outre-Mer et décliner son approche dans de nouveaux contextes, notamment les territoires ruraux. L’association ambitionne d’agir dans 32 villes d’ici 2027.

Troisième et dernier pilier du projet : l’élaboration et la diffusion d’un nouveau récit sur la citoyenneté. « Nous souhaitons montrer que les habitants de ces territoires ont beaucoup à apporter à l’ensemble de la société : ils font tourner les villes, portent des valeurs fortes de solidarité et d’entraide, particulièrement précieuses à l’heure où les fractures se creusent », affirme Anne Charpy. Pour y parvenir, l’association prévoit notamment de réaliser des portraits vidéos des habitants, mais aussi d’organiser des rencontres à l’échelle locale et nationale afin de diffuser cette vision positive et inclusive de la citoyenneté.