La Fondation de France : un héritage toujours actuel d’André Malraux
En janvier 1969, la Fondation de France voyait le jour sous l’impulsion d’André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles sous la présidence du Général de Gaulle. Plusieurs études, qu’il avait confiées à Michel Pomey quelques années auparavant, avaient fait germer le projet de créer en France une fondation sur le modèle des fondations communautaires américaines, pour permettre à tous ceux qui le souhaitent d'agir pour l'intérêt général. A l’occasion du cinquantenaire de sa disparation, Pierre Sellal, président de la Fondation de France, revient, dans un article paru dans La Revue des Deux Mondes, sur les marques qu’André Malraux a laissées sur l’institution devenue aujourd’hui l’acteur de référence de la philanthropie en France, au service de toutes les causes d’intérêt général.
« Je me préoccupe de provoquer en France un véritable mécénat culturel à l’exemple de ce qui existe à l’étranger et en particulier aux Etats-Unis ». C’est au nom de ce modèle américain que Malraux lança, en 1965, des études dans l’objectif de créer en France une structure suffisamment importante et attractive pour jouer un rôle « d’intermédiaire et de catalyseur » propre à vivifier une scène française où le mécénat était encore balbutiant et la philanthropie encore empreinte d’une image de charité.
C’est avec cet objectif, en 1969, qu’il convainc le Général de Gaulle, peu suspect d’américanisme, de créer la Fondation de France, en lui conférant la vocation de mobiliser la générosité privée au service de l’intérêt général. D’emblée, en effet, celui-ci voulut que la nouvelle entité s’intéressât non seulement aux arts, mais à tout ce qui pouvait vivifier le pays.
Un peu plus d’un demi-siècle plus tard, la Fondation de France s’est effectivement imposée comme l’acteur de référence de la philanthropie en France, au service de « toutes les causes » d’intérêt général, comme elle le proclame fièrement aujourd’hui, en regroupant sous son égide les deux tiers des « fondations abritées » actives en France, en apportant chaque année, pour un montant total de 400 millions d’euros environ, son soutien à plus de 11000 actions ou projets mis en œuvre par des associations ou des institutions de tous ordres.
Quelle marque son inspirateur a-t-il laissé sur l’institution ?
- Un nom, qui à l’époque avait suscité des discussions animées. L’expression « de France » ne risquait elle pas de donner l’impression d’une institution publique, ce que la Fondation de France ne devait pas être ? Elle s’imposa pourtant, Malraux et le Général de Gaulle y voyant précisément la traduction de l’idée d’en faire une fondation « pour la France et les Français ». Fallait-il cependant la nantir d’une subvention d’Etat pour aider à son démarrage ? On prête au Président Pompidou, qui trancha la question par la négative, et lança lui-même la Fondation le 20 novembre 1969 par une conférence de presse, témoignage de l’importance qu’il lui accordait, cette sentence : « on lui donne son nom, c’est la meilleure des dotations que l’on puisse lui faire ». Le ministre des Finances, on l’aura deviné, y souscrivit.
- Une incarnation réussie de la philanthropie, par ce mot lui-même de fondation, alors largement ignoré du droit français, et qui ne fut définitivement inscrit et protégé dans la loi française qu’en 1987.
- Un statut original et sans précédent, car la Fondation de France, voulue par l’Etat au plus haut niveau, reste pourtant un organisme privé, ne recevant aucune subvention publique, financée exclusivement par ses donateurs. Le premier don qu’elle reçût, en 1969, fut un chèque de 100 francs envoyé par une personne anonyme, belle anticipation de la vocation de la Fondation de France à susciter la générosité de tous les donateurs, quel que soit le montant de leur contribution. Elle est devenue, aujourd’hui, l’acteur de confiance de toutes les générosités, autant pour construire à long terme (l’éducation…) que pour intervenir dans l’urgence (la restauration de Notre-Dame ou la reconstruction de Mayotte).
- Une ambition, proclamée dès 1969, celle de « préparer l’avenir » et de permettre à la jeunesse d’y trouver son épanouissement. Aujourd’hui encore l’attention à la jeunesse, à sa formation, à son insertion dans la vie professionnelle et sociale ; et au-delà le souci de préparer l’avenir, par la recherche, l’anticipation et le goût de l’innovation, traversent la plupart des programmes de la Fondation de France.
- Une double exigence, qui était au demeurant celle de la politique cultuelle d’André Malraux elle-même : d’une part le goût de l’excellence, notamment dans l’éducation ou la création ; d’autre part le souci de l'accès du plus grand nombre aux œuvres du plus haut niveau de qualité.
- La lucidité vis-à-vis des limites de l’action de l’Etat : il ne peut pas tout, il ne doit pas tout faire, il a besoin de l’apport privé, et pas seulement sur le plan financier. Cette dernière leçon reste essentielle, face aux incompréhensions récurrentes que suscite l’accompagnement par l’Etat du mécénat, notamment par la fiscalité.
- Enfin, la place de la culture : inspiration initiale de la création de la Fondation de France, elle n’a jamais cessé d’être très présente dans la diversité des causes servies par elle, avec aujourd’hui une vocation spéciale : l’attention aux enjeux de la formation et de l’accompagnement des jeunes artistes, et une permanence du soutien à la connaissance et au partage du savoir.
La Fondation de France, premier acteur de la philanthropie en France, n’est-elle pas, aujourd’hui l’héritage le plus vivant de l’action et de la pensée d’André Malraux ? Œcuménique, embrassant toutes les causes, respectueuse des convictions et des croyances dans leur diversité, elle vise à rassembler. Elle formule des réponses concrètes aux questions essentielles qui traversent son œuvre, romans et écrits sur l’art : comment vivre ensemble ; comment donner un sens à sa vie par l’action pour autrui et le don de soi. Et comment faire de l’art et de la culture le lien le plus précieux entre les hommes, et ce qui les « pousse à agir ».
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