Association marge sauvage : agir pour la protection des écosystèmes glaciaires et postglaciaires
Avec le retrait accéléré des glaciers, de nouveaux écosystèmes naturels émergent en haute altitude. L'association marge sauvage, basée à Annecy et soutenue par la Fondation de France, produit et diffuse de la connaissance sur ces zones postglaciaires, et accompagne les collectivités dans la mise en place d’une protection adaptée. Mêlant expertise scientifique et concertation territoriale, l'association apporte des réponses concrètes face défis croissants pour la biodiversité en montagne.
En France, la surface des glaciers a diminué de plus de 66 % depuis 1850. Ce phénomène libère des territoires vierges où se développent de nouveaux écosystèmes d'une grande richesse. Pourtant, ces espaces ne bénéficient souvent d'aucun statut de protection juridique. Créée en 2024, marge sauvage œuvre à la préservation de ce patrimoine naturel en s'appuyant sur trois piliers : la connaissance scientifique, le soutien aux politiques publiques et la sensibilisation.
L’action de l’association s’inscrit dans la continuité du projet scientifique Ice & Life, lancé en 2021 en Haute-Savoie, dont l’ambition est de développer une connaissance scientifique interdisciplinaire sur les écosystèmes glaciaires et postglaciaires, en étudiant l’évolution des glaciers, le développement des nouveaux écosystèmes et en mesurant avec précision leur importance pour les enjeux du climat, la préservation de la biodiversité et de l’eau douce, ainsi que pour les activités humaines.
Ecosystèmes postglaciaires du Glacier du Tour.
L’association s’appuie sur une démarche académique rigoureuse portée par Jean-Baptiste Bosson, docteur en glaciologie. L’objectif est de caractériser des milieux encore peu étudiés pour en démontrer la grande valeur écologique. Parmi les actions phares menées par l’association en 2025, la mission « Séquence pionnière » a permis d'étudier les forêts primaires postglaciaires, réservoirs de biodiversité essentiels. « Nous avons la chance de collaborer avec de nombreux scientifiques, dont des écologues et des ingénieurs forestiers, explique Marion Sevaz, Responsable plaidoyer et accompagnement des territoires. Leurs expertises sont extrêmement précieuses pour classifier avec précision les essences d’arbres, identifier la faune présente dans ces nouvelles forêts primaires, et surtout estimer l’impact des activités humaines, par exemple en mesurant les conséquences d’une exploitation forestière précoce. ».
Cette base de données scientifique constitue un outil indispensable pour mettre en œuvre la Stratégie Nationale de la Biodiversité 2030, qui a fixé un objectif de 100 % de protection forte des glaciers et des écosystèmes postglaciaires d'ici 2030.
Lac né du retrait glaciaire en Savoie.
La concertation territoriale au cœur des actions de l’association
L’association marge sauvage ne se contente pas de produire des données scientifiques : elle accompagne également les élus locaux dans la mise en œuvre de solutions réglementaires. En 2025, elle a par exemple piloté la « Convention du territoire pour les glaciers » à Bourg-Saint-Maurice.
Cette démarche collective a mobilisé une vingtaine de citoyens bénévoles autour de trois étapes clés. Après une formation sur les enjeux de la cryosphère (glaciers, banquises, pergélisols…) et les cadres légaux existants, une immersion de terrain dans la vallée des Glaciers a permis aux participants d’observer concrètement les écosystèmes présents et de discuter sur les activités qui pourront s’y développer et, à l’inverse, sur les usages à proscrire pour le bien de ces nouveaux écosystèmes. Dernière étape : une séance de délibération pour définir le périmètre et l’outil réglementaire de la future aire protégée.
Ce processus a abouti à un vote à l'unanimité au sein du conseil municipal pour la création d'une zone de protection. L'association souhaite désormais impliquer dans la démarche d'autres territoires, comme la commune de Tignes avec laquelle des discussions sont déjà engagées.
Le festival « Agir pour les glaciers », un puissant levier de mobilisation
Pour fédérer les acteurs autour de ces enjeux complexes, l'association a créé le festival « Agir pour les glaciers ». Gratuit et ouvert à tous, cet événement a rassemblé 1 300 participants pour sa première édition en mars 2025, parmi lesquels des scientifiques, des institutionnels et des acteurs économiques de la montagne. Les trois jours de festival ont été rythmés par des conférences et des tables-rondes consacrées à l’adaptation des territoires à la protection concrète des glaciers et des écosystèmes postglaciaires, des ateliers créatifs et participatifs (aquarelles, danse, lectures de paysages, balades philosophiques…), des expositions photographiques... Un programme riche qui présente un double objectif : rendre visible des écosystèmes méconnus auprès d’un large public et créer des coalitions opérationnelles.
Lecture de lettres d’enfants lors de la première édition du festival Agir pour les Glaciers en mars 2025.
Le festival a généré des engagements significatifs, à l’image de la création, par le réseau 1 % for the Planet, d’un fonds thématique « 1 % pour les glaciers ». Face au succès de cette première édition, une deuxième édition, plus ambitieuse avec un programme (en cours d’élaboration) sur 4 jours, aura lieu du 15 au 18 octobre 2026.
Le petit livre, un nouvel outil pédagogique et artistique
En complément de la publication d’articles dans des revues scientifiques de renom, marge sauvage a publié récemment Le petit livre, un ouvrage collectif qui rassemble des contributions de scientifiques, d'artistes et d'illustrateurs. Conçu comme un outil de sensibilisation, il vise à partager les connaissances acquises sur le terrain de manière pédagogique, à développer les imaginaires autour des paysages glaciers et à encourager la préservation de la naturalité dans les territoires de haute altitude.
Une ambition long terme à l’échelle internationale
L'action de l’association s'inscrit également dans un calendrier international, avec un volet plaidoyer auprès d’instances de gouvernance mondiale. « Aujourd’hui, il n’y a que 30 % des glaciers dans le monde qui bénéficient d’une protection au sens strict du terme, rappelle Marion Sevaz. Ce qui nous aime au sein de marge sauvage, c’est une volonté d’élargir cette protection à tous les glaciers du monde, afin de préserver durablement ces environnements particulièrement fragiles et vulnérables aux activités humaines. » Le travail de l’association a déjà conduit à l'adoption de deux résolutions portées par l'Union internationale de conservation de la nature (UICN) et par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), visant à renforcer la protection de la cryosphère. En complément de ses actions locales, l'ambition à long terme de marge sauvage est de favoriser l'émergence d'un traité international pour la protection des glaciers et écosystèmes postglaciaires.
Crédit photos : © marge sauvage