Coalition forêts : un an de travail commun pour mieux gérer et protéger les forêts françaises
Le 1er avril, la coalition des fonds et fondations pour les forêts françaises a réuni ses membres à la Cité du développement durable, à Nogent-sur-Marne, afin de dresser un premier bilan des actions menées et d’ouvrir de nouvelles perspectives. Lancée en avril 2025, cette initiative inédite rassemble aujourd’hui 24 fondations autour d’un même objectif : améliorer la gestion et la préservation des forêts françaises.
La coalition des fonds et fondations pour les forêts françaises place la concertation et la coopération au cœur de sa stratégie : ses priorités d’action sont définies à partir des besoins exprimés par les associations de terrain, afin de mieux orienter ses soutiens et d’en renforcer l’impact. En 2025, l’ensemble des membres de la coalition a engagé 2,7 millions d’euros pour soutenir des initiatives répondant à un cadre stratégique commun. Retour sur cette journée qui a réuni 64 participants, dont 41 représentants de fonds et fondations et 20 représentants d’associations partenaires.
Comprendre les enjeux pour mieux agir
Cette première année d’action a été marquée par un important travail de formation et de mise en réseau visant à favoriser la compréhension des enjeux forestiers actuels : effets des pratiques forestières, tensions économiques, fonctionnement des écosystèmes, mais aussi impacts écologiques des choix de gestion. Plusieurs webinaires, visites de terrain, réunions de travail et échanges entre fondations et associations ont été organisés sur des thèmes comme les plantations et coupes rases, les différents modes de gestion, le foncier forestier, les vieilles forêts, les modèles économiques ou encore l’équilibre entre forêt et grands ongulés sauvages. « Ces moments de partage nourrissent nos actions et nous aident à prendre du recul sur le quotidien », a souligné Héloïse Bourreau, coordinatrice au sein de l'association Centre d'Écodéveloppement de Villarceaux.
Pour 2026-2027, la coalition souhaite approfondir plusieurs sujets majeurs : effets du changement climatique et dépérissement des arbres, rôle des dispositifs de compensation, impact sur les ressources hydriques ou encore les spécificités des forêts ultramarines. Sur le terrain, plusieurs rencontres permettront de mettre ces enjeux en perspective à travers des exemples concrets de gestion ou de protection des forêts.
Dépasser les visions et intérêts divergents
Les interventions de plusieurs experts ont rappelé que la forêt française se trouve au croisement d’intérêts parfois divergents. Daniel Perron, juriste et historien du droit, a souligné que la forêt a longtemps été gérée principalement pour ses ressources et ses revenus (production de bois, chasse et recettes pour l’État), avant un tournant majeur avec la loi de 2001 qui reconnaît aussi son rôle pour la biodiversité, le stockage du carbone, la protection des sols et l’accueil du public. Son intervention a également mis en lumière les tensions entre protection de l’environnement et exploitation économique, alors que la filière bois présente aujourd’hui une balance commerciale largement déficitaire en France. Il a plaidé pour un nouveau cadre juridique dépassant les clivages politiques. Selon lui, ONG, professionnels du bois et pouvoirs publics doivent désormais redéfinir ensemble ce que recouvre l’intérêt général en forêt. Un échange avec la salle a aussi porté sur la possibilité et l’utilité de reconnaître une personnalité juridique à la nature pour en favoriser sa protection.
Philippe Deuffic, ingénieur de recherche à l’INRAE de Bordeaux, a pour sa part analysé les conflits autour des coupes d’arbres qui révèlent des visions opposées de la gestion forestière. Il a rappelé que ces contestations ne datent pas d’hier : d’abord centrées sur la beauté des paysages au XIXe siècle, puis sur les usages de la forêt au début du XXe siècle, elles se sont tournées vers les enjeux écologiques à partir des années 1970, avant de connaître un net regain depuis 2015. Aujourd’hui, 28 % des Français interrogés perçoivent les coupes comme une destruction. Derrière ces débats se cachent en réalité des questions plus larges : industrialisation des pratiques forestières, conflits d’usage, rôle de l’Office National des Forêts, gouvernance locale, modèle économique, usage du bois, multifonctionnalité des forêts, dépérissement des arbres... Pour Philippe Deuffic, ces conflits peuvent devenir des moteurs de changement, en incitant les acteurs à davantage de transparence, en faisant émerger des alternatives et en poussant les différents acteurs à prendre en compte les revendications citoyennes.
Devenir un acteur de transformation durable
Au fil de la journée, un constat s’est imposé : les enjeux forestiers sont trop complexes pour être traités de manière isolée. Invité à intervenir sur l’approche systémique, le chercheur Cyrille Tassart a insisté sur la nécessité d’anticiper les effets indirects des décisions, de mieux comprendre les relations entre les différents acteurs et de tenir compte de l’interconnexion des enjeux afin d’agir collectivement de manière plus efficace. « Pour une coalition, le plus important est de bien se connaître, de se fixer des objectifs communs constructifs et de définir un cadre déontologique clair sur ce que l’on veut accomplir ensemble », souligne-t-il.
Les échanges entre les participants ont confirmé plusieurs convictions : la nécessité d’articuler enjeux économiques et écologiques, de concilier réponses immédiates et action de long terme, et de maintenir le dialogue, y compris entre acteurs en désaccord.
Au terme de cette première année, la coalition veut désormais changer d’échelle pour devenir un collectif de référence sur les enjeux de financement de l’intérêt général en forêt, encourager des pratiques forestières plus durables et soutenir des solutions vertueuses face aux multiples crises que traversent les forêts françaises.