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« La philanthropie a un rôle privilégié pour favoriser le changement systémique »

Paroles d'experts 17 Nov.2021

Par Sarah Ertel, responsable Impact et Stratégie chez Ashoka, coordinatrice de l’initiative Racines sur le changement systémique.

Pouvez-vous nous expliquer le concept de changement systémique ?

Il n’y a pas de définition institutionnelle du changement systémique. C’est une approche qui emprunte à beaucoup de champs, à différentes écoles, comme celle de Palo Alto par exemple, sur l’étude des interactions sociales et systémiques dans lesquelles s’inscrivent les individus.

Nous avons lancé au printemps l’initiative collective Racines, qui rassemble Ashoka, la Fondation de France, Entreprendre&+, l’ESSEC, la Fondation Bettencourt Schueller, la Fondation Entreprendre et Ticket for Change. Ensemble, nous avons identifié quelques caractéristiques majeures du changement systémique. Le point de départ est de s’attaquer à la racine des problèmes plutôt qu’à leurs symptômes. L’objectif n’est pas de réparer mais d’identifier les sources du dysfonctionnement pour apporter une solution durable à un problème de société. Quand on atteint le changement, c’est irréversible ; on change un paradigme de société.

Autre caractéristique du changement systémique : le fait de ne pas s’adresser seulement aux bénéficiaires finaux, mais de s’appuyer sur des partenaires « démultiplicateurs » qui vont favoriser le changement, faire évoluer une vision. L’approche écosystémique et collective est en effet indispensable, rien n’est possible sans collaboration. Un système est un rassemblement de beaucoup d’acteurs (recherche, plaidoyer, acteurs publics, privés…) : si la réponse n’est pas collective, elle ne pourra pas être systémique, durable, irréversible.

C’est aussi pour cela que le changement systémique prend du temps : faire bouger des acteurs parfois très différents dans un même sens demande un engagement dans la durée et repose sur des relations de confiance.

Pourriez-vous nous donner des exemples ?

L’exemple de la déforestation est parlant : il n’y a plus d’arbres, c’est le symptôme. L’approche « réparation » consiste à replanter des arbres. Une approche « racine », systémique, est de comprendre pourquoi les populations locales coupent les arbres. Si l’on s’aperçoit que les arbres leur procurent un revenu, il faut faire en sorte qu’elles trouvent un intérêt à ce que les arbres restent en place. Pour cela, il faut travailler à donner de la valeur à l’arbre non coupé, avec les populations concernées.

Pour citer des exemples de changement systémique effectifs, prenons l’invention du microcrédit par Muhammad Yunus, qui a permis de repenser l’aide financière pour les ménages pauvres dans les pays en voie de développement. Aujourd’hui, les banques du monde entier se sont dotées d’un service de microcrédit.

Ou encore Unis-Cité, un bel exemple de changement systémique. Cette association a été créée en 1994 par Marie Trellu-Kane, Lisbeth Sheperd et Anne-Claire Pache. L’objectif de départ : favoriser l’engagement des jeunes, notamment dans la transition écologique et sociale. Unis-Cité a mis au point une méthodologie et l’a déployée sur le terrain. En 2010, l’agence du service civique a institutionnalisé ce dispositif, lui donnant une ampleur jusqu’alors inégalée.

L’action de terrain et l’approche systémique sont-elles complémentaires ?

Absolument ! Il y a une logique de complémentarité entre l’impact direct, qui s’adresse directement aux bénéficiaires, à plus court terme, et l’approche systémique. L’un ne va pas sans l’autre, car on ne peut pas faire de changement systémique sans comprendre les enjeux sur le terrain. S’attaquer à l’urgence est primordial, mais une action complémentaire est nécessaire pour que les symptômes ne se perpétuent pas, voire ne s’aggravent pas. Pour changer le système, il faut aller au-delà de l’action de terrain : ainsi, Simplon forme aux métiers du numérique des personnes très éloignées de l’emploi. L’impact direct est réel mais concerne finalement peu de personnes. Pour changer de paradigme, Simplon a mis sa méthode en open source pour que d’autres s’en saisissent et que les fabriques numériques se multiplient. Simplon a également œuvré pour la création du label Grande école du numérique, qui participe du changement systémique en rendant ces formations plus visibles et plus institutionnalisées. L’un des enjeux est donc accompagner l’évolution d’un projet pour le soutenir dans ces différentes phases vers le changement systémique.

Pourquoi parle-t-on autant du changement systémique aujourd’hui ?

On en parle beaucoup aujourd’hui en France mais la notion de Systems Change est présente depuis longtemps dans les pays anglo-saxons. Je pense que la pandémie mondiale a accéléré la prise de conscience et la nécessité de penser les enjeux de manière holistique, car tout est interconnecté. Dans ce cas précis, l’urgence était de trouver un vaccin, un traitement. Mais cette pandémie a éclaté pour des raisons plus profondes : nos actions humaines déstabilisent les écosystèmes, les humains se retrouvent au contact de virus jusqu’alors inconnus… les sources de cette pandémie sont multiples.

Du côté de la philanthropie, cet intérêt grandissant pour la notion de changement systémique est aussi lié à la question de l’impact du don. La démarche d’évaluation conduit naturellement à la question du changement systémique.

À télécharger

Racines : financer et accompagner le changement systémique
Découvrez l’enquête sur le changement systémique

En quoi l’action philanthropique est-elle pertinente pour agir sur des changements systémiques ?

La philanthropie a longtemps été majoritairement cantonnée à une mission de réparation. Or sa connaissance du terrain constitue un atout majeur pour mettre en place des approches systémiques. Elle peut à la fois soutenir des actions très directes aux effets immédiats, et en même temps financer la recherche, renforcer le dialogue entre les différents acteurs, soutenir des efforts collectifs sur un territoire en particulier…

La philanthropie a cette capacité à soutenir des approches innovantes. Selon l’enquête qu’Ashoka et l’Essec ont mené sur le rôle de la philanthropie dans le changement systémique, la philanthropie est perçue par les fondations interrogées comme un défricheur du changement, à même de prendre des risques pour trouver des solutions qui changeront la donne.

En étant proche du terrain, elle est en mesure d’identifier des dysfonctionnements et d’expérimenter des solutions pour le résoudre. Une fois qu’elle a prouvé qu’il y a un changement de système à opérer et qu’elle a mis au point une méthode pour y parvenir, les pouvoirs publics ou les entreprises peuvent prendre le relais pour le passage à l’échelle. L’action de la Fondation de France sur les soins palliatifs en est un bon exemple : elle a soutenu les premières unités hospitalières spécialisées, a ouvert un programme dédié, a participé à la création de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs… un engagement sur le temps long, qui a permis d’importantes avancées sociétales et législatives sur le sujet.

Changer le système… cela paraît être une ambition colossale pour de petites organisations. Comment peuvent-elles s’inscrire dans cette démarche ?

L’initiative Racines est un appel à la philanthropie et au mécénat pour que les acteurs du secteur soient des moteurs de changement, quels que soient leur taille et leurs moyens. Cela fait 40 ans qu’Ashoka identifie des innovateurs sociaux qui peuvent changer les mentalités et les pratiques, avec de nombreuses stratégies pour y parvenir, la plupart du temps à petite échelle. Car changer un système n’est pas stratosphérique ! On peut atteindre de petits changements systémiques, à l’échelle locale par exemple. Grâce à des coalitions territoriales, il est possible de démontrer que l’on peut changer de paradigme. Ensuite, un déploiement plus vaste peut s’opérer

Quelles sont les prochaines étapes pour l’initiative Racines ?

Nous sommes véritablement dans une démarche d’apprentissage continue et souhaitons faire progresser le secteur… Et le faire avec les acteurs du financement au sens large. Nous voulons créer un cadre favorable à la mise en place d’approches systémiques. Cela passe par l’importance de créer un langage commun à toutes les organisations de la philanthropie, pour que les façons de penser le changement évolue. Nos premières actions : montrer des exemples concrets et inspirants de projets et innovations systémiques, faire en sorte que les organisations soient outillées et acculturées et puissent trouver des clés pour faire évoluer leurs pratiques, dans la sélection, l’accompagnement et le financement des projets.

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