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Étude Solitudes 2025 : les liens de proximité, pivots de la sociabilité

2 février 2026

Le 22 janvier, veille de la Journée mondiale des solitudes, la Fondation de France a présenté la 15ᵉ édition de son étude annuelle sur les solitudes en France intitulée « Les liens de proximité : pivots de la sociabilité ». Selon cette nouvelle étude réalisée en partenariat avec le CERLIS et le CRÉDOC, près d’un tiers des Français (32 %) se trouve aujourd’hui en situation d’isolement relationnel et près d’un quart (24 %) se sent seul. Face à ces enjeux, les relations de proximité (voisinage, associations, petits commerces) jouent un rôle déterminant pour maintenir le lien social.

« Chaque année, cette étude nous offre un regard sur l’évolution du lien social en France. Elle nous permet de mieux comprendre comment les personnes vivent la solitude et l’isolement, mais aussi d’identifier les liens de causalité et les leviers pour y répondre », a rappelé en ouverture Stéphanie Andrieux, responsable Grande cause Solidarités et vulnérabilités à la Fondation de France. En 2025, le taux de personnes isolées reste stable par rapport à 2024 : 11 % des Français sont physiquement coupés des autres, sans aucun réseau de sociabilité. « Derrière cette stabilité se cachent pourtant des formes importantes de repli sur soi et de sociabilité peu active », explique Séverine Dessajan, socio-anthropologue au CERLIS. En regroupant les personnes isolées et celles dont la sociabilité se limite à un seul réseau, près d’un tiers de la population (32 %) se trouve en situation d’isolement ou proche de l’isolement.

article etude solitudes 2025

Solitude urbaine et isolement rural en France

L’étude Solitudes 2025 analyse l’ampleur des phénomènes d’isolement et de solitude selon les territoires (rural, périurbain ou urbain). Il apparaît que l’isolement touche davantage les zones rurales : 14 % des habitants des communes rurales sont isolés, contre 9 % des habitants de l’agglomération parisienne et des communes de plus de 100 000 habitants. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène : moindre accessibilité aux services publics et aux espaces de sociabilité, rareté des transports en commun, enclavement géographique… Charlotte Dubourg, chargée de mécénat à la Fondation RTE pour les ruralités, souligne à ce sujet : « Ces difficultés du quotidien entravent les liens, mais aussi leur qualité et leur stabilité. »

En milieu urbain, dans les grandes agglomérations, le sentiment de solitude est plus marqué : 28 % des habitants se sentent seuls, contre 21 % en milieu rural. Ce constat peut s’expliquer par l’anonymat et la densité des lieux, en particulier dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. « Ce sont des espaces qui regroupent des populations en situation de fragilité sociale. Cela génère des effets de saturation émotionnelle et des stratégies d’évitement ou de mise à distance face à la précarité, à la solitude et à l’isolement », précise Séverine Dessajan.

Voisinages, associations et commerces : piliers de sociabilité

Face à ces situations de solitude et d’isolement, l’étude met l’accent sur le rôle déterminant des liens de proximité. Ces derniers désignent l’ensemble des relations régulières qui se tissent dans la vie quotidienne, sans relever des sphères familiales et amicales : relations associatives, contacts de voisinage ou échanges avec les commerçants.

Le voisinage offre un ancrage relationnel essentiel pour les personnes seules ou isolées, avec des « petits gestes » qui deviennent des éléments structurants de leur vie quotidienne. « Apporter de la nourriture, passer un coup de fil, rendre un service… autant d’attentions qui relèvent davantage d’une présence rassurante que d’un lien approfondi, mais qui permettent de tisser une sociabilité de proximité », souligne Hadrien Riffaut, chercheur au CERLIS. Trouver un ancrage relationnel dans le voisinage, c’est notamment ce que propose l’association VoisinMalin. Elle recrute des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville pour aller à la rencontre de leurs voisins lors de campagnes d’information en porte-à-porte. « Ces voisins malins informent, écoutent et dialoguent avec les habitants de leur quartier. Ils recréent du lien avec ceux qui se sentent parfois invisibles ou découragés et leur redonnent le pouvoir d’agir », explique Marina Kontente, directrice territoriale de l’association.

Les associations constituent un autre pilier essentiel de l’ancrage social pour les personnes seules ou isolées. « Pour ces personnes souvent fragilisées, entrer dans une association, c’est d’abord trouver un espace pour se réparer, reprendre du pouvoir sur soi et sur son existence. C’est aussi un lieu de sociabilité qui leur permet d’entretenir des liens stables », analyse Hadrien Riffaut. Lorsque la personne accompagnée devient bénévole, un point de bascule s’opère : l’usager devient acteur et son sentiment de solitude diminue. Les associations adaptent également leurs actions aux réalités des territoires. Dans la plaine des Vosges, territoire rural et enclavé, l’association Le Traversier  propose ainsi un espace itinérant de vie sociale. À bord d’un véhicule aménagé, l’équipe se rend chaque jour dans un village différent pour proposer ateliers et services (santé, numérique, cuisine, culture…). « Dans ce territoire, les difficultés de mobilité persistent, renforcées par une tendance au repli sur soi. Tout notre travail consiste à recréer un lien de confiance avec les habitants grâce à une présence régulière et un accueil ouvert à tous », témoigne Laurence Fuchs, directrice de la territorialisation et de la transversalité au sein de l’association.

Les petits commerces jouent également un rôle clé dans la création de lien social. Ils constituent des lieux de rencontres et d’échanges du quotidien, favorisant des contacts réguliers et informels entre habitants, en particulier en milieu urbain. 23 % des habitants des grandes agglomérations déclarent avoir échangé, au cours des douze derniers mois, sur des sujets personnels avec les commerçants de leur quartier contre 18 % des habitants des zones rurales. 

Ces liens de proximité deviennent d’autant plus essentiels pour les personnes en situation de fragilité économique ou sociale. La précarité reste un facteur majeur d’isolement : 16 % des personnes aux revenus modestes sont isolées, contre 5 % des personnes disposant de hauts revenus. De même, 20 % des personnes au chômage se trouvent en situation d’isolement relationnel, soit trois fois plus que les actifs occupés.

Agir pour recréer du lien social

Les résultats de l’étude font émerger plusieurs enseignements majeurs pour renforcer le lien social dans les territoires. Ils soulignent notamment l’importance de prendre en compte les différences entre l’isolement en milieu rural et la solitude dans les grandes agglomérations. Encourager les familles et les professionnels de santé à repérer les situations de fragilité relationnelle apparaît également indispensable. « La société civile doit être une vigie du lien social pour rompre la solitude et l’isolement », souligne Hadrien Riffaut. Les démarches d’« aller-vers », en particulier dans les zones enclavées, constituent une réponse pertinente pour favoriser la rencontre entre des personnes qui peinent à entrer en relation. Enfin, les associations s’imposent comme des piliers du lien social et des espaces de reconstruction pour les personnes seules ou isolées.

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