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Quels atouts de la philanthropie face au dérèglement climatique ?

Quels atouts de la philanthropie face au dérèglement climatique ?

22 Nov.2021

Alors que la COP26 vient de se clôturer et que le dernier, et alarmant, rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) est dans toutes les têtes, la philanthropie amplifie son engagement historique pour une transition écologique juste et humaine.

+ 1,5°… Le chiffre affole aujourd’hui tous les esprits. Alors que les recommandations de l’accord de Paris de 2015 prévoyaient de limiter le réchauffement planétaire à 1,5° d’ici la fin du siècle, les études les plus récentes anticipent une augmentation de 2,7°, entraînant d’irrémédiables désastres. Davantage de canicules, de mégafeux, d’inondations et de famines qui toucheront en premier lieu les populations les plus vulnérables avec, à la clé, des migrations massives. Autant dire que le marqueur très symbolique de 1,5° a été au centre des débats de la COP26 qui s’est tenue à Glasgow et a réuni 120 chefs d’État et de gouvernement, tout en impliquant les grands acteurs investis dans la lutte contre le dérèglement climatique : les entreprises privées, les villes, les ONG et l’univers philanthropique dont le rôle est aussi crucial qu’historique.

Un engagement stratégique et pionnier

« Les grandes fondations internationales ont incontestablement joué un rôle d’éclaireur dans le combat pour le climat », assure Édouard Morena, maître de conférences en sciences politiques à la University of London Institute in Paris. « Dès les années 90, elles ont compris que le défi était planétaire, que le travail sur le terrain ne suffirait pas et qu’il fallait une mobilisation massive. Elles ont alors joué un rôle de bâtisseur, usant de leur influence et de leurs réseaux pour mettre en contact des acteurs très divers (politiques, entreprises, ONG, société civile), financer des recherches qui ont notamment abouti à l’émergence du Giec, diffuser la problématique auprès du grand public. Ce sont aussi elles qui ont créé les conditions d’un accord international sur le climat. En quelque sorte, on leur doit la très symbolique COP21. » « Depuis l’accord de Paris, l’une des grandes missions de la philanthropie est d’inciter les États à honorer les engagements pris, poursuit Laurence Tubiana, directrice générale de la Fondation européenne pour le Climat. Notre ambition ? Faire vivre et soutenir les réseaux qui font pression sur les gouvernements. »

Mobiliser le secteur philanthropique pour une transition climatique plus juste et plus humaine

Fort de cette conviction, Wings, réseau international voué au renforcement de la philanthropie, a lancé cette année l’initiative International Philanthropy Commitment on Climate Change. Pour Benjamin Bellegy, directeur de Wings, « le changement climatique est une question centrale pour la philanthropie, car il compromet sa capacité à réaliser sa mission, quel qu’en soit le domaine : santé, égalité hommes-femmes, lutte contre les discriminations, éducation, culture, droits de l’Homme… ». Plus de 400 fondations du monde entier, intervenant dans tous les champs de l’intérêt général, ont rejoint ce mouvement destiné à les accompagner dans la prise en compte et la réduction de leur impact environnemental. « La philanthropie ne résoudra pas l’urgence climatique à elle seule, mais elle doit faire sa part. Et cette part peut être absolument déterminante si nous allions nos forces : plus de 1,5 trillion de dollars d’actifs financiers, une capacité à innover, à mettre en lien les acteurs, à faire du plaidoyer et soutenir les mouvements sociaux, à prendre des risques, à influencer les marchés et les gouvernements », poursuit-il. 

Au Canada, en Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, mais aussi en France… les coalitions nationales de fondations engagées sur la question du climat prospèrent. Créée en novembre 2020, la Coalition française des fondations pour le climat fait de l’environnement la mère de toutes les causes. Cent-dix-neuf fondations et fonds de dotation français, intervenant dans tous les champs de l’intérêt général, ont pris part à cette communauté de pratiques qui encourage et accompagne la transition écologique dans un esprit de justice climatique et sociale.

« Chaque geste compte et contribue aux changements indispensables à mettre en œuvre. Chacun de nous peut agir à sa manière et à son échelle. Et il est indispensable d’aborder la question climatique de façon transversale car elle impacte tous les champs : production, consommation, éducation, habitat, mode de vie… », explique Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France qui a rejoint dès le début la Coalition française des fondations pour le climat.

Face à l’urgence, les grandes fondations internationales ont intensifié leur action. En 2020, Jeff Bezos annonçait la mise en place d’un fond d’un milliard de dollars contre le dérèglement climatique et Bill Gates s’engageait à faire de cette lutte l’axe majeur de sa fondation, la plus dotée au monde. En septembre dernier, neuf fondations internationales ont annoncé un don de 5 milliards de dollars destiné à soutenir la protection de 30 % des espaces terrestres et maritimes d’ici 2030. Des dons largement dédiés à la recherche scientifique, qui est aussi l’une des priorités de la Fondation BNP Paribas. Cette dernière a lancé la Climate & Biodiversity Initiative afin de renforcer la connaissance autour des interactions entre climat et biodiversité et de leurs effets sur les sociétés humaines.

Aux côtés de ces grandes fondations internationales, de nombreux philanthropes se mobilisent sur le terrain, partout dans le monde, auprès des populations les plus impactées par le dérèglement climatique. Car les actions en faveur de la planète impliquent un soutien accru aux plus fragiles. « L’élection de Trump aux États-Unis, celle de Bolsonaro au Brésil et, dans une certaine mesure, la crise des Gilets jaunes en France ont montré que l’on n’avait pas assez pris en compte le vécu des populations dépendantes des énergies carbonées qui subissent de façon très brutale la transition écologique, assure Édouard Morena. C'est pourquoi la philanthropie place désormais la justice climatique au centre des débats, l’abordant de façon transversale car elle impacte tous les champs : énergie, alimentation, habitat, éducation, agriculture… »

Une approche globale pour agir sur tous les leviers

Pensée comme bien commun et levier de la transition climatique, l’alimentation durable constitue un enjeu majeur pour nombre de fondations. Parmi elles, la Fondation Daniel et Nina Carasso, qui a fait de l’alimentation durable l’un des axes majeurs de sa mission. Convaincue que les modes de production et de consommation ont un impact direct sur l’ensemble de l’écosystème (perte de la biodiversité, réchauffement climatique…), la Fondation Daniel et Nina Carasso soutient des projets qui font émerger des pratiques plus durables et permettent un accès à une alimentation saine, respectueuses des écosystèmes et des personnes. Elle a par exemple lancé le programme Territoire en transition agroécologique et alimentaire (Tetraa), en partenariat avec la Fondation Porticus et Agrotech Paris. Déployé dans 9 régions, il prévoit la mise en place d’un réseau de fermes agro-écologiques et des maisons d’éducation à l’alimentation durable dans plusieurs régions de France.

Autre acteur de cette transition juste, la Fondation GoodPlanet qui déploie des actions en faveur de l’écologie et du « vivre ensemble ». Illustration de cette philosophie : le projet de culture durable de moringa (une plante très nutritive) qu’elle soutient dans la région de Piura, au Pérou. Cette production permet tout à la fois de préserver les écosystèmes locaux dans une zone menacée de déforestation, mais aussi de lutter contre la malnutrition dont souffre une partie de la population et d’assurer une autonomie financière aux communautés rurales, principalement des femmes. Cette initiative, exemplaire en matière de transition juste et d’adaptation au changement climatique, est appelée à être répliquée.

Lutter contre le dérèglement climatique implique également de repenser l’élevage et l’agriculture, source majeure d’émission de gaz à effet de serre (près de 19 % des émissions en France) : grâce à des pratiques innovantes, il est possible de limiter la pollution, de préserver les écosystèmes tout en assurant la sécurité alimentaire. Ces thèmes sont au cœur des actions de la Fondation Terra Symbiosis, qui soutient notamment le projet "Maraîchage sol vivant" : ce réseau regroupe des producteurs de légumes de toute la France ayant un impact positif sur la terre et un modèle économique viable grâce à la culture sur un sol vivant. Une terre couverte et peu travaillée favorise en effet l’auto-fertilité des sols. Si cette technique a fait ses preuves –  rendement accru (supérieur à l’agriculture conventionnelle), stockage carbone par les matières organiques, biodiversité préservée… –, elle implique d’y être sensibilisé et formé. C’est pour cela que "Maraîchage sol vivant" organise des rencontres annuelles, afin que ce modèle se développe largement.

Il y a 10 ans, la Fondation de France a créé un programme dédié à l’agroforesterie, qui consiste à associer sur une même parcelle les arbres, les haies et les cultures ou l’élevage. À la clef, la préservation des nappes phréatiques et de la biodiversité, la fertilisation des sols, le contrôle des maladies et ravageurs, le développement de microclimats… En faisant le lien entre les laboratoires de recherche et les acteurs de terrain, la Fondation de France accompagne les changements de pratiques à plus vaste échelle.

Autre continent : en Afrique de l’Ouest, de nombreuses fondations européennes mènent des actions pour soutenir une agriculture raisonnée, familiale, plus respectueuse de l’environnement. C’est le cas des programmes « Promotion de l’agriculture familiale en Afrique de l’Ouest » (PAFAO) et de « Joint Action for Farmers’ Organisations in West Africa » (JAFOWA) qui fédèrent des organisations paysannes au Burkina-Faso et au Sénégal.

On le sait moins mais le logement constitue aussi l’un des grands enjeux de cette transition climatique. La Fondation de France s’est particulièrement investie dans les questions de précarité énergétique via son programme Habitat. « Le secteur génère 20 % de la pollution en CO2 en France, sachant que les lieux les moins bien isolés sont habités par les personnes les plus démunies, obligées de dépenser 10 % de leurs revenus pour se chauffer alors que la moyenne nationale est de 7 % », explique Patrice Cieutat, responsable du programme à la Fondation. Si l’État et les collectivités locales accordent des aides, une partie (autour de 10 %) n’est généralement pas prise en charge, ce qui empêche les foyers les plus pauvres d’engager les travaux nécessaires. La Fondation de France soutient par exemple les Compagnons Bâtisseurs et leur projet d’auto-réhabilitation accompagnée ; l’association forme bénévoles et jeunes en service civique pour encadrer les habitants et leur permettre de réaliser eux-mêmes les rénovations. Tout aussi efficace, le réseau Soliha – premier mouvement associatif du secteur pour l’amélioration de l’habitat – réunit 145 organismes en France et propose d’accompagner les personnes les plus modestes dans leur rénovation énergétique.

Sensibiliser toujours plus

La philanthropie explore aussi de nouvelles pistes en termes de sensibilisation. A Branféré, dans le Morbihan, la Fondation pour la Nature et l’Homme œuvre à la fois pour un tourisme durable et l’éducation des plus jeunes à l’environnement. La Fondation Lemarchand forme quant à elle des professionnels pour une éducation à la biodiversité dès la petite enfance et mise sur la solidarité internationale, proposant à des élèves de collège et lycée de participer à la replantation de systèmes éco-forestiers, entre la France et l’Afrique. Emmené par la Fondation de France, le projet Cap 2050, situé sur l’île de Porquerolles, analyse la façon de gérer la nature face à des changements globaux – climatiques, sociaux, économiques, explique Thierry Gissinger, responsable du programme Environnement. « Cap 2050 réunit une équipe scientifique mais son originalité tient à la volonté d’instaurer une recherche participative avec les habitants de l’île, ceux-ci devenant partie prenante des propositions élaborées (observatoire d’un suivi des plages, projet de pêche durable, de protection contre les incendies…). » Autant de façons novatrices et concrètes pour la philanthropie de sensibiliser les citoyens à l’avenir de leur territoire, et de la planète.


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