Le tissu associatif : rempart pour la démocratie
Et si la vitalité associative était le meilleur baromètre de la santé de notre démocratie ? C’est la question que Frédéric Vuillod, fondateur de Mediatico, a posée en ouverture de la table ronde qu’il animait lors de la 19ᵉ édition du Forum National des Associations & Fondations (FNAF). Cette rencontre a permis d’explorer le rôle clé des associations et des fondations dans le bon fonctionnement démocratique, la promotion de l’engagement citoyen et la construction d’un futur collectif plus juste.
Pour débattre de ce sujet étaient réunis, Alexandre Giraud, directeur de l’Action Philanthropique de la Fondation de France, Sarah Durieux, co-directrice de la Fondation Multitudes et autrice de Militer à tout prix !, Roger Sue, chercheur au CNRS, et Armel Le Coz, cofondateur de l’association Démocratie Ouverte.
Les associations : piliers fragilisés de la démocratie
« Historiquement, ce sont les associations qui ont construit la démocratie. À chaque crise, elles réapparaissent comme un ciment social essentiel », a rappelé Roger Sue. « Le travail associatif est un travail politique. Les associations créent du lien social, assurent des missions souvent liées au service public et jouent un rôle essentiel dans le maintien de la cohésion sociale, donc de la démocratie elle-même », a souligné également Sarah Durieux.
Un constat partagé par Alexandre Giraud : « La Fondation de France, en tant que fondation de toutes les causes, a un rôle crucial à jouer dans la défense de la démocratie, à l’heure où elle est fragilisée par les défis environnementaux et la fragmentation sociale. Elle n’est plus un acquis : elle est un bien commun à préserver ». Cette vigilance s’applique dans de multiples champs : le numérique, pour promouvoir des usages responsables et protéger la qualité du débat public ; la santé, afin de garantir à tous un accès aux soins ; et la transition écologique, qui doit se faire de façon juste et solidaire.
La Fondation de France soutient des associations qui renforcent la représentativité, l’inclusion et la défense des valeurs fondamentales de la démocratie. Parmi elles, l’association Démocratie Ouverte, représentée par son cofondateur Armel Le Coz, qui sonne l’alerte : « notre société est de plus en plus individualiste et consumériste, contraire aux valeurs associatives. Une démocratie dans laquelle les associations ne vont pas bien, c’est une démocratie qui ne va pas bien ». Sarah Durieux a également rappelé qu’à travers le monde, la première attaque contre une démocratie consiste à affaiblir la société civile organisée. En France, la réduction des financements publics est un signe préoccupant. Le Planning familial, par exemple, a vu certaines aides chuter drastiquement, entraînant la fermeture d’antennes. « C’est une attaque directe contre l’idée que chacun doit pouvoir accéder à la santé sexuelle », a-t-elle souligné.
Cultiver l’action collective et la confiance
Face à la baisse des financements publics, le secteur associatif se retrouve de plus en plus dans une logique de compétition pour l’accès aux ressources. Une dérive préoccupante pour Sarah Durieux : « le cœur de la démocratie, c’est de faire ensemble ». Selon elle, la réponse passe par une mutualisation accrue des savoir-faire, des moyens et des compétences : c’est en s’unissant que les associations pourront continuer à remplir leurs missions fondamentales.
Cette dimension collective est également au cœur de l’analyse de Roger Sue : « La démocratie, c’est le régime du vivre ensemble, et ce vivre ensemble est rendu possible grâce aux associations. La devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » trouve dans le monde associatif l’un de ses terrains d’expression les plus concrets. »
Alexandre Giraud a lui aussi insisté sur la nécessité de préserver la confiance, indispensable à toute action collective. « Une multitude de personnes nous fait confiance pour soutenir les meilleures initiatives. À nous d’être suffisamment transparents pour montrer que nous ne sommes pas partisans », explique-t-il. À la Fondation de France, cette exigence se traduit notamment par une gouvernance participative au sein des comités et par l’instruction des projets confiée à des bénévoles, garantissant pluralité des regards et impartialité des décisions.
Réinventer la démocratie
Roger Sue a souligné la nécessité de mieux porter la voix de la société civile afin qu’elle soit entendue de manière plus forte. Selon lui, il serait souhaitable de donner au Conseil économique, social et environnemental (CESE) un droit limité sur l’ordre du jour parlementaire pour amplifier cette représentation et mieux relayer les préoccupations du terrain.
Pour Armel Le Coz, protéger la démocratie passe par sa réinvention et par une meilleure place pour les associations. Au sein de Démocratie Ouverte, il développe des outils de « résistance démocratique » afin d’encourager la participation citoyenne. Parmi ces initiatives figurent la Fresque de la démocratie, un jeu coopératif inspiré de la Fresque du climat. Il permet de comprendre le système démocratique français et de réfléchir à la place de chacun en tant que citoyen. Autre exemple de projet : le Démomètre, une plateforme en ligne interactive qui évalue la vitalité démocratique d’une ville ou d’un territoire et permet aux citoyens et acteurs locaux de débattre et d’agir pour l’améliorer.
Alexandre Giraud a enfin rappelé que la Fondation de France a participé à la création d’un fonds d’investissement pour la démocratie, avec trois objectifs : défendre, promouvoir et réinventer les questions démocratiques. Défendre signifie protéger l’information, le droit à la nuance et les projets à long terme tout en luttant contre la désinformation. Promouvoir consiste à garantir que toutes les personnes puissent participer au jeu démocratique sur un pied d’égalité. Réinventer implique de soutenir des initiatives nouvelles qui améliorent le fonctionnement démocratique, particulièrement dans une société de plus en plus polarisée.