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Femmes et sport

Aider les femmes à se reconstruire physiquement et mentalement

14/06/2021

Le programme « Femmes et sport : vers un nouveau départ ! », lancé en octobre 2019 par la Fondation de France a pour objectif d’aider les femmes et les jeunes filles en situation de vulnérabilité à se reconstruire grâce au sport. L’activité physique permet à la fois de renforcer l’estime de soi, de se réapproprier son corps mais aussi de retrouver une confiance dans sa capacité d’agir, primordiale dans la réussite d’un parcours global d’insertion. Depuis son lancement, 31 projets de terrain ont été soutenus pour un montant de 421 335 euros. Parmi ces initiatives, focus sur 4 projets exemplaires.

Forces :  exercer son corps pour se réapproprier sa vie

Direction Paris où le sport réunit des femmes fragilisées pour les accompagner vers le chemin de la reconstruction. Pour la deuxième année, l’association Up Sport ! unis pour le sport, déjà très investie dans l’inclusion sociale via le sport, déploie un dispositif spécifique pour les femmes victimes de violences conjugales. Le programme FORCES, pour les « Femmes qui Œuvrent pour la Réappropriation de leur Corps et leur Emancipation via le Sport », est mené en partenariat avec le Centre d'information sur les droits des femmes et des familles de Paris (CIDFF). Il repose sur un précieux triptyque qui articule accompagnement sportif, suivi psychologique et insertion professionnelle, sur une durée de dix mois. En charge de la partie sport, Karine Roussier explique : « l’objectif est de redonner aux femmes les ressources nécessaires à leur émancipation en changeant le regard qu’elles portent sur elles. Avec le sport, elles se réapproprient leur corps, réussissent à dépasser leurs peurs, comme celle de refaire du vélo ou de terminer une course. Ensemble, elles se motivent, se fixent des objectifs et en ressortent plus fortes. Le fait que nos activités se déroulent en extérieur, dans les parcs, est aussi très important, c’est une façon pour elles de reconquérir l’espace public et de sortir de la sphère domestique. » Grâce au travail concerté entre les différentes équipes encadrantes (coach sportif, psychologue, éducateur social), les bienfaits de l’activité physique nourrissent les progrès constatés tant sur le plan psychologique que professionnel. En 2020, ce programme a permis à quinze femmes âgées de 19 à 55 ans de prendre un nouvel élan pour faire évoluer leur situation professionnelle, familiale ou personnelle (formation à un métier, démarche administrative, suivi psychologique…). Et une sur quatre continue à pratiquer régulièrement une activité physique avec Up Sport, au terme du programme.

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© association Up Sport

Santé Baumettes : danser pour oublier les barreaux

Libérer le geste pour susciter un mieux-être, c’est aussi l’approche développée auprès des femmes détenues au Centre pénitentiaire de Marseille. Le projet Santé-Baumettes, mis en place récemment par l’équipe sanitaire, s’empare de la danse comme support d’éducation à la santé, physique et psychique des femmes. Troubles de l’estime de soi, syndromes dépressifs, et bien d’autres pathologies psychosomatiques dues à l’enfermement sont à déplorer parmi les détenues. « Aider les femmes à se reconstruire et à prendre soin d’elles grâce à la danse nous a semblé être une approche très porteuse, explique le docteur Valérie Ghaleb, praticienne hospitalière rattachée au Centre pénitentiaire. Et d’ajouter : « L’initiation à la danse contemporaine permet aux femmes de laisser s’exprimer librement leur corps, leurs émotions et de renouer avec un peu de légèreté. D’ailleurs, beaucoup témoignent qu’en dansant, elles n’ont plus l’impression d’être en prison. » Assurés par un intervenant extérieur, les cours de danse ont lieu pendant quatre mois et sont suivis de temps d’échange collectifs et individuels.

Orchidées rouges : se mouvoir pour reprendre du pouvoir

L’association bordelaise Les Orchidées Rouges a trouvé dans l’art de la danse et du mouvement un outil supplémentaire à la prise en charge holistique qu’elle propose aux femmes ayant subi une excision. Parce que cette atteinte grave à leur intégrité physique a causé chez les femmes et les adolescentes concernées de profonds traumatismes qui demeurent inscrits dans leur chair et impriment leur manière d’être, des ateliers de danse-thérapie ont été mis en place depuis janvier 2020. « Cet accompagnement par la danse doit concerner à terme près de 75 femmes. L’idée est de leur donner l’occasion de se réapproprier leur corps, souvent désinvesti suite aux violences qu’il a subies. Beaucoup de femmes sont en repli, et ont perdu l’estime d’elles-mêmes » explique Marie-Claire Moraldo, directrice générale des Orchidées Rouges. La professeure de danse thérapeutique, formée à l’approche émotionnelle du mouvement, les amène doucement, seules ou en petit groupe, à retrouver un ancrage physique en travaillant sur la posture, la respiration, la manière d’occuper l’espace et de s’y déplacer. Autant de gestes simples, parfois profondément verrouillés par des blocages intimes.

+ Zen + Forte : renaître sur un tatami

Au Havre, c’est dans le karaté que des femmes fragilisées viennent puiser la force nécessaire à leur reconstruction. Depuis deux ans, le club Okinawa a mis au point, avec le Centre médico-social, le programme « + Zen + Forte », qui accueille une trentaine de femmes âgés de 20 à 60 ans. Chaque semaine, sous le regard bienveillant de David Tiennot, l’éducateur sportif du club, Séverine, Nathalie et les autres s’initient durant une heure au karaté. « Ici on n’est pas dans la performance, explique David Tiennot. Les filles sont là pour retrouver confiance en elles. On travaille beaucoup la gestuelle, la concentration, le contrôle de la force. Le karaté est très profitable car il met en situation de face à face : comment bloquer les coups, en donner, se positionner face à l’autre. C’est un bon moyen pour les femmes de se réapproprier des gestes négatifs, comme les coups de pieds. Le kimono, la cadre du dojo et tout le rituel apportent en plus un cadre très sécurisant. »

Après chaque séance, un temps d’échange de 30 minutes est assuré par une assistante sociale, durant lequel les femmes prennent le temps d’exprimer leur ressenti et de partager leur vécu. Celles qui le souhaitent peuvent également bénéficier de l’accompagnement d’une psychologue et d’une sexologue.

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© association Okinawa

Séverine n’a pas encore osé consulter mais elle compte le faire bientôt, c’est sûr. A 38 ans, cette maman de 3 enfants qui n’a toujours connu que la violence est aujourd’hui en pleine renaissance « J’ai commencé il y a huit mois et ça m’a sauvé la vie. Je suis sortie de l’enfer. Je ne pensais pas pouvoir avoir une autre vie mais si. J’ai l’impression d’être enfin devenue la femme que j’aurais dû être…. Au début ça a été difficile, surtout quand il a fallu que je sois celle qui donne les coups. J’ai beaucoup pleuré, je ne pouvais pas… Le groupe m’a beaucoup aidé, j’y ai trouvé des amies qui me comprennent. Depuis un mois j’ai arrêté mes antidépresseurs et je suis en stage pour travailler dans le périscolaire. Mes enfants disent que je suis une super maman. »

Des femmes plus ouvertes, plus sereines et plus libres grâce au karaté, tel est le bilan dressé par David Tiennot qui constate chaque semaine les progrès parcourus par celles qu’il appelle chaleureusement « les filles ». Pour enrichir l’accompagnement, le club prévoit dès septembre 2021 de faire appel à une conseillère en image en partenariat avec Beauté Solidaire ainsi qu’à une greffière pour orienter et faciliter les démarches administrative et juridiques des femmes.