Pépites 2026 : à la rencontre de celles et ceux qui s’engagent
Le 8 octobre, la soirée des Pépites 2026 de la Fondation de France s'est tenue au tiers-lieu Césure, à Paris. Installé au sein de l’ancien campus Censier de la Sorbonne-Nouvelle, cet espace d'innovation sociale et d’expérimentation fédère aujourd’hui des structures culturelles et solidaires, faisant écho à l’esprit des Pépites. Cette année, 14 initiatives, qui illustrent la vitalité de l'engagement associatif partout en France, ont été distinguées pour leurs actions innovantes et porteuses d’espoir dans tous les domaines de l’intérêt général.
« Les Pépites sont nées d’une envie : faire mieux connaître la richesse et l’innovation des quelque 13 000 actions que nous soutenons chaque année. A rebours de tous les discours négatifs et des difficultés de notre monde, cette soirée est une véritable source d’espoir. Alors qu’on dit souvent l’engagement en perte de vitesse, les Pépites prouvent le contraire et montrent que des solutions existent pour répondre aux grands défis actuels. Aller vers, comprendre le monde, inclure, créer du lien, dialoguer : elles racontent exactement ce que nous voulons faire ensemble », a souligné en ouverture de la soirée Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, rappelant notamment l'engagement précieux des donatrices et donateurs sans lesquels tant d’initiatives ne verraient pas le jour.
Axelle Enderlé, fondatrice de l'association La pause Brindille, et Chloé Nabédian, animatrice de la soirée.
L'association La pause Brindille agit par exemple depuis 14 ans pour soutenir les jeunes aidants. En France aujourd’hui, un million de jeunes épaulent un proche malade ou en situation de handicap, souvent dans l'ombre et au détriment de leur propre équilibre. Axelle Enderlé, fondatrice de l'association, a témoigné de son parcours personnel, marqué par le cancer qui l’a touchée et la situation de handicap de sa plus jeune fille. Le déclic a été pour elle cette phrase bouleversante prononcée par sa fille aînée, alors âgée de cinq ans et demi : « Maman, comment je vais faire quand tu seras morte ? Parce que je vais devoir m'occuper de ma sœur toute ma vie alors que, moi aussi, j'ai ma vie à vivre ». Elle imagine alors La pause Brindille, un espace de répit et d’accompagnement pour ces enfants et jeunes adultes. Parmi les actions de l’association : une ligne d’écoute en pair-aidance, des podcasts et des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux, un festival annuel dédié… Engagée chaque jour pour maintenir le lien social des jeunes aidants de 7 à 25 ans, La pause Brindille a déjà accompagné plus de 3 000 jeunes et sensibilisé autant de professionnels de santé.
Construire ensemble un environnement durable
Autre enjeu clé pour l’avenir dont se saisissent les Pépites : la transition écologique. La première table ronde de la soirée a permis de découvrir quatre initiatives qui proposent des solutions pour transformer les pratiques et construire un monde plus durable. Arnaud Trollé, arboriculteur et membre de l'association Paysans de nature, a rappelé la nécessité de réconcilier agriculture et biodiversité sauvage face aux conséquences de l'industrialisation des campagnes : « Notre but est de réunir autour de la table les agriculteurs, les naturalistes, les citoyens et, idéalement, les élus locaux pour définir ensemble la meilleure manière d’associer préservation de la biodiversité et production agricole viable pour nourrir les territoires ». Le dispositif « Dialogue permanent pour la nature », initié par l’association, permet ainsi de faire émerger des préconisations concrètes au sein des fermes, comme l’installation de mares ou la plantation de haies, précieux abris pour la biodiversité.
De gauche à droite : Chloé Nabédian, Charles Braine (Pleine Mer), Etienne Faivre (SAMU de l'environnement), Sébastien Brana (Infoclimat) et Arnaud Trollé (Paysans de nature).
La transition écologique concerne aussi la pêche, comme l’a rappelé Charles Braine, cofondateur de l’association Pleine Mer qui déploie une démarche de « pêche-écologie », inspirée des principes de l'agroécologie, pour préserver la faune et la flore maritimes. Pour accompagner cette dynamique, l'association a lancé une cartographie des lieux de vente directe en février 2020. L’objectif : permettre aux marins-pêcheurs d’être mieux rémunérés pour le fruit de leur pêche et donc de réduire les quantités de poissons pêchés. Il y a un an, l'association a également lancé « Mer de Liens », un dispositif coopératif social et solidaire grâce auquel l'épargne citoyenne finance l'acquisition de bateaux pour faciliter l'installation de jeunes pêcheurs.
De son côté, Sébastien Brana, vice-président de l'association Infoclimat, a souligné l'importance de l'observation rigoureuse des évolutions du climat : « On est une vieille Pépite car cela fait 25 ans que le site internet existe et 23 ans que l'association a été créée ! Ce que l’on souhaite, c'est continuer à participer à l'éveil citoyen et à la lutte contre les fake news sur les questions climatiques en produisant de la documentation accessible à tous. Il est important d’aider les gens à mieux comprendre les changements qui se mettent en place ».
L’association SAMU de l'environnement Alsace, représentée par Etienne Faivre, intervient quant à elle directement sur le terrain dès qu’une pollution est suspectée dans l’eau, l’air ou au niveau des sols. Elle a également développé des actions pour former les citoyens et les acteurs locaux.
Nicola Delon, architecte représentant de l'association Lieux Infinis, et Chloé Nabédian, animatrice de la soirée.
Lieux Infinis : reconstruire et se reconstruire à Mayotte
A Mayotte, le passage dévastateur du cyclone Chido en décembre 2024 a détruit jusqu'à 70 % de la forêt. Suite à la catastrophe, l’association Lieux Infinis a imaginé le projet de scierie mobile « Scie Maoré ». En valorisant les essences locales de bois tombées pour répondre aux importants besoins de reconstruction sur l’île, en lien avec des acteurs comme l’ONF et le Régime du service militaire adapté (RSMA), cette initiative favorise non seulement la reconstruction matérielle de l'île, mais aussi l’émergence d’un élan collectif : « Quand on reconstruit sur l’île, on se reconstruit aussi soi-même. Ce projet, c'est à la fois une ressource, la mise en œuvre et le développement de savoir-faire, et la construction d’une histoire commune pour ce territoire de Mayotte qui en a tellement besoin », a souligné Nicola Delon, architecte impliqué dans l’association.
Recréer l'égalité des chances par la culture et l’éducation citoyenne
Plusieurs Pépites distinguées cette année ont choisi les leviers de la culture, des loisirs et de la citoyenneté pour favoriser l’égalité des chances. L’association DAHLIR, représentée par son cofondateur Pierre-Emmanuel Baruch, agit par exemple pour permettre aux personnes en situation de handicap, de maladie ou de précarité d'accéder aux loisirs au plus près de chez elles. L'association Topophone œuvre quant à elle depuis quinze ans dans la région de Toulouse pour introduire la musique au cœur des quartiers prioritaires et des zones rurales : « La musique est un outil exceptionnel d'éducation et d'émancipation individuelle, tout en permettant de créer du lien social. Notre objectif, c’est de favoriser l’autonomie, l'épanouissement et la reprise de confiance des enfants, en levant tous les freins extérieurs à leur pratique musicale », a précisé Sébastien Bénazet, fondateur de l’association.
De gauche à droite : Chloé Nabédian, Alexandre Pastor (Melting POT), Sébastien Bénazet (Topophone) et Pierre-Emmanuel Baruch (DAHLIR).
De son côté, Alexandre Pastor, fondateur de l'association Melting POT à Marseille, a présenté les actions menées depuis 2022 pour renouveler le rapport des jeunes à la vie démocratique : « Notre envie, c’est de parler à ces jeunes en partant de sujets qui leur sont familiers, comme les mangas, le sport, la musique, le cinéma, leur quartier, et d’en faire des points d’entrée pour développer leur culture citoyenne et démocratique». Parmi les actions mises en place par l’association : des simulations de sessions parlementaires ou d’élections.
Julie Le Feunteun, médiatrice du livre, conteuse et formatrice au sein de l'association Liratouva.
Liratouva : éveiller le désir des mots dès le plus jeune âge
L’association Liratouva agit auprès des jeunes enfants de 0 à 6 ans pour leur donner le désir d'entrer dans le langage par la lecture. Selon Julie Le Feunteun, médiatrice du livre, conteuse et formatrice au sein de l’association, les enfants accèdent au langage avant tout par le registre du désir et la musicalité des textes : « C’est parce que les mots sont beaux, rythmés, parce qu’il y a une musicalité dans le texte, que les enfants ont envie d’accéder au langage. Et c’est quelque chose qui se joue pour tous les enfants partout dans le monde ». Avec un enjeu majeur : nouer une relation de confiance aussi bien avec les enfants qu’avec leurs parents pour inscrire la lecture de manière durable dans leur vie quotidienne.
Regarder vers l’avenir et reprendre confiance
Face aux épreuves les plus lourdes de la vie, qu'il s'agisse de situations de grande précarité, d’incarcération ou de violences subies, des solutions existent, et plusieurs d’entre elles sont portées par des Pépites. Zoé Mall, avocate cofondatrice de l’association ILA, a présenté une application mobile sécurisée conçue pour répondre au fléau des violences intrafamiliales : aujourd’hui, une femme est tuée tous les trois jours par son conjoint ou ex-conjoint et un enfant sur dix est victime d'inceste. L'application, astucieusement dissimulée dans le téléphone derrière une autre application, permet aux victimes de s'informer sur leurs droits, de trouver des professionnels spécialisés proches de chez elles, et de tenir un journal de preuves sécurisé exportable en cas de plainte.
L'association Agir pour la Santé des Femmes, représentée par Stefania Parigi, agit quant à elle auprès des femmes sans domicile, en situation de grande exclusion, pour faciliter leur accès aux soins de droit commun à travers des maraudes et des accueils de jour.
De gauche à droite : Chloé Nabédian, Valentine de Muizon (Toi-même tu parles), Stéfania Parigi (Agir pour la santé des femmes), Athina Marmorat (Rêv'Elles), Zoé Mall (ILA)
Valentine de Muizon, cofondatrice de l'association Toi-même tu parles, a témoigné de l'accompagnement mené en Alsace auprès de femmes détenues confrontées à de grandes difficultés, notamment de santé physique et mentale, et d’un profond manque d’estime d’elles-mêmes. Pour les aider à retrouver confiance, l'association met en place des ateliers culturels et des concours d'éloquence en prison. Elle porte également le projet « Un pas vers ta voie », qui prépare le retour à l'emploi des femmes incarcérées grâce à des ateliers collectifs et des rencontres organisées avec des entreprises bénévoles partenaires.
Enfin, Athina Marmorat, fondatrice et directrice de l’association Rêv'Elles, a insisté sur le fait que « l'égalité des chances commence par l'égalité des rêves ». L’association accompagne les jeunes filles de quartiers populaires et ruraux à construire leur avenir professionnel : « Notre rôle est de permettre à toutes les jeunes filles, qui nous rejoignent souvent en pleine période d’adolescence, un âge où l'on se cherche, de prendre confiance en elles et d’acquérir les outils pour construire leur projet. Nous souhaitons également leur donner accès à un réseau de femmes passionnées par leur métier, car nous avons toutes la possibilité d’impacter positivement des trajectoires ».
Crédit photos : © Laure Playoust