Une étudiante de Paris 8 s'exprime à l'oral dans le cadre du concours Eloquentia

Education & formation

Former les jeunes de banlieue à l'éloquence

Des mots pour faire tomber les préjugés

Imaginé par Stéphane de Freitas, le programme Eloquentia forme des jeunes de banlieue à la prise de parole en public. Objectif : les aider à exprimer leurs idées, à dialoguer, à combattre les préjugés et faciliter leurs parcours professionnels. Le projet s’articule autour d’un concours d’éloquence et de formations dispensées dans cinq universités d’Ile-de-France et en région. Avec près de 800 jeunes initiés chaque année, Eloquentia a acquis en cinq ans une large renommée sur son territoire « historique » de Seine-Saint-Denis, puis à l’échelle nationale. Porté à l’écran dans le documentaire À voix haute, sorti en salle en 2017, Eloquentia poursuit sa croisade pour redonner des mots à ceux qui en ont besoin.

 

Rencontre avec Stéphane de Freitas

Stéphane de Freitas est fondateur de la coopérative Indigo et du programme Eloquentia.

Stéphane de Freitas

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer Eloquentia ?

J’ai grandi en banlieue, j’avais du mal à m’exprimer, j’avais plein de tics de langage… Devenu basketteur professionnel, du jour au lendemain, je me suis installé dans le 2e arrondissement de Paris. Ça a été difficile : je ne m’exprimais pas comme les autres. Je me suis senti moqué et stigmatisé. En plus, avec un pied de chaque côté du périphérique, j’ai perçu à quel point la jeunesse de banlieue avait le sentiment de ne pas être entendue. J’ai donc eu l’idée de créer Eloquentia afin d’apprendre à bien s’exprimer en public et d’encourager le dialogue sur les sujets de société.

Comment le projet a-t-il vu le jour ?

Nous avons d’abord créé le concours de prise de parole, puis la formation avec Maître Bertrand Périer, que j’avais eu comme professeur en fac de droit. J’ai aussi rencontré des professeurs de théâtre et des artistes pour intégrer une initiation au slam. C’était vraiment sans prétention au début, mais après le succès du premier concours, j’ai pu mettre en place la formation à l’université de Saint-Denis. C’est là que les gens ont compris que ce qui se passait dans ces amphis était inédit !

Comment la Fondation de France vous a-t-elle aidé ?

La rencontre a d’abord été informelle, puis la Fondation de France a décidé de nous soutenir dès la deuxième année. Il s’agissait de petites sommes, mais elles ont été décisives pour nous lancer. Avec d’autres partenaires, elle nous accorde maintenant un soutien plus global : on va pouvoir, par exemple, adapter le programme pour les collèges de Seine-Saint-Denis et continuer notre développement national.

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Repérer les initiatives sur le terrain

Le plus souvent, ce sont de petites associations qui imaginent des réponses à des problèmes mal résolus. Avec elles, la Fondation de France explore de nouvelles pistes. À travers toute la France, fondations abritées et experts bénévoles sont en prise directe avec les initiatives locales. C’est ce réseau qui fait la capacité de la Fondation de France à repérer sur le terrain les « pépites » qui pourront être accompagnées dans leur développement.

Avec près de 800 jeunes initiés chaque année, Eloquentia a acquis en cinq ans une large renommée.

Une journée avec Eloquentia

Le mot de Martin Spitz

Martin Spitz est responsable des Solidarités internationales, de l'ESS et des Urgences de la Fondation de France.

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« Eloquentia est un cas emblématique du "flair" de la Fondation de France. Notre société foisonne d'idées et d'envie d'agir. Si nous fonctionnons essentiellement par appels à projets, nous repérons aussi des projets sur le terrain et décider de les accompagner, car ils apportent des réponses efficaces à des besoins insuffisamment traités par l'action publique. C'est ce qui s'est passé avec Eloquentia : il n'entrait dans aucune case, mais il présentait un fort potentiel. Voilà près de cinq ans que nous les accompagnons. C'est un projet avec des résultats tangibles, auquel nous croyons et que nous voulons voir essaimer sur le territoire. »