Lutter contre les cyberviolences
En 2021, 41% de la population française aurait été victime de cyberviolence (IPSOS, Féministes contre le cyberharcèlement). Ces violences, perpétrées en ligne ou par le biais d’outils numériques, prennent des formes diverses, des raids massifs de cyberharcèlement, à la diffusion non consentie de données personnelles (doxxing), de contenus intimes ou de fausses images générées par IA (deepfake), en passant par la surveillance via des outils numériques (stalking).
Contrairement aux idées reçues, ces violences et leurs répercutions ne se limitent pas à la sphère numérique : elles n’ont ni limites spatiales ni limites temporelles. Leur viralité potentielle et leur persistance en ligne produisent des répercussions bien réelles dans la vie des victimes, pouvant être physiques, psychologiques ou professionnelles (Féministes contre le Cyberharcèlement, 2025).
Le modèle économique des plateformes, et particulièrement des réseaux sociaux, basés sur l’engagement des utilisateurs et donc la captation de l’attention ainsi que des données, favorise la polarisation des opinions et la circulation de contenus violents. La Commission européenne a renforcé la règlementation avec le Digital Services Act, qui impose aux plateformes des obligations accrues de modération des contenus nuisibles (Commission européenne, 2022). Cependant, l’assouplissement des politiques de modération des plateformes (X, Facebook, Instagram, Tik-Tok, ...) en 2025 et la passivité de ces dernières dans le traitement des signalements des utilisateurs viennent encore compliquer sa mise en œuvre.
Par ailleurs, les dynamiques de pouvoir et d’oppression existant dans nos sociétés se reproduisent dans la sphère numérique. L’origine ethnique, la religion, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et le handicap des utilisateurs et utilisatrices sont autant de facteurs qui augmentent leur risque de subir des cyberviolences. Ainsi, en Europe, 74 % des femmes auraient déjà été victimes de violences en ligne (The Economist, 2020).
Pour être effective, la lutte contre les cyberviolences doit se traduire dans des actions complémentaires qui interviennent à plusieurs moments du cycle de la violence : d’abord en amont, à savoir au stade de la prévention des cyberviolences, ensuite, au moment de leur perpétration dès lors qu’une violence advient, et enfin en aval, au niveau de l’accompagnement de la victime.
Plusieurs leviers d’intervention sont aujourd’hui identifiés sur cette chaîne de valeur :
- En amont de la violence : intervenir sur le cadre réglementaire et juridique, concevoir des plateformes adaptées, former les usagers à des pratiques respectueuses et légales, et préparer les professionnels de l’accompagnement (psychologues, assistants sociaux, médiateurs numériques, ) aux spécificités de ces nouvelles formes de violence ;
- Lorsqu’intervient la violence : offrir un accompagnement psychologique et technique aux victimes, incluant l’aide au signalement et au dépôt de plainte ;
- En aval de la violence : accompagner les victimes durant les procédures juridiques souvent longues, les aider à nettoyer leurs identités numériques, et capitaliser sur les recours et l’évolution du droit.
Depuis quelques années, un écosystème d’acteurs s’organise pour prévenir et répondre à ces violences. Parmi les acteurs clés, ceux du secteur juridique qui instaurent un cadre préventif et coercitif, ainsi que les forces de l’ordre, qui doivent prendre en compte ces nouvelles formes de violence, les reconnaître et y répondre. La société civile se mobilise également, et intervient à différentes étapes de ces violences. Cet écosystème étant encore émergent, il apparait essentiel de consolider les associations spécialistes du sujet et de favoriser la montée en compétences générale sur les cyberviolences, afin d’accroître le nombre d’organisations capables d’accueillir et de conseiller les victimes.
L'appel à projets « Lutter contre les cyberviolences » est clos. Pour mieux répondre aux enjeux actuels, la Fondation de France mène actuellement une réflexion sur sa stratégie des missions sociales et les modalités de soutien qui sont progressivement mises en œuvre.
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