Soirée de la recherche médicale 2026 : des innovations porteuses d’espoir
Les grandes avancées médicales étaient au cœur de la Soirée de la recherche médicale de la Fondation de France le 19 mars dernier. Cette édition 2026 s’est tenue dans l’amphithéâtre de l’École de médecine de Paris, lieu emblématique qui abritait au 18e siècle l’Académie royale de chirurgie. A cette occasion, plusieurs experts et chercheurs soutenus par la Fondation de France ont présenté leurs travaux de recherche innovants dans différents domaines. La soirée s'est clôturée avec la remise des Prix de la recherche médicale de la Fondation de France / Jean Valade.
Quels espoirs l'utilisation de l’intelligence artificielle suscite-t-elle dans le domaine de la médecine ? Sur quels nouveaux traitements innovants les chercheurs travaillent-ils actuellement pour lutter contre le cancer ? Voici les deux questions majeures abordées durant la soirée à laquelle assistaient de nombreux donateurs de la Fondation de France, chaleureusement remerciés en ouverture par Pierre Sellal, président de la Fondation de France. Pierre Sellal a rappelé l'engagement historique de la Fondation de France dans le domaine de la recherche médicale : avec 130 fondations abritées, 30 millions d’euros ont été consacrés en 2025 au soutien de nombreux projets de recherche sur le cancer, les pathologies cardiovasculaires, les maladies neurodégénératives ou psychiatriques…
« Nous sommes présents là où le financement public est insuffisant. Le soutien de la philanthropie est vital : il peut représenter jusqu’à 15 à 20 % du budget dont dispose une équipe de recherche ». Pierre Sellal a également insisté sur la capacité de la Fondation de France à s’engager dans le temps long : « La recherche demande de la patience, c’est pourquoi nous nous engageons auprès des chercheurs dans la durée avec des soutiens pluriannuels ». La Fondation de France accorde également une attention particulière aux jeunes chercheurs, dont dépendent les avancées de demain.
Pierre Sellal, Président de la Fondation de France, et Mathieu Vidard, journaliste et animateur de la soirée.
Pour éclairer les enjeux actuels de la recherche médicale, le professeur Stanis Pérez, historien à la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord et membre du Comité d’éthique de l’hôpital de Suresnes, a retracé les grandes évolutions dans l'art de soigner au fil de l’histoire. Si Hippocrate a posé les bases d'une médecine rationnelle dès l'Antiquité, un véritable virage s'est opéré au XIXe siècle avec les travaux de Claude Bernard. En introduisant la mesure systématique et le relevé méthodique, il est considéré comme le fondateur de la démarche clinique moderne.
Aujourd'hui, avec l’explosion du Big Data et de l'intelligence artificielle, la mesure et l’analyse de données ont pris une nouvelle dimension dans la recherche médicale. « L’éthique reste toutefois une boussole indispensable », rappelle Stanis Pérez, pour qui le progrès technique ne doit jamais occulter « la beauté et la bonté du geste », ce contact physique et humain qui redonne au patient un visage et une dignité face à la maladie.
Cette vision humaniste de la recherche nécessite de la liberté et de la patience. En s’appuyant sur l’exemple des travaux sur l’ARN-messager de la biochimiste hongro-américaine Katalin Karikó, qui ont mis trente ans avant d’être reconnus, Stanis Pérez a souligné le rôle crucial de la philanthropie pour les progrès de la médecine, en permettant d'explorer des voies jugées incertaines.
Les nouveaux horizons de l’intelligence artificielle (IA)
Considérée comme l’une des innovations les plus prometteuses pour les années à venir, l’intelligence artificielle est déjà omniprésente dans de nombreux laboratoires de recherche pour analyser de grandes quantités de données. Trois chercheurs soutenus par la Fondation de France sont venus témoigner du recours à l’IA dans leurs travaux.
Karine Clément, directrice du laboratoire Nutriomique (Inserm/Sorbonne Université) et médecin à la Pitié-Salpêtrière, Ali Amad, professeur des universités praticien-hospitalier à la faculté et au CHU de Lille, et Gabriel Malouf, oncologue médical et chef de l’équipe « Oncologie moléculaire et translationnelle » à l’IGBMC de Strasbourg, expliquent comment l'intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives pour leurs projets de recherche.
Le professeur Karine Clément, directrice du laboratoire Nutriomique (Inserm/Sorbonne Université) et médecin à la Pitié-Salpêtrière, étudie les liens entre le microbiote intestinal et les maladies cardiovasculaires afin notamment d’améliorer la prévention. Comment ? En analysant grâce à l’IA les 100 000 milliards de bactéries qui peuplent l’intestin, pour détecter celles qui pourraient être liées au développement de pathologies cardiovasculaires.
Ali Amad, professeur des universités praticien-hospitalier à la faculté et au CHU de Lille, a quant à lui développé le projet CALYPSO, qui utilise l’IA dans le domaine des maladies psychiatriques. Les expressions du visage, la voix ou la posture sont analysées en fonction des différents types de dépressions. Cette étude pourrait permettre de cibler plus rapidement des traitements adaptés à chaque patient et d’estimer plus précisément les risques de rechute.
En cancérologie, Gabriel Malouf, oncologue médical et chef de l’équipe « Oncologie moléculaire et translationnelle » à l’IGBMC de Strasbourg, s'appuie sur l'IA dans le cadre de ses travaux de recherche sur le cancer du rein. Son objectif : comprendre pourquoi certains patients répondent à l’immunothérapie quand d’autres développent des résistances ou des toxicités, en analysant d’énormes volumes de données (jusqu’à 2 millions par tumeur).

Malgré la puissance de calcul spectaculaire de l’IA, les chercheurs sont unanimes : les résultats qu’elle produit dépendent entièrement de la qualité de la donnée humaine collectée en amont. Pour Gabriel Malouf, la technologie reste un outil au service de l'intuition : « L’IA est un outil pour répondre aux questions, mais elle ne générera pas de bonnes réponses si nous n’avons pas, au départ, des hypothèses et des questions scientifiques bien construites. » L’efficacité des recherches repose donc sur la collaboration étroite entre le chercheur, le médecin au contact des patients pour la collecte des données, et l’intelligence artificielle pour l’analyse de la data.
La recherche de traitements innovants contre le cancer
Ces dernières années ont confirmé l’émergence d’une médecine sur-mesure face au cancer, fondée sur de nouveaux traitements plus personnalisés et avec des effets secondaires moins lourds. Florence Nguyen-Khac, cheffe du service d’Hématologie biologique à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, a présenté ses recherches sur des traitements qui « rééduquent » les cellules immunitaires du patient pour qu'elles s’attaquent spécifiquement aux cellules cancéreuses. Avec des avancées prometteuses qui pourraient rapidement révolutionner les approches thérapeutiques: « Nous allons si vite dans la progression des connaissances que les recherches actuelles pourraient bénéficier aux patients bien plus rapidement que par le passé », souligne Florence Nguyen-Khac.
Florence Nguyen-Khac, cheffe du service d’Hématologie biologique à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et Stéphanie Corgnac, chargée de recherche « Immunologie intégrative des tumeurs et immunothérapie du cancer », à l’Institut Gustave Roussy, présentent leurs travaux pour la recherche de traitements innovants pour le cancer.
C’est un vaccin thérapeutique basé sur l’ARN-messager, non pas pour prévenir la maladie mais pour traiter un cancer déjà présent, qui est au cœur des recherches de Stéphanie Corgnac, chargée de recherche « Immunologie intégrative des tumeurs et immunothérapie du cancer », à l’Institut Gustave Roussy. « L’idée est d’étudier la tumeur pour comprendre de quoi elle est faite et de développer un vaccin personnalisé capable de réactiver les défenses du patient », explique-t-elle.
Grâce au soutien de la Fondation de France, les deux chercheuses s’appuient également sur l'intelligence artificielle pour étudier l'environnement des tumeurs au plus près. En comprenant pourquoi certaines cellules résistent encore, elles espèrent ouvrir la voie à de nouvelles combinaisons de traitements pour augmenter le nombre de rémissions.
Prix de la recherche médicale Fondation de France / Jean Valade : deux chercheurs récompensés
Le docteur Céline Vallot, directrice de recherche et responsable de l’équipe « Dynamique de la plasticité épigénétique dans le cancer » à l’Institut Curie à Paris, a reçu le Prix Jeune Chercheur pour ses travaux sur les mécanismes épigénétiques à l’origine de la résistance des cellules tumorales aux traitements anti-cancer.
De gauche à droite : Fanny Ledonné, responsable du Collectif d'action Santé Globale de la Fondation de France, Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, Nicolas Charlet-Berguerand, lauréat du Prix Chercheur senior de la Fondation de France / Jean Valade, et Pierre Sellal, Président de la Fondation de France.
Le professeur Nicolas Charlet-Berguerand, responsable de l’équipe « Maladies à gain de fonction d’ARN » et responsable du département « Médecine Translationnelle et de Neurogénétique » à l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire d’Illkirch, a été récompensé par le Prix Chercheur senior pour son projet de recherche « Les maladies à polyGlycines : une nouvelle classe de maladies génétiques humaines ».
© Crédit photos : Cyril Marcilhacy