Inventer Demain en Centre-Bretagne : vers une transformation durable du territoire
Depuis 2021, la Fondation de France Grand Ouest déploie en Centre-Bretagne le programme national Inventer Demain. Pensé comme un accompagnement dans la durée, il vise à structurer des initiatives associatives capables de soutenir la transformation du territoire. Après plusieurs années d'existence, la démarche franchit un cap : les coopérations se consolident, certains projets changent d’échelle et la gouvernance s’ancre localement.
À cheval sur trois départements (Côtes d’Armor, Finistère et Morbihan), le Centre-Bretagne, territoire rural éloigné des grands centres urbains, présente des fragilités socio-économiques réelles mais s’illustre par la vitalité de son tissu associatif et l’engagement de ses élus. C’est dans ce contexte que le programme Inventer Demain a été lancé sur le territoire afin d’accompagner des initiatives porteuses de transformations durables. Avec une question clé guidant la démarche depuis l’origine : comment faire territoire collectivement ?
« Nous sommes partis de l'écosystème existant en cherchant à le comprendre avant d'agir », introduit Clotilde Tascon, référente bénévole pour le développement territorial de la Fondation de France. Cette posture d'écoute s'est traduite concrètement par des diagnostics menés avec les structures associatives et des échanges continus avec les élus. « C'est ce travail préparatoire qui a permis de faire émerger des priorités partagées et d'identifier les forces vives capables de porter le changement. »
Pensé comme un laboratoire en action, le programme propose un accompagnement pluriannuel, à la fois financier et méthodologique, qui laisse aux projets le temps de mûrir. « Il faut en moyenne neuf mois pour qu'un projet trouve sa place », précise Clotilde Tascon. L’expérimentation est centrale dans le programme et l’accompagnement proposé est ajusté en permanence en fonction de l’évolution des réalités et besoins locaux.
Depuis 2021, une douzaine de projets ont été accompagnés dans plusieurs domaines de l’intérêt général : mobilité, inclusion numérique, alimentation, émancipation des jeunes femmes, etc.
Accompagner le changement d’échelle : l’exemple du PTCE numérique
La création du Pôle Territorial de Coopération Économique (PTCE) « Réemploi et Inclusion Numérique en Centre-Bretagne », porté par l’association Ordi Grand Ouest, constitue un exemple abouti de cette dynamique. L’enjeu est double : réduire la fracture numérique et organiser, à l’échelle du bassin de vie, une filière locale de réemploi informatique.
Trois années d’accompagnement ont permis de structurer la gouvernance, d’équiper deux ateliers de reconditionnement, de financer un poste de recherche et de mobiliser des fonds européens. Le projet a changé de dimension : il fédère désormais collectivités, organismes de formation et d’insertion autour d’un modèle économique et social partagé, créateur d’emplois.
« L’accompagnement dont nous avons bénéficié dans le cadre du programme Inventer Demain nous a permis de franchir un cap. Le PTCE n’aurait sans doute pas émergé sous cette forme sans ce cadre structurant », souligne Marie-Christine Dalle, directrice d’Ordi Grand Ouest.
Une coopération renforcée et une gouvernance locale affirmée
Le bilan d’étape révèle une évolution plus large : les acteurs locaux ne travaillent plus en silos. En 2025, cinq temps de formation consacrés notamment à la gouvernance partagée et à la connaissance des bénéficiaires ont renforcé les collaborations. « Nous n’hésitons plus à nous interpeller pour faire avancer des actions communes, témoigne Marie-Christine Dalle. Cette interconnexion permet aujourd’hui de proposer des parcours coordonnés aux bénéficiaires, plutôt que des réponses ponctuelles et dispersées. »
Autre évolution majeure : la mise en place d’un jury local composé d’acteurs du territoire. « Désormais, ce sont des personnes qui connaissent le terrain qui sélectionnent et évaluent les projets », souligne Laurence Lambert, présidente du Comité Inventer Demain en Centre-Bretagne. Cette évolution consolide la légitimité des choix opérés et traduit une appropriation progressive du programme.
Pour 2026, de nouvelles thématiques d’intervention, qui répondent à de multiples enjeux du territoire, s’imposent progressivement : gestion de l’eau, érosion des sols, alimentation saine… « Les acteurs tendent aujourd’hui vers une vision collective et ont la volonté d’avancer dans le même sens », souligne Laurence Lambert.
Le programme entre désormais dans une phase de consolidation : il n'est plus seulement question de faire émerger des initiatives, mais d’ancrer durablement une dynamique portée par les acteurs locaux eux-mêmes.