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Philanthropie : regards croisés entre recherche et pratique

Philanthropie : regards croisés entre recherche et pratique

événement| 20 Juil.2022

Forts de la réussite de l’Académie européenne de philanthropie stratégique co-organisée par la Fondation de France et le Centre en philanthropie de l’université de Genève, Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, et Henry Peter, directeur du Centre en philanthropie de l’université de Genève, reviennent sur les liens entre recherche académique et pratique de la philanthropie.

Axelle Davezac et Henry Peter, Journee avec les fondations europeennes. Abbaye de Royaumont, France, le 27 avril 2022. © Lucien Lung pour la Fondation de FrancePourquoi la philanthropie a-t-elle besoin du regard académique ?

Axelle Davezac : La production de connaissances par le monde académique sur le secteur de la philanthropie et sur la société est essentielle. Ces connaissances nous permettent de prendre de la hauteur, de nous questionner mais aussi de repenser nos actions, nos pratiques et nos modes de fonctionnement. C’est la raison pour laquelle la Fondation de France soutient depuis des années la recherche sur la philanthropie, en France, en Europe et à l’international. Cela ne peut que participer à nous renforcer et à consolider notre impact de façon durable. De plus, la diffusion des connaissances sur la philanthropie et plus largement sur la société dans laquelle elle s’inscrit permet de mieux faire connaître le secteur ainsi que son rôle, pour construire une « vision politique », au sens premier du terme, de nos structures. Cette vision est nécessaire car la philanthropie agit avec de multiples parties prenantes au service de l’intérêt général, et sa contribution à la construction de nos sociétés, son rôle et ses spécificités sont peu ou mal définis.

Henry Peter : La philanthropie a en effet besoin d'un regard académique pour de multiples raisons. Tout d'abord parce que les opérateurs de terrain sont souvent très absorbés par les contingences de leur mission. Ils sont dès lors plus dans l'immédiat, ou en tout cas plus dans le « comment » que dans le « pourquoi ». Mais pour augmenter l'impact de leurs actions il est essentiel de prendre du recul, et donc de prendre le temps de la réflexion, de comprendre pourquoi certaines personnes se comportent de façon altruiste. Comprendre signifie pouvoir créer les conditions permettant de susciter ou de favoriser ces comportements. Dans la même perspective, pourquoi certaines initiatives ou structures sont-elles plus efficientes que d’autres ? La démarche académique permet par ailleurs de concevoir et de tester de nouvelles approches et de nouvelles idées. La perspective est ici tant celle de la recherche dite fondamentale, que de celle dite appliquée, laquelle procède notamment par l'analyse et le traitement de données, recueillies empiriquement et traitées statistiquement. Cette recherche est d'autant plus pertinente qu'elle s'appuie sur les acteurs qui opèrent sur le terrain. Et puisque la philanthropie est par essence pluridisciplinaire, il est utile et nécessaire de se livrer à ces recherches et réflexions au travers d’éclairages multiples, en croisant par exemple les neurosciences et l'économie comportementale, l'éthique et les sciences affectives. L'approche académique développe enfin l'esprit critique, permet de conceptualiser les résultats des recherches, et de transmettre, ainsi, des méthodes et instruments pouvant être utilisés par les praticiens, leur permettant d'être mieux équipés pour faire face aux situations auxquelles ils seront confrontés.

En quoi la recherche peut-elle éclairer, aiguiller les pratiques du secteur philanthropique ?

AD : Tout d’abord, la recherche académique apporte un cadre méthodologique rigoureux aux réflexions sur nos pratiques et nos actions. Comme l’indique Henry Peter, selon les disciplines et les approches, elle apporte des regards complémentaires sur la manière de réfléchir et d’aborder les sujets sur lesquels le secteur s’engage. La recherche académique nous permet aussi de prendre du recul sur nos stratégies et sur nos actions par sa capacité à contextualiser plus largement ce que la philanthropie est, ainsi que ce qu’elle fait pour nos sociétés. Le développement et le partage de connaissances nous conduit à confronter les pratiques tant au sein du secteur lui-même – que ce soit à échelle nationale ou internationale – que par rapport à d’autres acteurs tels que les pouvoirs publics ou le monde de l’entreprise. Ainsi, la recherche académique, notamment en sciences humaines et sociales, a cette capacité à croiser des univers et des réalités sociales différentes.

HP : Cette approche est bénéfique non seulement pour les philanthropes, les fondations et, de manière plus importante, pour le secteur privé, les entreprises dont la responsabilité sociétale est désormais indéniable, mais aussi pour le secteur public. On connait les limites auxquelles l'État est inévitablement et de façon croissante confronté. Ces limites doivent l'inciter à favoriser l'émergence d'initiatives privées. Un bon exemple est à cet égard celui de la fiscalité : en créant des incitations fiscales, l'État renonce à une partie de ses revenus et promeut un engagement privé quantitativement plus bénéfique que ce à quoi l'État renonce, si bien que la balance est favorable à l'intérêt général. Mais là aussi, pour le faire efficacement, la recherche académique est nécessaire, c’est pourquoi le Centre en philanthropie de l'université de Genève a mené avec l’OCDE une étude sur 40 pays, montrant que tous les États sont en faveur d’incitations fiscales et ce, quel que soit la culture du pays, la région et le contexte socio-politique.

Quelles collaborations existent ou pourraient être mises en place entre chercheurs et praticiens de la philanthropie ?

AD : En France ou ailleurs, le secteur philanthropique soutient le développement de la recherche, et ce dans tous les domaines : de l’environnement à la médecine, des sciences sociales aux sciences « dures ».
À la Fondation de France par exemple, nous soutenons de nombreux programmes de recherche – que ce soit dans des universités ou au sein d’instituts spécialisés. Nous nous appuyons sur l’expertise de chercheurs au moment de la sélection des projets que nous soutenons. Ainsi, ces experts jouent un rôle central dans les comités de sélection, choisissant les projets les plus pertinents, innovants et prometteurs pour l’intérêt général. Pour ce qui est de la recherche sur la philanthropie en tant que telle, comme déjà souligné, celle-ci nous permet véritablement de mieux comprendre le fonctionnement et les stratégies du secteur, sur les causes soutenues et sur la manière d’adresser les sujets. Cette conviction de la nécessité de la recherche pour le secteur philanthropique a conduit à la création, il y a plus de 20 ans déjà, de l’Observatoire de la philanthropie de la Fondation de France. L’équipe de l’Observatoire collabore régulièrement avec des équipes de recherche, produit des connaissances sur le secteur et a développé de nombreux partenariats, notamment avec le Centre en philanthropie de l’université de Genève, le Philanthropy and Social Sciences Program (PSSP) de l’université Paris 8, ou encore la Chaire Philanthropie de l’Essec. Ainsi, si de nombreuses collaborations existent déjà, je ne peux qu’inviter le secteur à soutenir et s’appuyer encore davantage sur l’expertise et la rigueur de l’approche académique.

HP : Les collaborations sont effectivement nombreuses ; je citerai deux initiatives récentes du Centre en philanthropie. Tout d’abord un ouvrage publié sur les fondations actionnaires comme instruments de promotion durable d'initiatives philanthropiques, fondé sur l’analyse de plus de 100 fondations. Cette forme de détention des entreprises permet d'accomplir à long terme une mission socialement responsable tout en bénéficiant des revenus générés par une ou plusieurs entreprise(s) sous-jacente(s). Je pourrais encore mentionner la recherche sur l'utilisation de l'intelligence artificielle et des big data pour favoriser l'efficience de l'action philanthropique. Cette étude a une portée stratégique.

En quoi l’Académie européenne de philanthropie répond-elle à ce besoin d’échanges ?

AD : L’objectif principal de l’Académie européenne de philanthropie stratégique que nous avons co-organisée avec le Centre en philanthropie de l’université de Genève au printemps 2022 était de créer un cadre privilégié d’échanges dans le secteur philanthropique pour favoriser le dialogue et le partage d’expériences. Nous avons réuni 25 leaders des plus grandes fondations européennes pendant trois jours pour penser leurs actions face aux grands enjeux stratégiques et sociétaux auxquels la philanthropie est confrontée. Pour les accompagner dans cette réflexion, plusieurs échanges ont été organisés entre ces dirigeants et des universitaires de divers horizons, sociologues, philosophes, ou encore neuroscientifiques. L’approche interdisciplinaire du programme nous a véritablement permis de prendre le temps de la réflexion et le recul nécessaire pour – je l’espère ! – faire évoluer nos stratégies et améliorer nos programmes d’actions.

HP : Cet excellent partenariat avec la Fondation de France nous a permis de construire un programme alliant pratique et recherche. Pour différentes raisons il est rare que les opérateurs, même au plus haut niveau, aient l'occasion de prendre le temps de la réflexion. Il est rare aussi qu'ils puissent se rencontrer et échanger, se confronter, dans un cadre qui aille au-delà de rencontres souvent trop brèves et donc fatalement un peu superficielles. De surcroît, les événements publics ne leur permettent pas toujours de s'exprimer librement ou de faire part de leurs doutes. L'Académie européenne de philanthropie stratégique a été conçue pour permettre cela.

portrait laetitia gill« La mise en place de l’Académie européenne de philanthropie stratégique est née du sentiment qu’il pourrait être utile d’offrir aux dirigeants de fondations l’opportunité d’échanger entre pairs de stratégie. Cette première édition est allée au-delà de notre intuition.
Outre les sujets traités, la dynamique de groupe, le climat de confiance, la transparence, la diversité et la qualité des débats ont été perçus comme essentiels pour favoriser une philanthropie européenne plus efficiente. Le regard croisé entre la recherche et la pratique a abouti non seulement à créer de nouveaux liens personnels au plus haut niveau, mais aussi à l’avancée d’une réflexion commune, ainsi qu’à une intelligence collective plus dense, démultipliée.
Ce projet pilote a renforcé notre conviction qu’en unissant leurs forces, les fondations, mais aussi le monde académique se renforcent mutuellement, ce qui leur permet de mieux exprimer leur potentiel, essentiel à un moment où les pouvoirs publics sont confrontés à des défis souvent globaux auxquels ils ne peuvent plus faire face seuls. »

Laetitia Gill, Executive Education Associate, Centre en philanthropie de l’université de Genève

Comment aller plus loin sur ce sujet ?

HP : Il reste énormément à faire. Cette première édition de l'Académie a été très appréciée de tous ceux qui y ont participé, montrant la pertinence de l'approche. Ce projet pilote nous a convaincus qu’après ce ballon d'essai il convenait de poursuivre cette initiative. Non seulement parce que de nombreux thèmes doivent être encore explorés, mais aussi parce que, par son existence même, cette plateforme d'échanges privilégiés justifie qu'elle soit perpétuée. Et il n'est au demeurant pas exclu que le cercle des participants soit élargi, pour permettre de bénéficier aussi de l'apport d'autres cultures et expériences.

AD : Certes, le secteur se doit de continuer à soutenir la recherche dans tous les domaines, et notamment celui sur le secteur de la philanthropie qui reste sous-investi aujourd’hui. Ces partenariats, en revanche, ne doivent pas être uniquement financiers. Accueillir plus régulièrement au sein des structures philanthropiques des chercheurs peut aussi être une façon de développer le dialogue. Enfin, comme le prouve le succès de l’Académie européenne, proposer plus souvent des séminaires et évènements interprofessionnels permet la confrontation de perspectives différentes et nourrit tant nos actions que le développement de la connaissance autour des enjeux qui nous concernent.

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