Fondation Entreprendre : l’entrepreneuriat au service de l’intérêt général
Créée en 2008 et reconnue d’utilité publique depuis 2011, la Fondation Entreprendre agit pour faire de l’entrepreneuriat un levier d’égalité des chances, de revitalisation des territoires et de développement de solutions à impact social et environnemental. Guidée dès sa création par une ambition collective forte, elle a rejoint en 2025 le collectif d’action Territoires d’engagement, initié par la Fondation de France. Entretien avec Thibault de Saint Simon, son directeur général.
Comment agit la Fondation Entreprendre pour faire de l’entrepreneuriat un levier d’intérêt général ?
T. de Saint Simon : A la Fondation Entreprendre, nous ne considérons pas l’entrepreneuriat comme une finalité mais comme un moyen au service de la société. Pour cela, nous agissons à différents niveaux. En premier lieu, nous souhaitons rendre l'entrepreneuriat accessible à toutes et tous et en faire un véritable levier d’égalité des chances. Nous avons la conviction que, si tout le monde n'est pas fait pour être entrepreneur, toutes les personnes qui souhaitent créer une entreprise doivent pouvoir le faire et en vivre. Nous soutenons donc des associations qui accompagnent ces envies d’entreprendre pour permettre aux projets de réussir. Cet accompagnement porte sur le modèle économique, afin de garantir la pérennité des entreprises créées, mais également sur les questions de RSE afin d’encourager des projets entrepreneuriaux porteurs d’innovation sociale et environnementale.
Les résultats sont très prometteurs : en moyenne en France, la pérennité d’une création d'entreprise est de 60 % à 3 ans. Pour les créations d’entreprises accompagnées par les associations que nous soutenons, cette pérennité à 3 ans est de 88 % en 2025. Sur le plan de la finalité des projets, l’accompagnement participe également à une prise de conscience des entrepreneurs pour intégrer une dimension d’intérêt général dans leur projet, qui n’était pas forcément formalisée au départ.
Notre objectif est également de développer l’entrepreneuriat dans tous les territoires. Pour cela, nous soutenons l’essaimage d’associations d’accompagnement entrepreneurial, initialement présentes dans des grandes villes, dans des territoires plus vulnérables comme les petites villes, les zones rurales et les quartiers populaires où l’entrepreneuriat est moins présent. Au sein de ces territoires, la création d’entreprise peut répondre à de réels besoins en apportant des services de proximité, de l'emploi et donc de la vitalité.
Au-delà de l’accompagnement à la création d'entreprise, quels autres types d’initiatives soutenez-vous ?
T. de Saint Simon : L’entrepreneuriat est aussi un moyen de remobiliser des personnes éloignées de l’emploi, de développer leurs compétences pour favoriser leur insertion professionnelle. Nous soutenons des associations qui initient des publics vulnérables à la démarche entrepreneuriale. Nous avons déployé, par exemple, un programme spécifique en faveur des jeunes en situation d’échec scolaire, sortis de tous les circuits de formation ou d'insertion. Grâce à ces initiations, nous constatons qu’ils reprennent confiance en eux et développent des compétences essentielles pour se remettre sur la voie de la formation et de l’emploi.
Nous soutenons également des associations qui accompagnent spécifiquement les entrepreneurs en difficulté ou qui ont déposé le bilan, afin de les aider à rebondir. C’est très important dans le contexte actuel où le nombre de défaillances d'entreprises augmente. Enfin, les enjeux de reprise d’entreprises, notamment dans les territoires ruraux, vont être critiques dans les prochaines années avec un très grand nombre de dirigeants-fondateurs qui vont arriver à l’âge de la retraite. Nous soutenons donc des structures qui accompagnent aussi ces moments charnières de reprise.
En quoi la dimension collective est-elle au cœur de votre projet de fondation ?
T. de Saint Simon : Dès la création de la Fondation Entreprendre, il y a toujours eu cette volonté de fédérer toutes les envies d’agir en faveur de l’entrepreneuriat, qu’elles émanent d’associations ou d’autres fondations. En 2020, nous avons formalisé un mode d’action en collectif, appelé la « Réponse Collective». Par la mutualisation des expertises, des moyens d’action et des réseaux, nous pouvons faire émerger et amplifier des innovations qui apportent des réponses efficaces à des besoins encore peu ou mal couverts. Nous sommes convaincus que la coopération est un facteur clé pour développer l’impact de la philanthropie.
Par exemple, nous menons actuellement une expérimentation avec la Fondation du Groupe M6, le Cegid Solidaire, le fonds de dotation Le Chant des Etoiles, en partenariat avec l’ATIGIP – Ministère de la Justice. L’objectif : faire émerger une démarche entrepreneuriale auprès des personnes sous main de justice pour les aider à trouver un horizon social et professionnel, par la mise en place d’un parcours dédié.
Aujourd’hui, nous avons encore le défi de mieux et plus fédérer les acteurs publics dans nos actions collectives. Nous avons pour ambition d’avoir un impact réellement transformateur, au cœur des politiques publiques.
Vous faites partie du collectif d’action Territoires d’engagement de la Fondation de France. Qu’est-ce qui vous a incité à rejoindre ce collectif ?
T. de Saint Simon : Nous avons déjà initié et animé plusieurs collectifs impliquant des fondations mais avons moins eu l’occasion de rejoindre des collectifs animés par d’autres fondations. Faire partie du collectif Territoires d’engagement initié par la Fondation de France est donc une opportunité très intéressante pour nous, à la fois pour partager notre approche collective, et pour s’inspirer et contribuer à une initiative portée par un autre acteur.
Dans ce cadre, nous avons lancé ensemble en 2025 l’appel à contributions « Amplifier la réponse entrepreneuriale en ruralités », dont 8 consortiums d’associations furent lauréats. Il fait suite à une première phase expérimentale que nous avons menée avec notamment la Fondation RTE pour les ruralités et Le fonds de dotation Terre & Fils (aujourd’hui devenue fondation) pour démontrer le potentiel de l’entrepreneuriat dans la revitalisation les territoires ruraux. Avec ce nouveau programme aux côtés de la Fondation de France, nous souhaitons amplifier notre action et notre impact. Les 8 lauréats, accompagnés sur 3 ans, vont maintenant déployer leurs projets dans les prochains mois. L’objectif est d’apporter des réponses concrètes pour développer l’entrepreneuriat dans les zones rurales.
Selon vous, quelles sont les conditions de réussite de l'action collective ?
T. de Saint Simon : Il y a des ingrédients indispensables pour que l’action collective fonctionne. Le premier, c'est qu'il y ait un acteur qui prenne en charge l'animation du collectif pour assurer la fluidité des échanges et la concertation. Le deuxième ingrédient, c’est une vision et un but communs clairement formalisés, sous la forme d’un manifeste par exemple.
Il est également très important de créer des conditions de confiance entre tous les membres du collectif en instaurant des rapports horizontaux, en particulier entre fondations et associations. Cette confiance est indispensable pour faire émerger de vraies synergies. En tant que fondations, nous amenons les moyens financiers, la mise en réseau, les outils d'intelligence collective… Les acteurs associatifs portent quant à eux la capacité d'action, la connaissance du terrain… C’est l'addition de tous ces éléments complémentaires qui fait la force d’un collectif. Il est aussi important d’être alignés sur la stratégie et la définition d’indicateurs communs pour évaluer les résultats de notre impact.
Enfin, deux derniers ingrédients sont essentiels : du temps et des moyens. Il est nécessaire de financer cette dimension collective sur le long terme afin que chacun des membres puisse s’impliquer et agir sereinement.
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