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Étude

Étude Solitudes 2021 : la Fondation de France alerte sur l’isolement des jeunes

En France, une personne sur quatre est isolée : c’est le principal enseignement de l’étude 2021 sur les solitudes réalisée par le Crédoc pour la Fondation de France. Le contexte de distanciation sociale destiné à limiter l’épidémie de Covid-19 a fortement affecté la qualité et la fréquence des liens sociaux : moins de possibilités de trouver un soutien en cas de difficultés, effets négatifs sur la cohésion sociale, numérisation des liens sociaux qui renforce l’isolement des personnes déjà isolées, généralement peu connectées…

La jeunesse, période cruciale pour la construction de la vie sociale, est particulièrement touchée. Même s’ils ont davantage eu recours aux outils numériques pour maintenir des contacts, cette solitude vient s’ajouter aux difficultés scolaires, de logement, d’emploi, de santé… rencontrées par de nombreux jeunes. La Fondation de France est engagée à leurs côtés, en soutenant chaque année plus de 3 500 projets qui leur sont spécifiquement destinés.

Une hausse considérable de l’isolement

54 % des personnes sont isolées ou n’ont qu’un seul réseau de sociabilité :

  • 24 % de la population en France est en situation d’isolement relationnel, ce qui représente une augmentation de 10 points par rapport à janvier 2020, en raison des restrictions sanitaires notamment,
  • 30 % n’a plus qu’un seul réseau de sociabilité, ce qui les rend très vulnérables.
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Méthodologie

Les conclusions présentées dans cette synthèse sont issues des résultats de l’étude quantitative et qualitative réalisée par le Crédoc pour la Fondation de France. L’étude quantitative a été intégrée au dispositif permanent d’enquête du Crédoc « Conditions de vie et aspirations des Français » (échantillon représentatif de 3 328 personnes de 15 ans et plus interrogées en ligne entre le 22 décembre 2020 et le 16 janvier 2021). Les données de l’enquête 2020 ont également été recueillies par le Crédoc, quelques semaines avant la crise sanitaire, soit entre décembre 2019 et janvier 2020.

La sociabilité des jeunes fortement éprouvée par le Covid

La pandémie s’est traduite par une réduction des réseaux relationnels des jeunes, ce qui a renforcé chez eux le sentiment de solitude : 33 % des jeunes expriment un sentiment de solitude vs 14 % chez les 60 ans et plus. Ce ressenti a augmenté de 5 points en un an alors qu’il reste stable pour le reste de la population (21 %).

21 % des 15-30 ans sont en situation d’isolement (+ 9 points en un an) et seuls 46 % ont maintenu des contacts réguliers avec leur famille ou leurs amis.

Les jeunes ont diminué leurs contacts avec tous leurs réseaux : amical
(- 17 points entre 2020 et 2021) ; familial (- 14 points) ; associatif (- 4 points) ; professionnel (- 3 points). Seuls les contacts de voisinage ont connu une croissance : + 4 points.

Plus d’un jeune sur deux a un sentiment d’abandon, d’exclusion ou d’inutilité

Plus inquiétant, les jeunes sont les plus nombreux parmi la population à avoir un sentiment d’abandon, d’exclusion ou d’inutilité (54 % vs 35 % pour la moyenne générale).

« J’ai eu 20 ans cet hiver, je n’ai pas fait la fête. Mes parents ont accepté que ma meilleure amie vienne à la maison, mais elle a dû respecter un isolement strict avant de venir. Pour le nouvel an, je n’ai rien fait, je suis restée toute seule dans ma chambre », raconte Claire, 20 ans, étudiante, qui vit chez ses parents avec ses sœurs.

Les jeunes isolés connaissent davantage de difficultés que les autres personnes isolées sur le plan financier, de l’emploi et du logement. Ces difficultés ont été amplifiées par la mise à l’arrêt d’une grande partie de l’économie en 2020, les emplois des jeunes étant particulièrement concernés.

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Tous les jeunes s’accordent à dire que le suivi des cours en distanciel a été particulièrement difficile à vivre. Les apprentissages ont été ralentis et les risques de décrochage scolaire ont augmenté.

Ainsi, Antoine, 16 ans, lycéen qui vit en alternance chez son père et sa mère, témoigne : « J’ai toujours eu un peu un décalage au niveau de l’apprentissage. Déjà avant, je préférais aller voir les profs en fin de cours pour leur poser des questions quand je n’avais pas compris quelque chose. Je commençais déjà avant le confinement à décrocher un peu, à avoir moins d’intérêt pour les cours. Avec le confinement, ça a été la chute libre. Les profs nous envoyaient les supports de cours en PDF et on faisait les visios pour voir les blocages, poser nos questions. Moi je n’arrivais pas à regarder les PDF, à me les approprier. J’avais trop peur de prendre la parole en cours en visio, de poser des questions. J’ai fini par ne plus me connecter aux cours, j’avais perdu tout intérêt et j’ai eu des petits coups de mou. »

Qu'est-ce que l'isolement relationnel ?

Sont considérées comme objectivement isolées les personnes ne rencontrant jamais physiquement les membres de l’ensemble de leurs réseaux de sociabilité (famille, amis, voisins, collègues de travail ou des activités associatives) ou ayant uniquement des contacts très épisodiques avec ces différents réseaux : quelques fois dans l’année ou moins souvent. La définition de l’isolement relationnel ne prend pas en compte les relations au sein du ménage (entre conjoints, avec les enfants ou les autres personnes vivant au domicile).

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Le communiqué de presse

L’engagement de la Fondation de France pour faire face à ce fléau

La Fondation de France poursuit plus que jamais ses actions pour lutter contre l’isolement relationnel et revitaliser le lien social. Pour rompre la spirale de l’isolement, elle adresse le sujet dans toute sa complexité en agissant sur les principaux facteurs aggravants de l’isolement : les problèmes de logement, la mobilité, l’accès à l’emploi, les difficultés liées aux parcours migratoires, la création de lieux d’écoute ou de répit, la lutte contre le décrochage scolaire, l’accès au numérique, etc. Sur 10 000 projets soutenus, 3 500 sont dédiés aux jeunes.

Paroles d'experts

Cécile van de VeldeCécile van de Velde, sociologue
« La crise du Covid interroge notre rapport à la solitude. »
> Lire l'entretien

Sylvain BordiecSylvain Bordiec, sociologue
« Il y a un sens du jeu de la sociabilité qui est inégalement distribué dans l’espace social. »
> Lire l'entretien