Protéger les écosystèmes et la biodiversité et transformer les pratiques pour mieux faire face aux catastrophes
L’été 2026 a été marqué par des records de chaleur, de sécheresse et des incendies d’une ampleur inédite en France. Dans un contexte où les catastrophes dites « naturelles », notamment liées au dérèglement climatique (canicules, sécheresses, incendies, inondations, glissements de terrain, érosion côtière), sont de plus en plus fréquentes et violentes, la Fondation de France et de nombreuses fondations abritées se mobilisent en soutenant des initiatives qui visent deux objectifs essentiels : restaurer et préserver la biodiversité et les écosystèmes qui l’abrite, et faire évoluer les pratiques humaines au regard des nouvelles conditions climatiques.
Forêts, montagnes, zones humides, littoraux, mers et océans, rivières… ces milieux naturels sont exposés à des transformations croissantes liées aux effets du dérèglement climatique et à certaines activités humaines inadaptées. En conséquence, les risques de catastrophes (érosion, inondation, incendies, coulées, etc.) sont de plus en plus importants. Ces différents écosystèmes jouent pourtant un rôle clé dans la régulation du climat et la prévention des risques : « Protéger les écosystèmes, c’est préserver les conditions indispensables à la vie et à la résilience des sociétés humaines, chaque catastrophe naturelle nous le rappelle. La nature est notre premier système de défense face aux prochaines crises », souligne Élodie Paillé, pilote du collectif d’action Crises et Catastrophes initié par la Fondation de France.
En effet, les forêts absorbent et stockent du carbone, filtrent l’eau et contribuent à réguler le climat. Le long des cours d’eau, les ripisylves (végétaux qui bordent les rives) ralentissent le ruissellement et favorisent la rétention d’eau tout en protégeant les berges. En montagne, les systèmes racinaires limitent l’érosion des sols et les glissements de terrain. Les zones humides absorbent l’eau en excès et la restituent progressivement, tandis que les dunes et mangroves atténuent l’érosion côtière et protègent des submersions. La Fondation de France et les fondations abritées soutiennent des initiatives qui visent à préserver ou restaurer chacun de ces écosystèmes. Elles encouragent notamment le développement de « Solutions fondées sur la Nature » (SfN) mais aussi des initiatives pour transformer les activités humaines qui dépendent de ces milieux et de leurs ressources.
Les Solutions fondées sur la Nature : préserver les écosystèmes pour répondre aux défis de nos sociétés
Reconnues et adoptées en 2022 par l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement, les SfN « visent à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité », selon la définition de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN). En 2025, la Fondation de France a lancé un appel à projets dédié, « Le choix des SfN pour relever les défis du changement climatique », grâce auquel 7 initiatives ont été soutenues pour un montant total de 536 000 euros. Cet appel à projets a été renouvelé en 2026.
« Les causes profondes des dérèglements sont liés à nos façons de vivre et d’utiliser les écosystèmes. Si nous voulons éviter l’intensification des catastrophes, nous devons travailler aussi sur la transformation de nos pratiques, notamment de production et de consommation, afin de construire des sociétés plus résilientes dans lesquelles les humains entretiennent des relations équilibrées avec la nature », souligne Laetitia Bertholet, pilote du collectif d’action Transition écologique juste initié par la Fondation de France.
Forêts : pour une gestion vertueuse
Les forêts couvrent près d’un tiers du territoire français et abritent une grande partie de la biodiversité. Elles sont aujourd’hui soumises à des facteurs de pression importants : mauvaise gestion, sécheresses, incendies ou encore maladies des arbres. Dans ce contexte, faire évoluer les modes de gestion forestière est indispensable. C’est dans cet objectif qu’a été lancée en avril 2025 la Coalition des fonds et fondations pour une gestion vertueuse des forêts françaises. Elle rassemble aujourd’hui 25 fondations qui ont engagé ensemble 2,7 millions d’euros en 2025 pour soutenir des initiatives répondant aux objectifs fixés collectivement. « Face à l’érosion des aides publiques, la concertation des acteurs philanthropiques devient primordiale. Au sein de la coalition, nous coconstruisons des stratégies d’action avec les associations qui connaissent les réalités du terrain afin d’avoir un réel impact sur les pratiques de gestion des forêts », explique David Sève, directeur de la Fondation Nature & Découvertes, membre de la coalition.
Alors que les forêts privées représentent 75 % du couvert forestier français, il est essentiel de valoriser une gestion douce de la forêt auprès de leurs propriétaires et gestionnaires. L’association Pro Silva France, soutenue par la Fondation de France et la Fondation Nature & Découvertes, forme à une gestion plus respectueuse des écosystèmes, sans coupe rase, intégrant la régénération naturelle : la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC).

L’association Sylv’ACCTES, soutenue notamment par les fondations Léa Nature, Crédit Mutuel Alliance Fédérale et Iris, contribue à l’adaptation d’une trentaine de massifs forestiers au changement climatique, tout en maintenant leurs fonctions de biodiversité, stockage du carbone, gestion de l’eau, production de bois et protection contre les risques naturels. Plus de 8 100 hectares sont concernés.
« La destruction de la forêt a de nombreuses conséquences sur la flore, la faune, le climat, mais il est possible de faire autrement », explique Gérard Vasseur, fondateur de la Fondation Une goutte d’eau pour notre planète qui a décidé d’agir en France mais aussi à l’international, aux côtés notamment de l’association Cœur de Forêt. Implantée en France, à Madagascar, en Indonésie et en Bolivie, l’association travaille auprès des communautés locales pour les aider à vivre de leur travail sans détruire la forêt. « L’association sensibilise les agriculteurs aux conséquences du brûlis, les forme à d’autres pratiques et d’autres cultures, et les aide à vendre le fruit de leur production. C’est un système où tout le monde est gagnant : la forêt, les paysans et le commerce local », insiste Gérard Vasseur.

Agriculture : réconcilier production et sols vivants
Les espaces agricoles sont directement confrontés aux fortes chaleurs et aux variations des ressources en eau. L’adaptation des pratiques peut permettre de mieux résister à ces changements tout en renforçant leur fonction écologique : stockage du carbone, lutte contre l’érosion, maintien de l’eau, refuge de biodiversité, etc.
Engagée depuis 2020 dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité, la Fondation Ginkgo soutient l’association Terre de liens qui accompagne les fermes dans leur processus d’adaptation. « C’est un accompagnement sur mesure, basé sur un diagnostic de terrain qui identifie les vulnérabilités des pratiques agricoles en tenant compte des conditions climatiques à l’horizon 2050. Ces conclusions donnent lieu à des recommandations sur les changements à opérer, par exemple sur les types de cultures, les équipements, la gestion de l’eau. Puis les agriculteurs sont épaulés dans la mise en œuvre de ces nouvelles pratiques », explique Marie Vannier, responsable de la Fondation Ginkgo.
Le tiers-lieu paysan de Beauregard, dans les Corbières, soutenu par la Fondation de France, agit quant à lui comme un espace d’expérimentation de pratiques agricoles adaptées aux enjeux du territoire. Il regroupe des agriculteurs, des artisans et des habitants pour créer une dynamique de changement en encouragent de nouvelles manières de produire comme l’écopâturage, l’agroforesterie, les couverts végétaux et la réduction des surfaces cultivées.
Dans les paysages de campagne, les haies jouent elles aussi un rôle clé : protection des sols, brise-vent, régulation du climat, refuge de biodiversité, amélioration de la qualité et de l’écoulement de l’eau. La Fondation Léa Nature agit par exemple en Nouvelle Aquitaine en soutenant l’association Prom’haies qui aménage et entretient ces précieuses barrières naturelles sur les terres de fermes biologiques. Pour Marina Poiroux, déléguée générale de la fondation : « Restaurer les haies et remettre de la biodiversité sont des actions primordiales pour l’avenir. Notre territoire est l’un des plus concernés par l’usage des pesticides. Il faut protéger les sols pour protéger la vie. C’est ce qui nous permettra de mieux faire face aux effets du changement climatique ».
Protéger les sols est aussi l’objectif de l’initiative PERENNE, lancée par le WWF en Nouvelle-Calédonie et soutenue par la Fondation de France. Comment ? En mobilisant les agriculteurs et les communautés locales sur différents chantiers de protection et de restauration de forêts ripisylves pour réduire l’érosion des berges et la sédimentation menaçant le lagon et ses coraux en aval de la rivière Néra.
Écosystèmes aquatiques : des régulateurs naturels à préserver
Particulièrement précieux face au dérèglement climatique, les écosystèmes liés à l’eau (océans, mers, eau douce, zones humides) sont eux aussi confrontés à de profondes transformations qui entrainent déjà des conséquences majeures sur leur biodiversité et les fonctions qu’ils assurent.
Peu mises en avant et pourtant essentielles, les zones humides (mares, marais, tourbières, étangs ou estuaires) représentent elles aussi des écosystèmes essentiels à préserver. « Les zones humides fonctionnent comme des éponges : elles peuvent absorber de grandes quantités d’eau lors des épisodes de pluie et la restituer progressivement, ce qui contribue à limiter les inondations comme les effets des sécheresses. Depuis deux ans, nous avons donc décidé de consacrer notre appel à projets à ces zones », explique Françoise Brenckmann, co-fondatrice de la Fondation Iris qui a notamment accompagné la création et la restauration de mares en milieu urbain dans les Yvelines. En 2025, 32 mares ont ainsi été créées.
Mobilisée également sur le sujet des mers et des océans, la Fondation de France a déployé le programme Littoral & mer de 2011 à 2024 : 226 initiatives de restauration des écosystèmes littoraux, notamment des mangroves, ont été soutenues. Les acquis du programme nourrissent aujourd’hui les collectifs d’action Transition écologique juste et solidaire et Crises et Catastrophes.
Pour initier de nouvelles pratiques préservant la biodiversité marine, de nombreuses initiatives concernent également la pêche. L’association Planète mer, soutenue par la Fondation de France, favorise par exemple le développement d’une pêche durable et responsable en Méditerranée. L’association implique artisans pêcheurs et acteurs du secteur pour coconstruire au sein des prud’homies de pêche des règles communes, adaptées aux besoins locaux et à la préservation des écosystèmes marins.
Montagnes : comprendre et anticiper les changements
Les milieux montagneux sont particulièrement exposés aux effets du dérèglement climatique. Le recul des glaciers en est l’un des signes les plus visibles, mais aussi un facteur de fragilisation des territoires. Sur le long terme, la fonte des glaciers transforme les paysages de haute montagne, modifie les milieux naturels et fait apparaître de nouveaux espaces. Pour s’adapter à ce phénomène, l’association Marge Sauvage, soutenue par la Fondation de France et plusieurs fondations abritées, produit des connaissances scientifiques sur les écosystèmes glaciaires et postglaciaires.
Elle accompagne les collectivités dans la définition d’actions concrètes de protection des écosystèmes émergents et d’adaptation aux nouvelles réalités écologiques.
Ces transformations concernent également les zones humides et la circulation de l’eau. L’association Asters-CEN74, soutenue par la Fondation Iris, travaille par exemple en Haute-Savoie sur les zones humides qui se développent dans les espaces transformés par le retrait des glaciers. Sa mission vise à les identifier et les cartographier afin de mieux connaître leur valeur écologique et définir une stratégie de protection à long terme.

Pour préserver la faune et la flore des massifs alpins, la Fondation Lemarchand accompagne le processus de renaturation des Alpes du Dauphiné aux côtés de l’association Rewilding. Le projet encourage le retour d’une nature sauvage dans certaines zones, favorisant ainsi une biodiversité plus riche et une meilleure résilience face aux aléas naturels. « Je trouve la thèse du ‘rewilding’ très intéressante. Il ne s’agit pas de séparer les hommes de la nature mais au contraire de restaurer des écosystèmes avec un coup de pouce humain, une concertation des populations locales, tout en s’appuyant sur la science », explique Pierre Lemarchand, co-directeur de la Fondation Lemarchand.
Face à l’intensification des bouleversements climatiques, les initiatives soutenues par la Fondation de France et les fondations abritées montrent qu’en restaurant les milieux naturels, en encourageant des manières de produire plus vertueuses, en s’appuyant sur les connaissances scientifiques et en associant les acteurs locaux, il est possible de mieux se préparer et de prévenir les catastrophes.
Agir en s’appuyant sur les dynamiques naturelles, et non en essayant de les contraindre, constitue ainsi une réponse durable aux défis à venir.