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Renforcer l’entraide en cas de crises et catastrophes

12 octobre 2026

Dans un rapport publié en juillet intitulé « Reconnaître et renforcer ces liens qui nous sauvent », le think tank Groupe URD met en lumière le rôle essentiel de l’entraide spontanée dans la gestion et dans la réponse aux crises. Soutenu par le collectif Crises et Catastrophes initié par la Fondation de France, ce rapport rappelle que les populations touchées ne sont pas seulement des victimes à secourir, mais des actrices à part entière de la gestion des crises.

Plutôt que de partir des dispositifs institutionnels de gestion de crise comme c’est généralement le cas, le rapport s’intéresse d’abord à la façon dont les habitants s’organisent spontanément, puis analyse les relations qui se nouent avec les secours et les institutions. Pour nourrir son analyse, le rapport s’appuie sur douze travaux de recherche : six études de terrain réalisées dans des contextes variés (vallée de la Roya à la suite de la tempête Alex, Kharkiv en Ukraine en pleine guerre…) et six webinaires portant notamment sur les politiques publiques et la santé mentale.

Sur l’ensemble des terrains étudiés, un même phénomène se dessine : la mobilisation spontanée des habitants qui jouent un rôle déterminant en portant secours, en hébergeant, en apportant à manger, en transportant ou en accompagnant les personnes touchées. Lors du séisme de Kobe au Japon par exemple, les habitants ont retrouvé les trois quarts des personnes prisonnières des décombres. Après le passage de l'ouragan Katrina aux Etats-Unis, près de 43 % des victimes secourues l’ont été par des proches ou des voisins.

Cette mobilisation spontanée a toutefois ses limites. Si elle permet de répondre rapidement aux besoins, elle peut aussi s’essouffler lorsque l’urgence vitale retombe, sous l’effet de l’épuisement, des traumatismes ou des difficultés à maintenir les collectifs formés pendant la crise.

L’entraide, un lien à tisser avant la crise

Un des enseignements majeurs du rapport est que l’entraide est révélée par la crise et elle naît avant en puisant sa force dans les liens construits par les habitants au quotidien. Plus le tissu social est solide, plus un territoire aura la capacité à traverser la crise et à s’en relever.

La capacité à agir collectivement repose sur la confiance entre habitants et institutions. Cette confiance se construit avant la catastrophe grâce à la stabilité des interlocuteurs, à la reconnaissance des collectifs d’habitants et à une préparation partagée. Elle est nécessaire pour éviter que l’entraide ne s’étiole voire ne disparaisse à l’arrivée des secours.

L’entraide ne se limite pas à la mobilisation des habitants, elle dépend également de la manière dont les secours et les institutions interviennent. Le rapport distingue ainsi l’entraide, qui repose sur des relations horizontales et une réciprocité entre personnes touchées, de l’aide extérieure, qui s’organise davantage dans une relation verticale entre ceux qui apportent leur soutien et ceux qui le reçoivent. L’arrivée des secours, avec leurs procédures et leur chaîne de commandement, peut alors créer des tensions avec les collectifs qui se sont spontanément organisés. À l’inverse, une coopération fondée sur la reconnaissance et la valorisation des initiatives locales permet de mieux articuler les différentes formes de mobilisation.

« Face à l’entraide, le rôle des institutions n’est ni de commander ni de disparaître, mais d’étayer : de fournir ressources, locaux, reconnaissance et cadre en accompagnant la montée en charge sans dénaturer ni absorber », rappelle le rapport.

Préparer une crise ne consiste donc pas uniquement à anticiper les risques et organiser les secours mais aussi à renforcer les relations qui permettront aux habitants de s’organiser.

Cette réflexion sur la préparation et la place des citoyens dans les crises a récemment été prolongée lors de la conférence « L’engagement citoyen face aux crises », organisée le 21 septembre à Paris par l’Agence française de développement (AFD), Expertise France et Groupe URD. Les échanges ont porté sur le rôle des citoyens dans la réponse aux catastrophes et aux conflits, mais aussi sur les moyens de mieux articuler ces dynamiques de solidarité avec l’action publique.

En clôture, Karine Meaux, responsable du pôle Urgences de la Fondation de France, a insisté sur la nécessité de penser la mobilisation citoyenne bien au-delà du seul temps de l’urgence. « Ce qui compte le plus, c’est l’amont de ces catastrophes : la préparation, le renforcement du lien social, l’articulation avec les autorités et les services de l’État et des collectivités territoriales », a-t-elle souligné. Une approche qui guide notamment le collectif d’action Crises et Catastrophes, initié par la Fondation de France pour agir au plus près des territoires et de leurs acteurs.

Vers une culture de l’entraide

À partir de ces différents constats, le rapport propose d’enrichir la culture du risque, centrée sur l’aléa et sur l’information, avec une culture de l’entraide, qui repose sur les liens et le sens. Concrètement, il s’agit de renforcer les relations entre habitants, et avec les institutions, tout en construisant des récits communs et inclusifs. Une mémoire populaire de l’entraide, vivante et appartenant aux habitants, doit également permettre de transmettre les expériences acquises lors des crises.

Le rapport invite ainsi à faire de l’entraide un véritable levier de préparation aux crises, en renforçant le tissu social, en élargissant les réseaux de solidarité et en encourageant les habitants à s’entraîner collectivement avec les secours. En reconnaissant l’entraide comme une ressource à part entière, la gestion des crises pourrait ainsi s’appuyer davantage sur celles et ceux immédiatement présents sur le terrain. Une manière de mieux se préparer aux catastrophes tout en renforçant les liens qui permettent de mieux vivre ensemble au quotidien.

Lire le rapport