SOL : faire émerger une nouvelle génération paysanne
Face au vieillissement de la population agricole et aux défis de la transition écologique, l’association SOL agit depuis plus de 40 ans pour promouvoir des modèles agricoles et alimentaires plus justes et durables. La Fondation de France soutient l’action de l’association qui vise à faire émerger et à accompagner les paysans de demain, avec une attention particulière portée aux femmes.
La création en 1980 de l’association SOLIDARITÉ, devenue SOL en 2015, repose sur une conviction forte : permettre aux paysannes et paysans de vivre dignement de leur métier, tout en préservant les ressources naturelles et la santé, est essentiel pour construire un système alimentaire durable au niveau mondial. « Chez SOL, nous prônons une agriculture ancrée dans les territoires et en circuit court, qui permet aux paysans de décider de leur modèle de production et d’être moins impactés par les échanges internationaux et les crises écologiques », explique Clotilde Bato, co-déléguée générale de l’association. L’association agit aujourd’hui principalement en France (Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur), au Sénégal et en Inde.
Accompagner celles et ceux qui feront l’agriculture de demain
D’après la Cour des comptes, la moitié des agriculteurs en activité en France partiront à la retraite d’ici 2030. Le renouvellement des générations agricoles constitue donc un enjeu majeur. De plus, les nouvelles installations représentent une occasion d’accélérer la transition écologique : 30 à 50 % des candidats à l’installation envisagent en effet de développer des projets agroécologiques, notamment en agriculture biologique.
Pour faire émerger une nouvelle génération paysanne, SOL agit via trois leviers complémentaires : rendre le métier d’agriculteur désirable, accompagner concrètement les installations et faire évoluer les politiques publiques.
L’association développe donc des outils pédagogiques et organise notamment des visites de fermes, des ateliers scolaires et des rencontres pour sensibiliser les jeunes et le grand public aux réalités de l’agriculture et susciter des vocations.
Mais avoir envie ne suffit pas, il faut également pouvoir se former et s’installer. Les parcours ont évolué et de nombreuses personnes qui souhaitent devenir paysans ne sont pas issues du milieu agricole. Or les formations classiques ne répondent pas toujours à leurs besoins. Pour y remédier, SOL a donc développé le « compagnonnage paysan », dans un premier temps en France.

« On n’apprend pas uniquement à devenir paysan dans une salle de formation. Il faut pouvoir expérimenter, observer différentes façons de travailler et se confronter aux réalités du métier », précise Clotilde Bato. Inspiré du modèle des Compagnons du devoir, ce dispositif repose sur un réseau d’une quarantaine de fermes biologiques, sélectionnées pour la diversité de leurs pratiques et leur capacité à transmettre leurs savoir-faire. Les personnes accompagnées peuvent se former auprès de paysannes et paysans grâce à 280 heures de pratique sur le terrain et 20 heures d’accompagnement individualisé assuré par SOL et ses partenaires. L’objectif ne se limite pas à acquérir des gestes techniques mais aussi à tester son projet, prendre confiance, construire son réseau et s’ancrer dans un territoire. Le dispositif est aujourd’hui déployé dans 12 départements de quatre régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Centre-Val de Loire, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie).
Le troisième levier d’action de l’association consiste à dialoguer avec les pouvoirs publics pour créer un environnement plus favorable à l’installation, en facilitant notamment l’accès au foncier et aux financements, mais aussi pour faire évoluer les formations, qui ne correspondent pas toujours aux aspirations des personnes qui veulent se lancer.
Les femmes, actrices essentielles de la transition agricole
L’accompagnement des femmes agricultrices occupe une place importante dans l’action de SOL. Depuis ses débuts, l’association cherche à valoriser leur contribution à l’agriculture et à renforcer leur capacité à prendre part aux décisions. Elles représentaient 40 % des personnes accompagnées chaque année dans le cadre du compagnonnage contre 80 % aujourd’hui.
« Les femmes rencontrent des obstacles communs à ceux des hommes, comme l’accès au foncier ou au financement, mais elles doivent aussi faire face à un manque de reconnaissance et de légitimité », souligne Clotilde Bato. SOL les accompagne donc pour préparer la présentation de leur projet à une banque, réfléchir au statut adapté à leur installation ou encore trouver une organisation du travail qui respecte leur rythme et leurs besoins.
L’association organise également des espaces d’échange entre femmes, qui favorisent le partage d’expériences et la prise de parole. Dans le Gers, un théâtre-forum consacré à la place des femmes dans le monde agricole a ainsi permis de réunir des paysannes autour de situations concrètes, tout en sensibilisant le grand public.
« Les femmes constituent un maillon essentiel de l’agriculture, notamment parce qu’elles sont particulièrement innovantes en termes de modèles agricoles. En France, 40 % des femmes qui s’installent le font en agriculture bio, contre près de 20 % pour les hommes », rappelle Clotilde Bato.
Construire des alliances alimentaires durables
Un autre pan de l’action de SOL vise à rapprocher les paysans, les consommateurs et les collectivités pour construire des filières plus justes. Comme le résume Clotilde Bato, l’objectif est de « construire des alliances alimentaires pour des territoires qui peuvent se nourrir durablement ».

Au Sénégal, SOL a ainsi accompagné de 2015 à 2025 le développement d’une filière locale de céréales sèches en circuit court, reliant les producteurs aux minoteries, aux transformateurs (boulangeries notamment) puis aux consommateurs. Le projet est désormais entré dans une nouvelle phase, menée avec les partenaires sénégalais, pour faire évoluer les lois et favoriser le développement de cette filière.