Prix Olga Fradiss 2026 : Mobile Color 1910-1970. Essai d'écranologie, Pierre-Jacques Pernuit
Chaque année, la Fondation Lucie et Olga Fradiss, abritée depuis 1993 à la Fondation de France, décerne un prix qui récompense un jeune auteur pour le meilleur livre français sur l'histoire de l'art. En 2026, ce prix est attribué à Pierre-Jacques Pernuit, pour son ouvrage Mobile Color 1910-1970. Essai d'écranologie.
D'un montant de 10 000 euros, le prix annuel Olga Fradiss est attribué à des auteurs de nationalité française âgés de moins de 45 ans au 31 décembre de l'année en cours. Les ouvrages primés doivent avoir été publiés dans l'année en cours et être rédigés en français. La délibération du jury repose sur des critères de valeur scientifique et technique de l'œuvre, mais aussi sur sa valeur littéraire et sur l'originalité des idées qui y sont développées. Pour cette édition, la remise de prix se tiendra lors du Festival d'histoire de l'art à Fontainebleau, du 4 au 6 juin 2027.
Spécialiste des rapports entre art et technologie, Pierre-Jacques Pernuit est depuis septembre 2024 maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Formé à l'École du Louvre et à l'Université Paris 1, il consacre ses recherches, par l'archive et l'objet, à des pans de la création des XXe et XXIe siècles longtemps tenus à l'écart du grand récit de l'histoire de l'art : des orgues de couleur du début du siècle dernier jusqu'aux premières images générées par ordinateur, en passant par les usages artistiques de la télévision.
Lauréat du prix Olga Fradiss, son ouvrage Mobile Color 1910-1970. Essai d'écranologie (collection Images/Médiums, Éditions Mimésis, 2025) retrace l'histoire d'un pan méconnu de l'art américain du XXe siècle : la Mobile Color, terme désignant les travaux d'une quinzaine d'artistes et d'inventeurs dont les œuvres se situent à la frontière de la peinture abstraite, des arts scéniques, de l'art cinétique et des expérimentations informatiques. Apparue aux États-Unis au cours des années 1910 et 1920, cette tendance connut un vaste écho critique, public et institutionnel durant l'entre-deux-guerres. Elle fut aussi l'objet d'une féroce compétition entre ses acteurs et actrices, de querelles d'antériorité sur les inventions et les brevets, de conciliations juridiques et de débats enflammés. Qualifiée par ses protagonistes de « sixième » ou de « huitième art », la Mobile Color est une pratique performative : elle consiste à projeter des compositions visuelles abstraites au moyen de dispositifs optiques permettant de commander les images en temps réel. Ses deux principales figures furent Mary Hallock-Greenewalt (1871-1950) et Thomas Wilfred (1889-1968), inventeurs respectifs du « Nourathar » et du « Lumia ». Ces arts étaient produits au moyen de consoles lumineuses baptisées « Sarabet » et « Clavilux », des interfaces mécaniques permettant, pour la première, de faire varier l'intensité de la lumière émise par une ampoule électrique, pour la seconde, d'en régler la coloration et le modelage.
Au-delà des décennies qui virent son émergence, l'ouvrage envisage la Mobile Color comme le point de départ d'une généalogie alternative des images en mouvement et des rapports entre art et technologie au XXe siècle. Dans les décennies qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, nombreux furent ceux et celles qui prolongèrent le projet commun à Greenewalt et Wilfred : un art de la projection relevant à la fois d'une forme technologiquement augmentée de la peinture abstraite et d'une pratique performée de l'image en mouvement, pensée contre un cinéma que ses protagonistes critiquaient vertement pour son caractère automatique et figuratif, et préfigurant les pratiques expérimentales de la vidéo et de la télévision. Cet essai propose de renouveler une tradition d'histoire de l'art attentive aux techniques et aux matériaux, en dialogue avec les études de médias et les études visuelles allemandes et nord-américaines, autour de l'hypothèse suivante : parce que ses acteurs furent les pionniers d'une conception de l'image dans laquelle l'élément iconique est indissociable de son devenir écran, la Mobile Color constitue une préhistoire des dispositifs visuels interactifs, et notamment des écrans d'ordinateur apparus dans la seconde moitié du XXe siècle.
Crédit photos : © Pierre-Jacques Pernuit