Tunisie : avec Ichrak Gharbi, l’émancipation est un sport de combat !

Tunisie : avec Ichrak Gharbi, l’émancipation est un sport de combat !

Quel rapport entre une équipe féminine de rugby et un centre de formation pour artisanes ? Ichrak Gharbi, une battante qui veut faire évoluer la condition des femmes rurales de sa région, autour de Beja, dans le nord-ouest du pays. Avec le soutien du programme Fikra.

Professeure d’éducation physique, ancienne joueuse de l’équipe nationale féminine de rugby, fondatrice et entraineuse de l’équipe féminine locale à Beja puis créatrice d’un centre de formation sportive pour scolaires… Le CV sportif d’Ichrak Gharbi dit bien sa combativité et sa persévérance. Quand elle les met au service des femmes de sa province, s’ajoute une nouvelle ligne : « Fondatrice de l’Association pour la créativité et le développement ».

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Une association née en 2013, avec un objectif : ouvrir un centre pour les artisans, nombreux dans le gouvernorat. Une histoire qui puise ses racines dans l’héritage familial : «  Mon père était artisan-forgeron, se souvient-elle. Et j’ai mesuré la difficulté des artisans à commercialiser leur travail. Pas de lieu d’exposition ou des lieux trop coûteux !».    

Lorsqu’elle découvre l'existence du programme Fikra , son projet prend forme : créer un centre de formation et de création artisanale pour les habitants de la région. Le programme lui permet de suivre un cycle de formation et de bénéficier d'un accompagnement personnalisé : « Je me suis initiée aux principes de levée de fonds, de gestion… J’ai adoré cet apprentissage ! »

Si le rugby lui a enseigné la persévérance, la stratégie et la « gagne », le soutien de Fikra a permis à Ichrak de développer son pouvoir d’agir. Elle commence par ouvrir quatre ateliers de formation : peinture, couture, pâtisserie et bijoux traditionnels. La première année, 30 artisans et artisanes seront formés. Puis 200 l’année suivante, dont une majorité de femmes qui ont, pour la plupart, créé leur micro-projet (bijouterie, point de vente de pâtisserie,…). Elle noue ensuite un partenariat avec la délégation régionale de l’artisanat afin d’organiser des foires, deux à trois fois par an. Elle défend fermement le principe de gratuité pour les exposants locaux et régionaux. La toute première foire d'artisanat de Beja, sa ville natale, accueille une trentaine d’artisans locaux. « Presque un festival ! » L’expérience est concluante - qualité des produits proposés, engagement des artisanes qui ont pu vendre leur production -  et s’étendra donc à d’autres gouvernorats. L’union tunisienne de l’industrie des commerces et la délégation de l’artisanat demande alors à Ichrak de devenir membre du comité de pilotage de sa région. Ichrak confirme décidemment son profil de leader…

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Une énergie contagieuse

Dans l’entrée du local de l’association, quelques artisanes ont déballé leurs produits pour une petite vente improvisée. Fatem, 46 ans, couturière à la maison, raconte comment elle a pu se professionnaliser et prendre confiance en elle, grâce aux sessions proposées au centre. « La formation m’a permis d’ouvrir mon atelier, avec un petit emprunt de départ auprès du bureau régional de l’emploi. » Infatigable, Ichrak souhaite encore élargir les activités du centre. Sa nouvelle idée : former à la production de miel bio les agricultrices de la région. « La femme rurale travaille, organise la vie et l’éducation des enfants, contracte des crédits… sans toujours en profiter pour elle. Je rêve de changer cette mentalité, dit-elle d’un ton passionné, et qu’elle puisse trouver son chemin sans guide. Qu’elle devienne son propre modèle…».

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