Philanthropie

Surfer sur la vague des changements technologiques

Cet article a été publié dans le magazine Alliance de juin 2018.

Les organisations de soutien* à la philanthropie ont un rôle essentiel à jouer : garantir que les technologies de rupture conduiront à une évolution positive.

Les technologies offrent de nouvelles possibilités de donner du pouvoir aux communautés du monde entier marginalisées et privées de droits, ainsi que de nouvelles façons d’aborder les défis sociaux et environnementaux. Par ailleurs, l’actualité récente a mis en lumière le renversement de processus démocratiques par des organisations qui collectent de grandes quantités de données et les utilisent pour influencer les élections. De même, le fait qu'un algorithme gouvernant bien des aspects de notre vie puisse être biaisé et ainsi nuire à certains groupes est un phénomène de plus en plus préoccupant. Comment les organisations de soutien peuvent-elles aider le mécénat et la société civile à soutenir ces évolutions positives tout en contrebalançant ses effets négatifs ?

L'impact de cette vague imminente de progrès technologique sera ressenti par les organisations de la société civile (OSC) sur trois points principaux : de nouvelles méthodes pour mener les missions, la transformation de structures organisationnelles et du fonctionnement, l’émergence de nouveaux problèmes à traiter.

Le premier impact peut déjà être constaté dans les nombreux et excellents exemples de « Tech for good » dans le monde entier. Quant au deuxième, prenons l’exemple de la technologie blockchain : elle pourrait aider les OSC à réduire le coût et la complexité de leurs activités menées au-delà des frontières géographiques. Néanmoins, elle peut aussi représenter une menace si de nouvelles formes de dons ne nécessitant pas d’intermédiaires (comme des transferts directs en espèces) sont rendues possibles à une échelle sans précédent.

Au-delà de leur propre fonctionnement, les OSC doivent aussi prendre en compte le fait que ces tendances vont affecter les gens et les communautés qu’elles aident. Dans les deux cas, il est essentiel de collaborer face à ces problèmes et que la société civile s’investisse pleinement pour minimiser les conséquences négatives du développement des technologies, ou pour trouver des moyens de les compenser si elles sont inévitables.

Il existe plusieurs défis immédiats que le mécénat et la société civile doivent relever. L'un d’entre eux est le manque de connaissances et de compétences nécessaires. Le goût du risque en est un autre : les OSC ont généralement des ressources limitées, il leur est donc difficile de justifier les investissements dans des innovations risquées, utilisant des technologies n’ayant pas encore fait leurs preuves.

Les organisations de soutien peuvent permettre de relever ces défis. Elles sont capables de traiter et de diffuser des informations sur l’impact des tendances technologiques. Elles peuvent soutenir le développement de leaders technologiques au sein de la société civile. Elles peuvent aussi jouer les intermédiaires entre la « communauté technologique » et les OSC, en facilitant le développement de partenariats  pour atténuer le risque lié à l’innovation.

Les organisations de soutien peuvent aussi œuvrer pour que les OSC soient entendues dans le débat sur les abus et les conséquences indésirables des nouvelles technologies, en coordonnant les idées des organisations qui sont en première ligne et en se positionnant comme interface entre la société civile et les autres acteurs clés, comme le gouvernement et l’industrie des technologies.

Les gouvernements doivent aussi assumer leur rôle. Au niveau le plus élémentaire, ils doivent reconnaître le rôle d’information que doit jouer la société civile concernant les nouvelles politiques et lois en matière de technologies. Cela doit se traduire par des efforts de collaboration avec les OSC, à la fois directement et via les organisations de soutien. Les gouvernements devraient également impliquer la société civile dans des stratégies industrielles ou technologiques plus vastes, mais aussi inclure des études d’impact dans les consultations publiques liées aux nouvelles technologies.

Les organisations de soutien peuvent réunir ces différentes parties. Chez Charities Aid Foundation, par exemple, nous avons récemment lancé notre campagne Future:Good visant à rassembler les OSC, le gouvernement et l’industrie des technologies autour de plusieurs principes communs, afin de garantir que l’impact des nouvelles technologies sera aussi positif que possible.

Les OSC doivent traiter ces enjeux technologiques dès maintenant si elles veulent continuer à répondre efficacement aux besoins futurs. Il sera difficile de le faire sans l’aide des organisations de soutien. C’est ensemble qu’elles seront capables d’exploiter au mieux les bénéfices potentiellement révolutionnaires de ces technologies de rupture, tout en jouant un rôle clef pour en minimiser les inconvénients.

 

*Organismes qui contribuent au développement et à la structuration du secteur non-profit.

L'auteur

Rhodri Davies est directeur des politiques de la Charities Aid Foundation