Déclics jeunes

Solidarité migrants : deux lauréates régionales mobilisées pour changer les regards

28/10/2019

Parmi les idées qui ont enchanté le jury présidé cette année par Agnès Jaoui, deux projets autour des thèmes migratoires, sont portés par des jeunes femmes des Hauts-de-France. Louise, artiste audio-visuelle,  a créé une « BD journal » sur la relation entre la Ville de Calais et la migration. Et Marine, Professeur à Sciences Po Lille, organise pour de jeunes migrants des ateliers afin que la littérature devienne thérapie.

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Originaire de Calais, Louise est très sensible à la condition des personnes exilées. Depuis son enfance, elle a constaté les réticences des habitants à accueillir les personnes venues de loin « Il est difficile de ne pas se laisser envahir par des sentiments d’impuissance et de découragement lorsqu’on habite Calais, cette ville où l’expression de la solidarité est souvent réprimée, affirme Louise. Or, accueillir l’autre c’est aussi une force et une richesse ! » Forte de cette conviction, elle décide de mettre à profit ses talents artistiques pour raconter les expériences vécues par ces personnes migrantes. « Depuis 2014 Je documente par le dessin des situations rencontrées à Calais : portraits de jeunes exilés, lieux et scènes de vie entre squats et campements, … » précise-t-elle. Par ces moyens de communication, elle entend contribuer à diminuer la peur de l’autre et donner le goût d’aller à sa rencontre.

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Grâce aux Déclics Jeunes, Louise va pouvoir travailler à une première maquette d’un livre sous forme d’une « BD journal » pour compiler l’ensemble de ses dessins, des témoignages et des souvenirs qu’elle a recueillis auprès de ces personnes exilées.

« Comme des millions de français, Je suis moi-même le fruit d’une histoire migratoire. Mes grands-parents ont dû fuir la Sicile pour se réfugier en Tunisie, leurs propres enfants ont quitté Tunis pour Marseille. » Passionnée de littérature et d’écriture, Marine s’est toujours intéressée à la question de l’exil. « Les réfugiés ne sont pas une catégorie mais une succession d’individualités. Il faut créer un écho autour de la voix des réfugiés, qu’on puisse les entendre, leur témoigner du respect et qu’ils sortent de cet anonymat. » affirme-t-elle.

Cette jeune professeur d’anglais décide de mettre son talent au service de ses convictions personnelles. Au travers son projet « Mots pour maux », Marine souhaite raconter l’histoire de jeunes migrants et mineurs isolés. « Car les paroles peuvent penser les plaies. Les mots peuvent parfois avoir valeur de catharsis et permettre de s’extirper des traumas que l’on a vécus lors des traversées. »  

C’est au cœur des camps de réfugiés dans plusieurs pays méditerranéens, où elle s’est rendue en 2017 , qu’elle a pu recueillir la parole de mineurs isolés, ces jeunes envoyés sur les routes de l’exil. « J’ai appris à écouter, sortir mon stylo pour tracer leurs mots d’exil sur mes carnets. Ils m’ont ouvert la porte, m’ont permis d’entrer dans leur histoire. »

Forte de cette immersion d’une année sur le terrain, Marine revient en France avec la ferme volonté de compiler leurs témoignages dans un ouvrage, actuellement en cours d’édition, qui mette en lumière la parole de ces enfants.

Prochaine étape : grâce aux Bourses Déclics, elle souhaite organiser des ateliers de littérature-thérapie pour promouvoir l’inclusion par la culture. A travers un club de lecture, les jeunes échangeront autour d’ouvrages sur les thèmes de l’exil et des migrations. Un atelier d’écriture dont la finalité sera l’édition de leurs récits, mettra leurs histoires en lumière.

Ils ont eu le déclic !