Point de vue

RSE et mécénat : au-delà de leurs ressemblances, de vraies différences à réaffirmer

Autrefois considérées comme des contraintes, les actions menées au titre de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) se multiplient et concourent aux intérêts économiques des entreprises. Parallèlement, le mécénat poursuit sa croissance avec 14 % d’entreprises mécènes, comme le rappelle le récent Panorama national des générosités. À l’heure où le projet de loi PACTE prévoit de renforcer le « rôle social » de l’entreprise, il est essentiel de souligner qu’au-delà de leurs ressemblances, RSE et mécénat ne doivent pas être confondus. Car leurs contributions restent complémentaires, au service de l’intérêt général !

Les dirigeants d’entreprises sont unanimes : pour eux, la RSE n’est plus une contrainte légale ou seulement un moyen d’entretenir leur image. Elle est devenue, en quelques années, l’objet d’une attention et d’un engagement bien plus profonds. C’est l’un des enseignements de la récente étude de la Fondation de France sur l’engagement de l’entreprise* : pour la majorité des répondants, la RSE est devenue un élément fondamental de leur stratégie et représente une opportunité économique. Lorsqu’elle est menée de manière efficace et cohérente avec l’identité et les enjeux de l’entreprise, elle permet d’adresser un message fort à la fois aux clients, aux collaborateurs et à l’ensemble des parties prenantes. Voire de constituer un argument marketing auquel les consommateurs sont de plus en plus sensibles, notamment lorsqu’elle permet d’obtenir des labels environnementaux. Selon une étude de France Stratégie**, les entreprises menant des politiques RSE génèrent même un gain de performance de 13 % en moyenne par rapport aux autres entreprises.

De son côté, le mécénat continue de progresser tout en évoluant : il devient de plus en plus professionnel, maîtrisé, et piloté en cohérence avec la stratégie de l’entreprise. Il suscite également un fort engagement des collaborateurs, qui y voient une manière de donner du sens à leur travail. Même s’il s’agit d’une action « désintéressée » à la différence de la RSE, le mécénat a tendance à se rapprocher des domaines que l’entreprise maîtrise le mieux : par exemple, la Fondation Mustela, abritée par la Fondation de France, soutient des projets de recherche et d’innovation dans le domaine du développement de l’enfant et de la parentalité, en lien avec l’activité de l’entreprise qui propose des soins pour bébés et femmes enceintes.

Par ailleurs, le débat actuel sur l’entreprise à mission reflète bien la volonté d’un nombre croissant de dirigeants d’introduire un nouveau modèle qui inscrirait une « raison d’être » sociale dans les statuts de l’entreprise. Ainsi, quels que soient les aléas futurs de la vie de la société (changement d’actionnaire, exigence accrue de rentabilité…), cette « raison d’être » sociale resterait préservée.

Un modèle inclusif, sans distinction entre les causes

S’il faut se réjouir de cette convergence entre intérêt général et objectifs commerciaux, il faut aussi appeler à la vigilance : il est essentiel de différencier, d’une part, ce qui relève de l’entreprise et de son « rôle social » réaffirmé – la RSE – et, d’autre part, les actions d’intérêt général qu’elle peut mener dans le cadre du mécénat qui bénéficie d’une déduction fiscale. Mécénat et RSE répondent, en effet, à des logiques différentes. Certaines causes – comme la grande précarité ou la prison – restent difficiles à intégrer dans une politique RSE, car trop éloignées des enjeux de l’entreprise. Or, ces causes ont tout autant besoin que les autres de bénéficier du soutien des acteurs privés, notamment dans le cadre du mécénat.

Tout l’enjeu aujourd’hui est donc de bâtir un modèle véritablement inclusif, sans distinction entre les causes « rentables » et les autres. Et de maintenir les conditions d’un mécénat vivant, actif, auquel un nombre croissant d’entreprises – et pas uniquement les grands groupes – peuvent participer de manière structurée. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises de taille intermédiaire (ETI) rejoignent le mouvement, et créent leur fondation : c’est le cas, par exemple, de Cojean avec la Fondation Nourrir, Aimer, Donner qui, en écho au cœur de métier de l’entreprise – la restauration –, soutient des projets favorisant l'accès à l'eau et à la nourriture des populations les plus démunies, en Inde notamment. On observe, dans ces ETI, un effet de génération : les dirigeants de ces structures, souvent plus jeunes que ceux des grands groupes, prennent naturellement en compte l’intérêt général dans leur activité, conscients qu’il s’agit d’une attente forte de leurs collaborateurs comme de leurs clients. Le mouvement spontané qui se fait jour actuellement doit encore prendre de l’ampleur, l’entreprise et la société sont prêtes pour cela.

 


*Enquête de l’Observatoire de la philanthropie – Fondation de France, réalisée en ligne auprès de 540 entités (entreprises et fondations d’entreprise), février-mars 2018.
**Étude de France Stratégie sur la responsabilité sociale des entreprises et la compétitivité, janvier 2016.

Axelle Daveza, directrice de la Fondation de France

L'auteur

Axelle Davezac
Directrice générale de la Fondation de France