Point de vue

Retour sur 20 ans de recherche en philanthropie

Retour sur 20 ans de recherche en philanthropie

À l’occasion de ses 20 ans, l’Observatoire de la Fondation de France devient l’Observatoire de la Philanthropie. Laurence de Nervaux, responsable de l’Observatoire, revient sur les avancées et les défis de la recherche en philanthropie.

Quelles sont les missions de l’Observatoire ?

Quand l’Observatoire de la Fondation de France a été créé en 1997, il n’existait qu’un millier de fondations en France, contre plus de 5 000 fonds et fondations aujourd’hui. Le secteur de la philanthropie ne se définissait alors pas lui-même comme un secteur économique, avec des normes, des métiers, des organisations professionnelles. La création de l’Observatoire s’inscrit pleinement dans le cadre de l’une des missions qui a été confiée à la Fondation de France dès son origine : le développement de la philanthropie en France.

La Fondation de France a eu la profonde conviction que pour se développer, tout secteur a besoin de produire ses propres données, d’abord pour mieux comprendre ses enjeux et son évolution, pour se structurer, et ensuite pour se faire connaître et reconnaître par ses différents publics. La première mission de l’Observatoire a donc été de produire des chiffres sur les fondations en France. La première enquête nationale a été menée en 2001. Nous lancerons la cinquième à l’été 2018 : nous avions au départ une photographie, c’est maintenant devenu un film qui retrace les grandes mutations de ce secteur qui a connu un essor très rapide depuis quinze ans.

Au-delà des chiffres, l’Observatoire a également la tâche d’analyser le pourquoi et le comment de l’engagement philanthropique. Nous menons donc régulièrement des enquêtes qualitatives, afin d’analyser les tendances, et de mettre en lumière les pratiques innovantes du secteur.

Nos travaux de recherche ont aussi vocation à éclairer le contexte dans lequel se déploie l’écosystème philanthropique, et la situation objective de telle ou telle problématique sociale. Les enquêtes nationales que nous menons depuis 2010 sur l’isolement relationnel en France viennent par exemple nourrir l’analyse et orienter les choix de chacun des programmes sociaux que nous menons sur les personnes âgées, le handicap, la santé des jeunes, le logement, la précarité et l’emploi ou encore les prisons. Les chiffres de ces enquêtes ont d’ailleurs constitué la base du diagnostic posé par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans son avis sur l’isolement social de juin 2017.

À quoi ressemble le paysage de la recherche en philanthropie aujourd’hui en France ?

Avec la croissance rapide du secteur, nous avons observé un développement de la production de connaissances. Plusieurs organismes de recherche indépendants ont vu le jour – le Cerphi, Le Rameau, Recherche et Solidarités. Dans la sphère académique, c’est en 2011 qu’a été créée la Chaire Philanthropie de l’ESSEC, unique chaire de recherche dédiée à ce sujet en France, et dont la Fondation de France est l’un des partenaires-fondateurs. C’est enfin au sein des professions juridiques et financières – avocats, experts-comptables, banquiers – que la production de connaissance sur la philanthropie s’est développée rapidement ces dernières années.

Tous ces acteurs complémentaires constituent un écosystème de recherche stimulant.

Le réseau ERNOP (European Research Network on Philanthropy) a considéré, dans son récent rapport comparatif, Giving in Europe, que seuls deux pays en Europe disposaient de données de qualité satisfaisante sur la plupart des segments de la générosité : les Pays-Bas et la France ! C’est une source de fierté collective pour les acteurs de la recherche, même si les données sont encore loin d’être exhaustives. Nous travaillons actuellement avec le concours de l’ensemble des collectifs du secteur à un nouveau panorama de la générosité en France, à paraître courant 2018.

Quels sont les principaux enjeux et défis de la recherche en philanthropie ?

Le premier enjeu de la recherche en philanthropie est sans doute d’adopter une posture pédagogique, afin que ces problématiques récentes puissent être comprises par l’ensemble des publics concernés : médias, décideurs publics, communauté étudiante et enseignante, philanthropes potentiels, grand public.

Par ailleurs, dans ce secteur jeune, la recherche est souvent très proche des praticiens. C’est une véritable force car elle n’encourt pas ainsi le risque d’être « hors sol », mais elle doit en même temps garder une distance suffisante avec le terrain pour conserver une posture critique, une analyse objective et rationnelle, nécessaires pour faire progresser le secteur.

Un autre enjeu est d’harmoniser les méthodologies de collecte et d’exploitation des données au niveau international pour favoriser l’analyse comparative. Aussi nous entretenons un dialogue avec plusieurs acteurs de la recherche au niveau international pour permettre de rapprocher nos méthodes de travail. L’Observatoire a notamment participé récemment à un projet de recherche mondial sur la philanthropie piloté par Harvard (à paraître en 2018).

Ce travail se fait en premier lieu au niveau européen, en lien avec le réseau ERNOP. En effet, si nous voulons développer une culture de la philanthropie en Europe et travailler de façon collective sur des défis majeurs comme les migrations, la prévention de la radicalisation ou encore la préservation de l’environnement, il est essentiel que la recherche s’organise également au niveau européen.

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Laurence de Nervaux
Responsable de l’Observatoire de la Philanthropie