Trois jeunes portent une caméra à l'épaule

Portrait de fondation

Portrait de fondation : Jean Rouch

« Le rêve plus fort que la mort »

Le cinéaste Jean Rouch, mort en 2004, avait exprimé le souhait de créer une fondation. Aujourd’hui, la Fondation Jean Rouch cimente et prolonge l’aventure d’un homme, débutée il y a près de soixante-dix ans au bord du fleuve Niger.

Un cinéma libéré

Des années 50 à nos jours, l’influence du cinéma de Rouch ne se dément pas. « La fondation est là pour rappeler la vérité d’un cinéma libéré », explique Surugue, vice-président de la Fondation Jean Rouch, lui même cinéaste et chercheur à l’Institut de Recherche pour le Développement, complice de longue date du maître. « Un cinéma considéré comme un outil de plaisir capable d’aborder des questions graves comme la mort, le racisme… » L’œuvre de Rouch est un « fleuve-film » poursuit le chercheur, « 140 films qui s’enchaînent ». Cette filmographie en mouvement continu chronique les changements survenus en Afrique de l’Ouest, de la colonisation à l’indépendance, et jusqu’au temps présent. Surtout, derrière l’histoire factuelle, Rouch débusque une mythologie vivante. Rituels de possession, magie, unité de l’environnement et du surnaturel : Rouch retranscrit un univers merveilleux avec une limpidité qui fait école.

Un acte de transmission

Le cinéma vérité, ou cinéma sincérité comme préférait dire Rouch, s’il est une technique, est d’abord la responsabilité de « rendre le cinéma à ceux que l’on filme », avance Bernard Surugue. Cette éthique du respect se traduit pour Jean Rouch par une nécessaire implication des personnes filmées dans la réalisation du film. Grâce à cette méthode, Jean Rouch est responsable de la vocation de nombreux cinéastes. En hommage à cet héritage, la fondation soutient des projets de cinéastes, en Afrique ou ailleurs. En janvier 2013, est sorti en salle le film « Faire quelque chose » de Vincent Goubet , un film de témoignages des derniers résistants français, que la Fondation avait sponsorisé à sa genèse en 2009. La Fondation participe également à l’organisation annuelle du forum Africain du film documentaire de Niamey.

Un patrimoine vivant

Le legs intellectuel de Jean Rouch est entretenu par la fondation à travers un effort éditorial. Les films de Jean Rouch ont été intégralement édités aux Editions Montparnasse. En Février 2014, un film sur les funérailles de Jean Rouch, réalisé par Bernard Surugue, commémorera le dixième anniversaire de la mort de Rouch. En 2017, une rétrospective est prévue pour célébrer le centième anniversaire de sa naissance, organisée avec l’appui de la cinémathèque française et de la BNF. La fondation soutient enfin le projet dirigé par Amélie Esséssé pour réhabiliter avec l’aide des villageois la maison de Jean Rouch sur une île du fleuve Niger. Cette geste poétique est même devenue le récit d’un livre pour enfants, façon supplémentaire de célébrer un état d’esprit qui dirait, comme le titre de son dernier film, « le rêve plus fort que la mort ».

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