Les lauréates posent avec des militaires de l'armée de l'air.

Fondations abritées

Portrait de fondation : Charles Mercier

Des lycéens dans le sillage de Saint-Exupéry

Un legs accompagné d’une volonté testamentaire préside à la naissance de 20 % des fondations sous égide de la Fondation de France. Certains testateurs anticipent la démarche de leur vivant, en prenant contact avec la Fondation. D’autres laissent celle-ci seule pour exécuter leurs voeux. Ce fut le cas de Charles Mercier.

Les volontés de Charles Mercier ont été découvertes après son décès. Cet homme, dont on ne sait rien, a légué à la Fondation de France sa fortune, en accompagnant ce legs d’une demande particulière : « récompenser efficacement des lycéens de première qui se seraient révélés dignes de porter le nom d’homme dans la lignée d’Antoine de Saint-Exupéry ». Mais comment identifier ces lycéens « dignes de Saint-Exupéry » ? Et comment les récompenser ? Ce cahier des charges original marque le début d’un véritable travail de chef d’orchestre pour la Fondation de France. « Forger des outils adaptés et s’entourer d’acteurs de terrain ont été les premières étapes », explique Mathilde Lerosier, chargée de fondation à la Fondation de France.

Dénicher les ressources pour concrétiser les volontés

Deux partenaires répondent présents à l’appel de la Fondation de France, et vont aider la Fondation Charles Mercier nouvellement créée à réaliser son objet. D’abord, Apprentis d’Auteuil que l’on connaît pour son action et sa proximité avec les jeunes. Surtout, la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse, sous l’égide de la Fondation de France, dont le président n’est autre François d’Agay, neveu et filleul de l’aviateur !

Rapidement, le lien est fait avec le lieutenant-colonel Hervé de Saint Exupéry, responsable d’un programme de tutorat destiné à des lycéens boursiers à fort potentiel, grâce à l’investissement d’élèves-officiers de la base aérienne de Salon-de-Provence. Les candidats au prix peuvent être identifiés au sein de ces lycéens boursiers. Le premier prix de la Fondation Charles Mercier est alors presque en place…

Trois jeunes filles dignes de porter le nom d’homme

Pour sélectionner les lauréats, un règlement et une charte sont rédigés. Un questionnaire, reprenant les valeurs chères à l’écrivain, est établi pour être soumis aux candidats. Un comité de sélection, composé des partenaires, mais aussi de personnalités qualifiées dans le domaine de l’éducation, se réunit. Pour les récompenser ? « Nous voulions un prix en phase avec les valeurs du pilote-écrivain » témoigne Mathilde Lerosier. « Permettre à des lycéens d’apprendre à piloter nous semblait être tout à fait en phase avec les volontés du testateur, Charles Mercier. » Ce sont trois jeunes filles de première du lycée Adam de Craponne, à Salon-de-Provence, qui ont été lauréates de cette première édition 2012 (lire ci-dessous). À moins de dix-huit ans, volontaires et investies, jugées « dignes de porter le nom d’homme, selon Saint-Exupéry », elles ont obtenu leur « brevet de base » et volent désormais en solo. Pour ses prochains millésimes, le prix de la Fondation Charles Mercier identifiera de nouveaux lycéens méritants et explorera avec eux d’autres dimensions humaines de la vie de Saint-Ex. Elles ne manquent pas.

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Trois filles en plein ciel

Nées en 1995, Maëva Bernard, Agathe Blandin et Charlotte Escot sont lauréates du prix de la Fondation Charles Mercier. Pour elles, le pilotage n’était même pas un rêve. Voici leurs impressions de ce premier contact avec le ciel, et les fruits qu’elles en ont tiré.
 

Pour quels motifs avez-vous posé votre candidature à ce prix?

L’aviation nous était inconnue. Nous avions lu Le Petit Prince. Quand Hervé de Saint-Exupéry nous a parlé du prix, nous y avons réfléchi, et en en parlant autour de nous, nous avons compris que cette chance-là ne se présenterait pas deux fois. Il fallait plonger dans l’aventure.

Et qu’est-ce que l’aventure, justement, vous a procuré ?

Déjà, être lauréates de ce prix rend fières. On a envie de s’investir davantage dans les examens et les concours. Quant au brevet de pilotage, c’est aussi une fierté. Toutes les trois, nous n’avons même pas l’âge du permis voiture! Et c’est surtout une formidable sensation de liberté. Le « lâcher » – la première fois où l’on décolle seule – est impressionnant. D’abord le moniteur demande, « tu es prête pour ton solo? » On voudrait dire qu’on ne se sent pas bien.Mais on lui fait confiance puisqu’il a confiance en nous… Alors, on décolle. On reste concentrée. La moindre inattention peut tout gâcher. Mais à l’atterrissage, toutes les trois, nous avions le plus grand sourire du monde.

Cette victoire a-t-elle changé quelque chose en vous ?

Davantage de maturité et de confiance en soi, de maîtrise des émotions et de facilité à se concentrer. Un sens accru du travail en équipe, également, et surtout, un changement de regard. On dit que les adolescents sont toujours un peu égoïstes… Alors, rencontrer des gens prêts à prendre sur leur temps pour en aider d’autres à réussir, ça donne envie de les imiter. Nous savons où nous désirons aller: pour Agathe, le droit puis le barreau ou les ressources humaines. Les lettres pour Charlotte, avec en point de mire l’interprétariat ou une carrière de navigante commerciale. Et pour Maëva la médecine, suivie peut-être d’un engagement humanitaire. Mais nous connaissons dorénavant le plaisir de recevoir, par la générosité des autres, une chose qui semblait inaccessible.