La fresque "Nous sommes le monde" à Gardanne.

Méditerranée

« Nous sommes le monde », un voyage au coeur de l'histoire de Gardanne

 

Émotion, élans du cœur, éloquence des mots et des voix... Le spectacle « Nous sommes le monde »  accueilli le 9 décembre dernier à la médiathèque Nelson Mandela de Gardanne (Bouches du Rhône) a su faire revivre, en récits comme en chansons, l'histoire de ce territoire. Bâtie sur d'authentiques récits de vie, à partir des mémoires de tout un chacun, cette représentation a mis en musique l'univers et les témoignages d'habitants de Gardanne : un superbe voyage au cœur de l'humain et de la construction de son identité, une formidable ouverture à l'autre et au monde qui a conquis le public présent dans la salle composé de jeunes adultes et de personnes âgées.
 
Cette initiative heureuse était pour ainsi dire le point d'orgue d'un projet porté par l'Association Accompagnement Initiatives (AAI) en liaison avec l'association Récits et fortement soutenu et encouragé par la Fondation de France, dans le cadre de son programme Personnes âgées.
Son objectif : contribuer  aux échanges interculturels entre habitants de Gardanne par la collecte, l'enregistrement et la valorisation de parcours de vie et de chansons populaires traditionnelles auprès de personnes de générations et d'origines diverses. Réalisé en partenariat avec la médiathèque, le CCAS, le service « citoyens solidaires », le foyer du troisième âge de la ville de Gardanne, la maison de retraite le Domaine de l'Olivier et l'association Contact, il a permis à des Gardannais de tous âges et de tous horizons de se raconter en chantant, de faire découvrir aux autres leurs univers musicaux respectifs et, pour certains, de briser un isolement difficilement supportable.

 
Transmettre leurs héritages

Raymonde,96 ans, marseillaise depuis plusieurs générations, a entonné quelques airs provençaux favoris de son père dont le fameux « Cabanon »,
Marie-Thérèse, aujourd'hui résidente de la maison de retraite, rapatriée d'Algérie en 1962, a toujours chanté en chorale en Afrique du nord puis à Gardanne où elle a découvert « Les Corons » de Pierre Bachelet, devenue l'une de ses chansons préférées,
Bernadette a repris les chants entraînants de Ma, sa grand-mère polonaise qui la gardait quand elle était petite,
Ghislaine a interprété de sa voix mélodieuse « La Strasbourgeoise », évocation du milieu ouvrier, des guerres, de la pauvreté et les difficultés sociales vécues par sa maman qu'elle a perdue à l'âge de six ans à peine ; Ghislaine s'attache aujourd'hui à transmettre ce patrimoine familial à son tout jeune fils Dorian,
Enfin, Jeannette dont les parents sont nés à Alep, et qui n'a jamais totalement oublié sa langue d'origine, la langue arménienne, a continué à chanter à ses petits-enfants quelques mélodies apprises de sa maman  et qui ont bercé son enfance heureuse à Gardanne.

Photo : Debout, au centre, Raymonde et les chansons de Provence favorites découvertes grâce à son père.
 

Les sentiers de la mémoire 

Témoins d'un autre temps «où le travail te cherchait car il y en avait en pagaille », Ali et Chaïd, deux retraités d'origine algérienne installés en France et à Gardanne depuis des décennies, se sont prêtés eux aussi de bonne grâce à cet exercice de mémoire. « Vingt-trois ans de mine et vingt-trois ans de pêche » à son actif, Ali a raconté non sans  humour toute une vie de labeur : « de 10h à 19 heures, j'étais au fond de la mine, ensuite je partais à Martigues attendre le poisson au canal de Caronte... »
Chaïd, arrivé tout gamin en France, s'est remémoré sa participation à la «construction, des fondations aux finitions, du grand pont sur lequel on passe pour aller à Marseille … Plus de deux ans de ma vie ! Ensuite il y a eu Péchiney, puis la mine pendant quinze ans... dans tous les puits… ». Sa conclusion ne manque pas de poésie : « Quand vous plantez un arbre, il grandit et  ses racines poussent sous la terre, alors vous ne pouvez plus l'arracher. J'ai vécu 63 ans en France et depuis 1957, je n'ai jamais bougé de cette ville. Mon fils a 52 ans. Il est  né à Gardanne. Mon père et ma femme y sont enterrés. Mon pays est ici... »Tous deux adorent les chansons Chaoui et se retrouvent fréquemment au local de l'association Contact où quelques petites notes de musique arabe et berbère suffisent à raviver des souvenirs enfouis au fond de leur mémoire.
 

Et toujours de nouvelles voix...

Enfin cette ville qui s'est construite dans le creuset de l'histoire du 20ème siècle continue aujourd'hui encore de se nourrir de nouvelles voix : celles de familles arrivées plus récemment en provenance du Cambodge, du Venezuela ou du Portugal. ..C'est le cas d'Aurora, une toute jeune femme venue s'installer il y a deux ans à peine aux côtés de son mari, musicien français rencontré dans son pays d'origine ou celui d'Elisabeth qui a découvert à 35 ans, alors qu'elle attendait son troisième enfant, la France et sa langue...Toutes sont venues enrichir de nouvelles notes et de témoignages prenants teintés parfois de nostalgie le contenu d'une soirée mémorable porteuse d'espoir et de tolérance .
 
L'illustration de cette opération a pris forme sous les doigts de Sylvie Lamberto, salariée de la maison de retraite et dessinatrice à ses heures. Il figure également sur la couverture du livre-CD qui a été édité.