Portrait de philanthrope

Nicolas Ségal : ouvrir au monde les enfants des cités

17/06/2020

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Chef d’entreprise à Montreuil et père de cinq enfants, Nicolas Ségal a créé en 2016 la Fondation Avenir d’Enfance pour sortir les jeunes de banlieue de l’enfermement qu’ils vivent dans les cités. Récit d’un engagement aussi concret qu’efficace.

Comprendre l’incompréhensible… Comme beaucoup de Français, Nicolas Ségal a été bouleversé par les attentats de 2015 qui ont suscité chez lui de nombreuses interrogations. Quelles sont les sources de la radicalisation ? Que se passe-t-il dans la tête de ces jeunes ? Et comment empêcher que cela ne recommence ? Pour répondre à ces questions, cet entrepreneur de Montreuil a décidé d’aller à la rencontre des enfants des cités, profitant notamment d’une exposition de sa femme photographe pour nourrir les échanges. Il leur montre des images de Paris et réalise alors que la plupart n’ont jamais vu la Tour Eiffel en vrai et qu’ils n’ont, en fait, jamais quitté leur quartier. « J’y ai vu un symbole car je l’avais visitée avec mes enfants et nous avons vécu ensemble cet éblouissement devant la beauté de la ville. Son architecture, son histoire. Et, en creux, la fierté d’être français. » Cette découverte sera un déclic. « Mon entreprise fonctionnait bien, je n’avais pas vocation à m’enrichir plus que ça. En revanche, je sentais chez moi une envie d’engagement grandissante. J’ai créé ma fondation -Avenir d’Enfance- pour que ces jeunes puissent sortir de leur cité, physiquement et mentalement. » Il se rapproche alors de la Fondation de France qui l’accompagne dans son projet et, à sa demande, lui fait rencontrer plusieurs associations. « Paris d’Enfants », qui propose des sorties dans la capitale et « SEVE » (Savoir Etre et Vivre Ensemble), fondée par le philosophe Frédéric Lenoir, qui organise des ateliers philo pour les jeunes. Fort de ces contacts, il propose en 2018 à 3 écoles test de Montreuil -quelque 1200 élèves- d’organiser trois sorties par an à Paris ainsi que des ateliers philo durant lesquels les enfants débattent des questions les plus variées. Qu’est-ce qu’un ami ? Qu’est-ce qui est juste et injuste ? « J’ai animé moi-même une vingtaine d’ateliers et constaté les progrès accomplis. Au début, beaucoup étaient très fermés mais ils ont appris à s’écouter, à rebondir sur l’opinion de l’autre, à développer leur propre point de vue. Une capacité de réflexion et de discernement essentielle, à mes yeux, pour refuser la violence et l’endoctrinement ».

Le confinement a donné un coup d’arrêt à l’expérience mais dès la rentrée, avec le soutien de la mairie de Montreuil, le projet de visites de Paris devrait être étendu à tous les centres de loisirs de la ville. Avec, là encore, le même défi. Donner aux enfants les moyens de se sentir mieux, et d’aimer le pays dans lequel ils vivent.