Les acteurs de la table ronde à Nice en novembre 2016 après les attentats du 14 juillet.

Méditerranée

Nice : Ensemble pour se reconstruire

 

On n'est jamais prêts à l'inacceptable. On ne le sera jamais... mais face à un drame, on fait tout pour vaincre la sidération, soulager l'autre et redonner espoir...  C'est la leçon à tirer des tragiques événements de Nice : le jour même, dès le lendemain de l'attentat du 14 juillet et aujourd'hui encore, une forte mobilisation est de mise pour soulager les victimes, proposer aux survivants et à leurs proches le soutien le plus efficace, et faire face, ensemble, à la montée du terrorisme. C'était bien là le fond du message délivré par la Fondation de France Méditerranée et ses partenaires, le 22 novembre dernier, lors d'une soirée entièrement dédiée aux victimes. Accueilli au Théâtre National de Nice, ce temps fort réunissait plus de soixante personnes dans l'espace Colibri animé du souffle d'un merveilleux vent de générosité, de jeunesse et de liberté. Réflexion, action, émotion et ... talent étaient au rendez-vous.
 
Ouverte délibérément sur une note d'espoir par Cécile Malo, Déléguée Générale de la Fondation de France Méditerranée qui rappelait brièvement que « face aux événements du 14 juillet qui ont endeuillé et durement frappé, dans leur corps et leurs âmes, les niçois, leurs proches et par là même, la France entière, les valeurs de tolérance, du respect et de la liberté prônées par la Fondation se révèlent plus que jamais indispensables », la soirée se poursuivait par une table ronde ponctuée de témoignages sobres, factuels et malgré tout poignants, de professionnels- soignants, aidants, experts, journalistes- confrontés, de par leurs fonctions, à la première onde de choc de violence, d'inquiétude et de souffrance générée par le drame.
  

Autour de la table ronde : prégnance des témoignages

Jérémy Collado, journaliste à Nice Matin : « Ce soir-là, nous sommes choqués, bouleversés, anéantis, émus, à la fois dedans et dehors...mais nous devons faire notre travail ; c'était touchant, la façon dont tout le monde est revenu au journal le soir de l'attentat. Il a fallu s'organiser très vite, s'adapter et on n'était pas préparés... On a eu très vite conscience qu'il fallait avant tout faire attention, être utile, rassurer, éviter le sensationnel, démonter la rumeur, surtout ne pas tomber dans le spectaculaire, éviter de rajouter de la peur à la terreur. D'autant que les témoignages affluaient de partout. Des familles recherchaient leurs enfants ou leurs proches et n'importe quel signe d'un grand journal local proche de ses lecteurs aurait été pour eux une piste. Il ne fallait surtout pas relayer d'informations non sourcées et pas vérifiées. L'équipe a fonctionné en « live », écrit sur tout, absolument tout mais en se concentrant essentiellement sur l'émotion et la solidarité des niçois. Le plus difficile pour nous: trouver un équilibre entre souci de vérité de l'information et nécessité de raconter un tel drame avec humanité dans un contexte où nous étions nous mêmes concernés et bouleversés ».
 
Samira Adda, chef de service de l'Espace d'information et d'accompagnement, association Montjoye :
«  Nous avons, dès le lendemain de l'attentat, avec l'association Montjoye, spécialisée dans l'aide aux victimes, créé une cellule dédiée aux victimes, aux témoins et aux familles de personnes tuées lors du 14 juillet. Montjoye pilote aujourd'hui un espace qui accueille aussi depuis août d'autres associations aux compétences variées. Il s'agit pour nous d'apporter un soutien global à tous ceux qui franchissent notre porte. Si l'écoute et la parole étaient dans les semaines qui ont suivi la tragédie les principales attentes du public, nombre de besoins urgents demeurent encore. La question de l'indemnisation et de la prise en charge financière est toujours très prégnante. Il faut monter des dossiers souvent complexes auprès de différents organismes pour en bénéficier et prouver la présence des victimes sur les lieux. Notre équipe de juristes travaille avec des avocats pour répondre aux questions pénales. Il nous arrive encore fréquemment d'intervenir sur des situations de détresse totale et le soutien de la Fondation  de France (en complément de l’action publique), qui se montre très réactive et a mobilisé rapidement un comité d'experts bénévoles, nous est très précieux.
 
Florence Askenazy, Professeure de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, Fondation Lenval :
« Depuis le 14 juillet, près de 1 000 enfants et adolescents ont été accueillis par la cellule médico-psychologique d’urgence pédopsychiatrique, ouverte dans le CHU juste après l’attentat. Pour le personnel soignant submergé de demandes, la Fondation de France nous apporte un soutien pour mener des formations consacrées au psycho-traumatisme des enfants et des adolescents et contribue à la mise en place de soins innovants, comme des groupes thérapeutiques psycho-sensoriels. Nous avons un regard tout particulier pour les bébés qui constituent une population extrêmement vulnérable. Nous devons entendre également des personnes qui ont été séparées et ont vécu des angoisses extrêmes. Et il nous reste beaucoup de chemin à parcourir surtout auprès de populations qui ne sont pas du tout des habitués de la psychiatrie. Ce qui pose question à plusieurs niveaux : certaines personnes ne reviennent pas en consultation. Doit-on les relancer ou respecter ce mouvement défensif ? Très peu de pratiques nouvelles existent en Europe pour faire face à de tels traumatismes et pourtant il est absolument indispensable de remettre du lien, pour un grand nombre de personnes, le choc a été tellement violent que cela casse les relations entre les gens... »
 
 
Anne Gaëlle Rolland, responsable du programme Ensemble face au terrorisme de la Fondation de France :
« Dès le 15 juillet à 11h30, passé le moment de sidération lié à la violence de l'événement, la Fondation de France décide d'ouvrir un appel à dons afin d'alimenter notre programme Ensemble face au terrorisme. Très rapidement, nous avons vu affluer des dons individuels venus de toutes parts qui ont  permis  de soutenir de nombreuses personnes pas du tout prises en charge par l'Etat. Certaines d'entre elles n'étaient plus en mesure d'occuper un emploi et ne pouvaient  absolument plus faire face aux besoins du quotidien. Une aide d'urgence était pour elles indispensable. Rapidement, plus d'1 million d'euros ont été collectés et cela  a continué d'affluer ici comme sur Paris. Nous avons même reçu le fruit de la collecte d'un détenu qui a mené une action de collecte auprès de ses codétenus. Des subventions ont également été allouées aux associations d’aide aux victimes  pour qu’elles puissent répondre dans la durée aux besoins des personnes suivies. Enfin, le programme Ensemble face au terrorisme finance  des actions de prévention contre la radicalisation notamment par l’éducation des jeunes. »

Place au talent et à la jeunesse pour une ode à la liberté

Il revenait enfin à Olivier Sitruk, enfant de Nice, et à Toinette Laquière, descendus tout exprès de Paris pour soutenir la Fondation Méditerranée, de mettre un point d'orgue à cette soirée. Comédiens confirmés, ils ont prêté leur voix et leur talent à une lecture de textes : un remarquable exercice en duo, un véritable hymne à la liberté !  En compagnie de Paul Eluard, Charles Baudelaire, Jacques Prévert... et bien d'autres œuvres emblématiques de notre patrimoine culturel mais pas que...

Olivier et Toinette ont aussi donné corps à des textes nés sous la plume d'élèves de sections techniques du lycée des Eucalyptus à Nice dans le cadre d'un travail dirigé avec enthousiasme par Nadine Géhin,  leur Professeur de français en lien avec Dominique Courcoux, Référente Education bénévole au sein de la Fondation de France. Ces écrivains en herbe ont su créer la surprise et susciter une grande émotion chez le public  au travers de textes tout vibrants d'espoir, de passion et d'aspiration à la paix.
 
En savoir plus :
>> Un an après le 13 novembre « Ensemble face au terrorisme » en actions