Mal logement : des solutions qui font leurs preuves !

Logement

Mal-logement : des solutions qui font leurs preuves !

01/02/2019
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Contre le fléau du mal-logement, depuis 2002, la Fondation de France a soutenu plus de 2000 projets. Une formidable base d’expérience pour dégager les bonnes pratiques. Chose faite avec l’étude menée en 2018, qui décrypte huit projets pilotes. Les explications de Patrice Cieutat, responsable du programme Habitat.

Pourquoi une telle initiative ?

Notre objectif avec cette évaluation était de capitaliser sur l’expérience acquise durant ces 16 années d’actions contre le mal-logement. L’enjeu était triple : conforter notre expertise, améliorer l’accompagnement des porteurs de projets et, plus globalement, maximiser les chances de faire émerger des solutions efficaces, durables et susceptibles de faire école.

Comment avez-vous sélectionné les projets évalués ?

Tous sont innovants, ce qui était important car à travers le programme Habitat, nous voulons contribuer à l’émergence de solutions pionnières. Ces projets se caractérisent aussi par leur grande diversité : faciliter l’accès de jeunes à la fois au logement et à l’emploi ; accompagner des ménages dans l’auto-construction de leur maison ou la rénovation énergétique de leur logement ; améliorer les conditions de vie et promouvoir l’insertion de familles Rom ; aider des locataires à se réapproprier le pied de leur immeuble en y aménageant un potager ; ou encore découvrir une ville via des parcours urbains élaborés grâce aux témoignages d’habitants… Cette diversité illustre la variété des problématiques et des pistes que nous explorons non seulement autour du logement, mais aussi du « vivre ensemble » sur un territoire. 

Quels sont les grands enseignements de l’étude ?

Je dégagerais quatre facteurs de succès d’un projet.

Un : Jamais sans les habitants !
L’évaluation a confirmé qu’un projet devait émaner des habitants eux-mêmes ou être porté par des structures qui connaissent très bien leur situation et leurs préoccupations et qui les associent étroitement à leur démarche. Si une association « débarque » sans avoir évalué les besoins locaux, ça ne fonctionne pas.

Deux : tout un écosystème
L’enquête l’a montré : il est essentiel de constituer un réseau de partenaires pour faire avancer le processus. Par exemple, pour un projet d’auto-construction accompagnée à Saint Médard-sur-Ille, Les Compagnons Bâtisseurs de Bretagne ont été « l’agent de liaison » entre tous les acteurs. Sans ce travail, pas de foncier, pas de maitre d’ouvrage immobilier et pas d’accès à l’emprunt bancaire. Ils ont su mobiliser leurs relations.

Trois : faire ses preuves… rapidement 
Les projets qui fonctionnent sur la durée sont ceux qui ont obtenu assez vite des résultats visibles et concrets. Ce n’est pas toujours simple, mais c’est important. Par exemple l’association Franciade l’a bien compris : pour que son projet d’auto-rénovation lancé à Stains prenne forme au niveau des locataires, la gratuité est une condition sine qua non vu l’extrême précarité des locataires. L’association consacre donc l’essentiel du temps de coordination à des recherches de financement tous azimuts.

Quatre : mais jamais de précipitation !
C’est l’enseignement principal, selon moi. Quand un projet échoue, c’est très souvent par manque de préparation. Les études, le temps de la conception, de la concertation… autant de préalables qui peuvent paraître longs aux associations et aux habitants impatients de passer à l’action. Mais la qualité de ces travaux préparatoires est garante de pérennité ! C’est là que la Fondation de France peut d’ailleurs jouer un rôle clé : en donnant en amont, aux porteurs de projet, le temps nécessaire à cette réflexion approfondie qui conditionne souvent le succès d’une initiative.

Et en négatif, en pistes de progrès ?
Je dirais l’excès de modestie ! Le point faible de ces projets souvent formidables, c’est le manque de temps consacré à la formalisation, à l’essaimage, à la transmission. Le savoir-faire est avéré, le faire-savoir doit encore progresser.

Et maintenant, quelles suites allez-vous lui donner ?
L’évaluation va nous permettre de renforcer le programme Habitat à tous les niveaux, de l’instruction des dossiers de candidature pour la sélection des projets à l’aide méthodologique apportée aux acteurs. Par exemple, en proposant des formations. D’ores et déjà, nous avons élaboré un premier outil, une fiche récapitulant les conditions de réussite de projets. Nous avons également décidé de communiquer davantage sur les initiatives les plus prometteuses, comme Enerterre. Ce dispositif expérimente l’auto-réhabilitation partagée de maisons en terre au profit de familles en situation de précarité énergétique, dans le Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin. Et il est exemplaire, tant par les valeurs qu’il véhicule que par la manière dont il est mené et les résultats obtenus !

 

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