Lutte contre le sida : c’est aussi une question de genre !

Lutte contre le Sida

Lutte contre le sida : c’est aussi une question de genre !

06/12/2018

Mobilisée contre le sida depuis le début de l’épidémie, la Fondation de France concentre désormais son action dans les zones les plus touchées, comme l’Afrique sub-saharienne. Au Cameroun, elle soutient trois associations qui abordent le sujet sous un nouvel angle : celui du genre.

De 2010 à 2015, le taux de dépistage du VIH au Cameroun a été multiplié par cinq. C’est le fruit du travail inlassable des associations sur le terrain, dont sept sont soutenues par la Fondation de France. Comme Humanity First et Ngoglituba à Yaoundé, et Alternatives Cameroun à Douala. « Toutes trois ont obtenu un financement dans le cadre de notre appel à projets « Genre et VIH », précise Karine Pouchain-Grépinet, responsable du programme Sida, Santé et Développement.

Au cœur de cet appel à projets lancé en 2009,  un constat : la propagation du VIH se nourrit des inégalités hommes-femmes et contribue à les renforcer. « En Afrique, où la sphère de la santé est encore très féminine, les femmes sont plus souvent dépistées que les hommes et portent davantage le fardeau de l’épidémie. Avec la stigmatisation que cela implique, souligne Karine Pouchain-Grépinet. Dans des sociétés restées très répressives vis-à-vis des minorités sexuelles, si ces femmes sont homosexuelles ou transgenres, cette violence est décuplée. Une répression qui nourrit à son tour l’épidémie… En abordant le sujet par les inégalités de genre, nous avons voulu briser ce cercle vicieux. D’abord centrée sur les femmes, la démarche permet aujourd’hui d’accompagner toutes les sexualités sans oublier les hommes ! »

Femmes, couples, minorités sexuelles…même combat !

L’association Ngoglituba a ouvert un centre médico-social et cherche à impliquer  les conjoints des femmes séropositives dépistées durant leur grossesse. Objectif ? Prendre en charge les couples, que les hommes soient ou non porteurs du VIH, au travers d’entretiens individuels et de groupes de parole.

Les deux associations Alternatives Cameroun et Humanity First veulent, quant à elles, adapter la lutte contre le sida aux minorités sexuelles et aux identités de genre. « Il y a un réel enjeu, souligne Anne-Gaëlle Rolland, instructrice pour le programme SIDA de la Fondation de France. Les lesbiennes, par exemple, risquent entre six mois et cinq ans de prison ! L’insécurité qui encadre leur vie sexuelle a un impact sanitaire : ces femmes ne se manifestent pas auprès des professionnels de santé. »  

Avec le projet « Mirror », Alternatives Cameroun agit sur tous les fronts : de la prévention à la prise en soins, sans oublier le plaidoyer. Parmi les initiatives de l’association : une « semaine du genre » mêlant activités sportives, dépistage et tables rondes, ou une campagne santé organisée chaque mois autour d’un thème, tel le tabac lors de notre dernière mission.  « La campagne est un moyen d’ouvrir tous les services de santé et d’attirer des personnes qui, sinon, ne se déplaceraient pas », explique Anne-Gaëlle Rolland.

Des actions pionnières

Alternatives Cameroun, dont l’action est aujourd’hui reconnue sur la scène internationale, continue à jouer les pionniers. Elle a participé à la mise en place du premier réseau transgenre camerounais et ouvert la première clinique du pays spécialisée dans l’accompagnement des homosexuels. Quant à Humanity First, elle a ouvert une maison refuge pour celles et ceux qui se retrouvent à la rue, du fait de leur orientation sexuelle ou de leur statut sérologique. « Ces associations font bouger les lignes, ajoute Karine Pouchain-Grepinet. Grâce à elles, la lutte contre le sida gagne en efficacité, s’ouvre à de nouveaux champs et permet d’aborder des questions plus larges, comme le respect des droits humains. »