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Précarité

Loin de la rue, aider les mères et protéger leur bébé

26/03/2021

Pour accueillir et prendre soin des jeunes mamans sans domicile et de leur nouveau-né, la Fondation de France soutient des associations qui viennent en aide aux femmes en détresse ou en très grande précarité. Un engagement plus que nécessaire pour accompagner les premiers instants de la vie, par temps de Covid.

C’est une réalité peu connue. Avec la crise sanitaire, le nombre de jeunes mères en situation de grande précarité, se retrouvant sans domicile après leur accouchement a augmenté. En Île-de-France, le Samu Social a dénombré plus de 200 femmes en errance résidentielle avec leur bébé, alors que les hôpitaux ne sont plus en capacité de les garder plus de quelques jours après leur accouchement. Et la situation ne fait qu’empirer, comme le remarque le Docteur Anne de Truchis, responsable de l’unité mère enfants de l’hôpital du Vésinet. Alarmée par cette situation, la Fondation de France est intervenue rapidement en finançant des structures d’accueil de jour pour que les bébés puissent être alimentés, lavés et passer quelques heures au chaud dans un environnement confortable et bienveillant. Pour un soutien plus pérenne, la Fondation de France accompagne des projets à destination de ces jeunes mères dans le cadre de son programme Enfance. C’est le cas de celui porté par la Maison de la jeune fille Jeanne Pannier à Marseille : cette structure propose des ateliers sur les questions de périnatalité à de jeunes migrantes, pour la plupart nigérianes et arrivées récemment en France après avoir été victimes de la traite des êtres humains. Autre projet soutenu, celui de l’Espace Solidarité Insertion Familles d’Emmaüs Solidarité à Paris. Son objectif est d’accueillir et de suivre les parents et les enfants à la rue ou hébergés par le 115, et témoins ou victimes de violences physiques et/ou psychiques. Quant au réseau de périnatalité et d’accès aux soins francilien SOLIPAM, il entend notamment accompagner des femmes enceintes en situation de grande précarité vers une réelle autonomie. Ces quelques projets illustrent la variété des besoins et le panel d’interventions menées par la Fondation de France pour y répondre.

Trois questions à Anne de Truchis

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Chef de service, pédiatre & praticien hospitalier à l’hôpital du Vésinet. Elle est responsable d’un accueil de jour de femmes en situation de précarité au sein d’un service de soins en périnatalité, aidé par la Fondation de France.

Qui sont ces femmes que vous accueillez ?

Outre une hospitalisation conventionnelle et de moyen séjour, nous proposons un hôpital de jour à des femmes rendues vulnérables durant leur grossesse, par des pathologies sous-jacentes. Trois quarts d’entre elles endurent la précarité sociale, certaines sont en errance. Elles présentent des troubles psychiques, un handicap, un déficit intellectuel, des addictions, parfois de façon intriquée, qui vont impacter directement la qualité de leur relation avec leur bébé. Certaines sont des migrantes avec un vécu de maltraitance (mariage forcé, excision, violences), qui les a forcées à quitter leur pays. Comme tous les professionnels, nous remarquons une augmentation des pathologies polytraumatiques chez ces femmes anxieuses, détachées de la réalité.

Quels sont leurs besoins les plus criants ?

La période périnatale est un moment de grande vulnérabilité. Notre service va les « porter » pendant la grossesse et les entourer dans les soins à leur bébé. Elles requièrent toutes des soins psychiques et médicaux (dentaires, ophtalmologiques, nutritionnels, de dépression…). La qualité des soins prodigués à la mère influe sur la relation qu’elle tisse avec son bébé. Et la qualité de ce lien est déterminante pour le bon développement de l’enfant, comme nous l’apprennent psychologues et neuroscientifiques.

Quelle aide leur dispensez-vous ?

L’hôpital de jour propose une prise en charge de quelques mois, sur des demi-journées. Les femmes et leur bébé sont vus en consultation par des médecins (pédopsychiatre, pédiatre, gynécologue, médecin généraliste), une psychologue, une psychomotricienne. Elles bénéficient de soins accompagnés par une puéricultrice et des auxiliaires. Elles participent à des groupes de parole autour de l’allaitement, des massages pour bébés, de la puériculture… Et elles se retrouvent autour d’un repas thérapeutique pour un moment de détente et d’information. Il n’existe que deux services de ce type en France ; les ARS réfléchissent à en ouvrir un autre. Chaque année, nous organisons dans le service une fête annuelle où les femmes viennent témoigner de l’intérêt de notre aide. Ce coup de pouce a permis à certaines de trouver un travail, un logement, leur autonomie, de prendre un nouveau départ.