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Environnement

Littoral : attention fragile !

Victimes de l’engouement des hommes, soumis au changement climatique… le littoral et la mer sont des milieux fragiles, et menacés. Comment mieux gérer ces espaces si précieux ? La Fondation de France mobilise l’intelligence collective des chercheurs, citoyens et acteurs du littoral.

Le littoral camarguais, ses étangs, ses ajoncs, ses lumières… et son flamant rose. Pour les uns, sa silhouette et sa couleur inimitables font partie des trésors du patrimoine régional. Pour les autres, son appétit et son développement l’apparentent à un nuisible mettant en péril la riziculture… Bref, cet oiseau emblématique suscite des réactions contrastées !

C’est dans ce contexte que la station biologique de la Tour du Valat (Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes) a lancé une étude de grande ampleur avec le Parc naturel régional de Camargue. Une démarche soutenue depuis trois ans par le programme Littoral de la Fondation de France.

Sa mécanique ? D’abord mesurer la perception de l’espèce par les différents acteurs du territoire, grâce à des enquêtes s’appuyant sur une cartographie participative. « Puis développer les scénarios d’évolution de la présence des flamants roses, de leurs déplacements sur ce territoire, en fonction des changements climatiques, hydrologiques, environnementaux… » expliquent Lisa Ernoul et Arnaud Béchet, responsables du projet. Ensuite, rapprocher les deux données (les perceptions actuelles vs les déplacements prévisibles) pour repérer les « zones à risques », là où des conflits d’intérêt (écologique, agricole, économique, touristique…) peuvent survenir. Enfin, dans une dernière séquence, présenter ces résultats aux acteurs du territoire (associations, professionnels, élus locaux, gestionnaires d’espaces protégés…), pour éclairer le débat public et les décisions d’aménagements futurs.

Ce projet « Flamants roses de Camargue » est l’un des 85 projets de recherche soutenus depuis 2011 par le programme Littoral, dont la priorité est de mieux comprendre pour agir. Un programme qui mobilise chaque année 1,5 million d’euros, en réponse à des enjeux de plus en plus aigus. Avec une surdensité de population (2,5 fois plus élevée qu’à l’intérieur des terres), et avec les pics de fréquentation estivale… le littoral est littéralement sous pression. Et ses équilibres naturels sont fragilisés, avec l’érosion des côtes, la disparition des dunes, la multiplication des évènements extrêmes.

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C'est la prévision de montée de la mer à 2100. En France, 1,4 million d’habitants seraient ainsi soumis au risque de submersion marine.

Une approche à 360°

Le premier axe du programme – anticiper les effets du changement climatique – explore les causes et les conséquences du réchauffement et de l’acidification des océans, de la montée des eaux, de la multiplication des tempêtes. Le second – penser et panser la nature en milieu littoral et marin – adresse les questions de biodiversité, de gestion des écosystèmes et des ressources naturelles. Le troisième enfin – vivre et travailler en milieu littoral et marin – traite des usages : urbanisme, agriculture, pêche, tourisme, éducation, etc. « Au total, une approche à 360°, pour saisir la question du littoral dans toutes ses dimensions », souligne Yves Henocque, écologue à l’Ifremer et président du comité d’experts Littoral.

Des dimensions de plus en plus imbriquées. Car dans ce milieu, l’homme et la nature interagissent constamment, et parfois à très long terme. Ainsi par exemple, les travaux de canalisation sur les fleuves, menés au début du XXe siècle, se révèlent-ils aujourd’hui lourds de conséquences… pour les plages, qui reculent faute de sable et de sédiments issus de ces fleuves !

De même, on connaît l’impact de certaines pratiques agricoles sur la biodiversité marine (voir encadré ci-dessous)… sans parler des pollutions marines, issues à 80 % de la terre. « Ainsi, l’homme, la terre, la mer… tout est lié ! Pour agir au plus juste dans un environnement et des dynamiques aussi complexes, il faut mobiliser des équipes pluridisciplinaires, explique Thierry Gissinger, responsable du programme Environnement. Géographes et écologues en tête… mais aussi sociologues, ethnologues, économistes, historiens, archéologues, urbanistes, voire même juristes ! »

Il en est ainsi du projet AlternaLiVe (Alternatives littoral vulnérable), soutenu depuis 2012, et mené par une équipe associant chercheurs en droit de l’urbanisme, en géomorphologie et en sciences humaines, autour de Marie-Laure Lambert, de l’université d’Aix-Marseille. « Avec la montée des eaux et l’érosion littorale, l’idée d’un "recul stratégique" des habitations est apparue dans le débat public, raconte-t-elle. Comment anticiper au mieux ce déplacement des populations et des activités ? Dans quels délais ? Avec quels outils juridiques ? Aujourd’hui, ce sujet est un "angle mort" de notre droit. »

Des scénarios et des solutions

« Notre recherche a donc associé une démarche d’enquête sociologique – pour appréhender le ressenti des habitants soumis au risque submersion – et la modélisation de scénarios (planification du déplacement des populations, nouveaux outils juridiques…), pour proposer une gamme de solutions opérationnelles aux populations comme aux décideurs. Et ceci, sur des territoires aussi différents que la Côte d’Azur et la Guadeloupe ! », explique Marie-Laure Lambert.

Cette large communauté de chercheurs a naturellement vocation à croiser ses observations, mais aussi à intégrer l’expérience de la société civile. C’est l’objet des Journées territoriales régulièrement organisées par la Fondation de France (à Brest et Ouessant en 2016 et à Agde et sur la côte du Golfe du Lion en 2018).

C’est aussi l’esprit du nouvel appel à projets ouvert en 2018, qui encourage encore davantage la collaboration entre les experts scientifiques et les habitants, les élus, les associations, les entrepreneurs… bref, entre tous ceux qui vivent sur et avec le littoral. Pour imaginer ensemble les voies d’une cohabitation durable.

Des vaches, des cochons, des légumes et la mer…

Pesticides, nitrates, effluents d’élevage, déboisement… sur le littoral, l’agriculture est souvent accusée de tous les maux. Le projet Parchemins (Paroles et chemins de l’agriculture littorale) porté par l’INRA et soutenu par la Fondation de France mobilise 15 chercheurs sur la question. Cartographie de l’agriculture littorale, enquête ethnographique et émissions radio pour partager ces résultats : de quoi favoriser le dialogue entre « gens de mer », « gens de côte » et « gens de terre ».

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