Interview

L'été, période de vulnérabilité pour les personnes âgées

01/08/2019

Virginie Meissonnier et Marilou Blot sont bénévoles au sein de la Fondation de France Grand Ouest, référentes du programme Personnes âgées, respectivement en Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire. Elles partagent leur regard expert sur les enjeux du grand âge et reviennent sur les projets qui les ont marqués. Entretien.

La question de la solitude des personnes âgées se pose partout en France… En quoi évolue-t-elle pendant l’été, et spécifiquement dans les régions du Grand Ouest ?

Virginie Meissonnier : La période estivale est une période de rupture pour les personnes âgées. Les activités régulières sont supprimées, le personnel à domicile prend ses congés et de nouvelles têtes prennent le relais. Enfin si certains ont la chance de recevoir leurs enfants, pour d’autres, les proches partent en vacances, parfois pour des destinations lointaines. Quand je travaillais en maison de retraite, il était fréquent que les familles nous demandent de ne pas prévenir leurs aînés de leurs départs… pour éviter une source de stress. En Bretagne, je remarque aussi qu’un certain nombre de personnes âgées vivent seules, dans des petits villages, notamment celles qui  font le choix de vieillir dans leur maison de vacances, en déconnexion avec leur lieu de vie originel, et dans des logements parfois inadaptés au grand âge. Tout cela peut venir renforcer des situations d’isolement, que l’on retrouve aussi en ville.

Depuis 2003, avez-vous vu des changements importants dans la prise en charge de ce problème ?

Marilou Blot : La canicule de cette année-là a eu des conséquences importantes dans la prise en charge de la vieillesse. L’évolution majeure réside sans doute dans une prise de conscience, une plus forte sensibilisation à la situation des personnes âgées qui vieillissent à domicile et au rôle des familles vis-à-vis de leurs proches. D’un point de vue pratique, on constate de nombreuses initiatives : des relais ont été mis en place, par exemple les systèmes de liste d’appels proposés par la ville de Rennes. Dans les Ehpad, le suivi a été renforcé, des pièces rafraîchies ont été créées.

Parmi les projets que la Fondation de France Grand-Ouest a soutenu ces dernières années, quels sont ceux qui ont particulièrement retenu votre attention ?

Virginie Meissonnier :  Récemment, le projet du village de Coësmes en Ille-et-Vilaine, où les habitants ont décidé de reprendre un café m'a marqué. L’enjeu du Bistrot Lab : devenir un espace de partage intergénérationnel autour d’activité diverses - concerts, belote, expositions, etc. - ce qui aide ainsi à rompre la solitude des aînés.

Marilou Blot : La Fondation de France Grand Ouest soutient de nombreux projets. En ce moment, en tant que référente, je regarde tout particulièrement les projets mettant en place des nouvelles formes d’habitat : habitat partagé, béguinage, maison Carpe Diem, etc. Aussi dernièrement, j’ai particulièrement apprécié le projet Manoir des sources esprit Carpe Diem au sein du centre médico-social Basile Moreau dans la Sarthe. L’objectif : proposer un espace de vie proche d’une maison classique, au centre d’un Ehpad, pour les personnes atteintes d’Alzheimer. Il s’agit ainsi de créer un lieu chaleureux, convivial afin que les résidents retrouvent les repères de leur domicile. Au-delà de cet exemple, la Fondation de France Grand Ouest soutient tous les ans des initiatives très diverses : du soutien à une chorale intergénérationnelle à la sensibilisation aux questions liées à la fin de vie. Avec un fil rouge : innover pour mieux intégrer les personnes âgées.

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Marilou Blot a exercé en tant que directrice d’Ehpad. Elle a également été bénévole pour l’association France Alzheimer 49 où elle était responsable de la commission projets. Pour la Croix-Rouge à Angers, elle a été référente du projet Halte répit à destination des personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer et leurs proches.

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Virginie Meissonnier a exercé en tant que responsable d’un Ehpad, puis en tant que responsable adjointe de la direction Habitat social de la ville de Rennes. Par ailleurs, elle a été bénévole pour l’association le Bistrot mémoire, lieu d’accueil pour les personnes atteintes de troubles de la mémoire et leurs proches.