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Les technologies, moteurs d’intérêt général ?

Le numérique pour les personnes âgées : l’une des applications des technologies au service de l’intérêt général.

Les technologies sont partout dans la vie… pour le meilleur ou pour le pire ? La Fondation de France se mobilise convaincue qu’innovation technologique et intérêt général doivent se conjuguer.

Tout a commencé… dans la rue. Mobilisée par le nombre croissant de sans-abri confrontés au grand froid, l’association Femmes de demain décide de développer une solution pour parer à l’urgence : l’idée du « Manteau d’avenir » est née. Un manteau pour le jour se transformant en duvet la nuit, conçu pour résister à des températures de -5°, grâce à un isolant provenant de produits recyclés. Traité anti-bactérien, facilement transportable, fabriqué en France… « Ce produit à la fois technique et solidaire nous a immédiatement intéressés, explique Bertrand Delesalle, président de la Fondation Today Tomorrow Textiles, qui a financé la fabrication des premières séries et leur distribution lors d’une maraude à Lille en 2017. La démarche était en effet en ligne avec notre projet : accélérer la recherche et la promotion des solutions textiles T innovantes, particulièrement dans les domaines du développement durable et de l’humanitaire ».

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Lutte contre l’exclusion, mais aussi progrès médicaux, traitement des pollutions, transition énergétique, mobilités intelligentes, accès à la connaissance ou encore développement des mégalopoles : pour tous ces défis du XXIe siècle, la technologie et notamment le numérique sont une partie de la réponse.

C’est pourquoi la Fondation de France accompagne ce mouvement qui rapproche culture scientifique et missions sociétales. « Entre les fondations d’établissements d’enseignement, les fondations d’entreprises ou de particuliers, ce sont près d’une centaine de structures abritées qui agissent dans ce domaine » précise Fréderic Bérard, référent fondations. Et la Fondation de France agit également pour une ingénierie humaniste en soutenant des projets dans le cadre de ces programmes. »

 

Susciter les vocations

Si le monde de demain a besoin d’ingénieurs… il faut susciter les vocations et encourager les talents. « Un enjeu majeur : trop de bacheliers se détournent de la formation d’ingénieurs ! » souligne Laurent Billès-Garabédian, président d’honneur des anciens élèves de l’École polytechnique et vice-président d’Ingénieurs et scientifiques de France. « Et parmi nos étudiants, seuls 15 à 20 % sont des filles, alors qu’on ne manque pas de lycéennes brillantes en terminale S. De même, certains jeunes manquent d'information ou n'ont pas les codes sociaux pour poursuivre vers des études scientifiques ». Il y a là une perte de chance, pour la société dans son ensemble comme pour les individus, en termes d’emplois non pourvus et d’opportunités industrielles manquées. Les fondations d’écoles d’ingénieurs se mobilisent donc naturellement pour soutenir la scolarité des étudiants en difficultés sociales, pour encourager la diversité et le développement de projets solidaires.  

C’est ainsi que le projet Techno’Guide, un gilet connecté qui permet aux athlètes non-voyants de s’entrainer en toute autonomie grâce à un système de guidage de géolocalisation, a vu le jour. « Le techno’guide s’inscrit parfaitement dans le projet stratégique de l’école, en particulier sur le développement d’objets connectés ainsi que dans la démarche « ingénieur solidaire », engagée au bénéfice du handicap, au service d’un monde plus responsable », précise Francis Ley, responsable de la Fondation de l’Ecole nationale des ingénieurs de Metz. Le prototype pensé et réalisé par les élèves de l’ENIM a été testé par un athlète de haut niveau non voyant et devrait être industrialisé pour la préparation des Jeux para-olympiques 2024.

Pour une écologie des relations hommes-machines

Par Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, membre de l'académie des technologies, auteur de Le Jour où mon robot m’aimera : vers l’empathie artificielle, paru chez Albin Michel

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Avec le numérique, nous vivons une période de ruptures technologiques majeures, qui suscite des réactions extrêmes. Certains voient dans l’intelligence artificielle la solution à tous les périls… d’autres la fin de la civilisation ! Défendre, comme le fait la Fondation de France, une vision inclusive de l’innovation technologique, c’est une approche exigeante qui nous renvoie à notre responsabilité : la technologie sera ce que nous en ferons.

Nous avons été, il est vrai, en partie dépassés par la place des smartphones et écrans dans nos vies. Cette expérience doit nous amener à mieux penser la nouvelle ère qui s’annonce, celle de la robotique. Quelle place voulons-nous pour les robots ? Comment développer des usages qui favorisent la sociabilité, l’autonomie et l’humanité ?

Nous avons sur ces sujets un pouvoir d’initiative ! Ces questions engagent nos responsabilités de parents, de citoyens, de consommateurs… et bien sûr quand c’est le cas, d’ingénieur et d’entrepreneur !

L’innovation au service du bien commun

Au-delà de la formation et de la recherche, l’émergence d’une société créative et résiliente passe aussi par le soutien à la conception de solutions, de produits, de procédés innovants. C’est une des missions de la Fondation de France, qui à travers son programme Personnes handicapées, a soutenu My Human Kit. Ce projet, qui est né afin d’aider Nicolas Huchet, ayant perdu sa main lors d’un accident de travail, utilise le numérique pour créer des prothèses bioniques. Bionicohand est la première main bionique fabriquée à moindre coût et créée en Open source. Les plans et les codes sont accessibles gratuitement en ligne et des tutoriels permettent à d’autres personnes en situation de handicap de la reproduire et l’adapter. Surmonter son handicap en le transformant en atout par l’invention, le partage et la fabrication d’aides techniques est également l’objectif de l’association E-nable France. Soutenue par la Fondation AstraZeneca, elle fédère un réseau de personnes qui utilisent l’impression 3D pour fabriquer des mains, pour des personnes qui en ont le besoin, notamment les enfants.

Si tous les domaines de l’ingénierie sont ainsi soutenus par les fondations abritées, la mobilisation du numérique au service du bien commun constitue un champ aujourd’hui stratégique. Notamment pour Anne Bouverot, créatrice de la Fondation Abeona, qui met l’intelligence artificielle au service de l’égalité hommes- femmes ! « Par exemple, nous ne sommes pas égaux face à la maladie, souligne-t-elle. La maladie d’Alzheimer touche plus les femmes que les hommes, sans que l’on sache pourquoi. Aujourd’hui, la science des données et l’intelligence artificielle peuvent améliorer la compréhension, le dépistage et le développement de traitements individualisés. La Fondation Abeona et l’Institut du cerveau et de la moelle épinière s’associent sur des projets pour la sclérose en plaques et les maladies neurodégénératives. » 

Quant à la Fondation Afnic pour la solidarité numérique, elle encourage les initiatives solidaires qui s’appuient sur les usages numériques. C’est le cas du Cloud Solidaire de l’association Reconnect soutenue par la fondation qui permet à des personnes sans domicile, un public éloigné du numérique, de stocker leurs documents administratifs, leurs photos ou papiers personnels importants dans un coffre-fort numérique. Une technologie qui a déjà changé la vie de 6 000 personnes, et qui a été récompensée par un Laurier cette année !  

Grand pouvoir, grandes responsabilités

L’accélération des avancées scientifiques et technologiques va transformer nos modes de vie, mais détermine aussi le futur de l’humanité. Pour le meilleur ou pour le pire ? La responsabilité de l’ingénieur est engagée, il doit questionner les conséquences des progrès techniques auxquels il travaille. « Or les écoles et les universités proposent aujourd’hui des formations tournées vers le savoir et le savoir-faire. Le "savoir-être" et le "savoir-penser", sont souvent considérés comme une cerise sur le gâteau » regrette Laurent Billès-Garabédian.

Regard partagé par Danielle et Marc Mainguené, dont la Fondation Anthony Mainguené vise à promouvoir les prises de consciences éthiques, et organise des cycles de formation, des rencontres, tables rondes, colloques… dans nombres d’écoles d’ingénieurs et d’universités. « Développer une conscience élargie de leur mission, une responsabilité prospective, une capacité d’analyse et un engagement humain, notamment quant à la révolution numérique bouleversant nos relations à l’autre et au temps… cela donne du sens à leur vie, et contribue au bien-être personnel et professionnel des ingénieurs, témoignent-ils. Les jeunes que nous rencontrons sont demandeurs d’éthique ». Bonne nouvelle !