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Recherche & innovation

Les Prix médicaux de la Fondation de France 2015

Soutenir les progrès de la science et de la médecine est au coeur des priorités de la Fondation de France depuis sa création en 1969. Grâce à ses donateurs, elle consacre annuellement près de 10 millions d’euros à la recherche médicale. Au-delà de cet indispensable engagement pour accompagner les avancées de la médecine dans la durée, la Fondation de France et plusieurs fondations placées sous son égide remettent chaque année des Prix médicaux qui saluent le travail des équipes et encouragent la vocation des jeunes chercheurs.
 

 

Le Grand Prix de la Fondation de France

Le Grand Prix de la recherche de la Fondation de France est décerné à une équipe déjà soutenue à travers ses programmes, récompensant ainsi l’avancée de travaux de recherche originaux et innovants, qui déboucheront à terme sur des applications en santé publique. La Fondation de France a en effet le souci de faire progresser la recherche sur les pathologies particulièrement dévastatrices, telles que le cancer et les maladies cardiovasculaires par exemple. À l’heure où les avancées des connaissances sur le développement du cerveau sont cruciales pour mieux comprendre les troubles des apprentissages, l’autisme et certaines maladies psychiques, la Fondation de France réaffirme son soutien à la recherche sur le neurodéveloppement en attribuant ce Grand Prix.

 

Ghislaine Dehaene-Lambertz
Directrice de l'équipe de Neuroimagerie du Développement, INSERM U992, Neurospin, Université de Paris Saclay

 

 

Des capacités à apprendre dès la naissance

Le cerveau présente une organisation complexe et largement influencée par l’apprentissage qu’il tire de son environnement. Comprendre son développement est crucial pour mieux connaître des pathologies telles que la dyslexie, les troubles de l’attention ou l’autisme et ainsi, mieux aider les malades et leurs familles. L’équipe de Ghislaine Dehaene-Lambertz étudie le développement cognitif humain avec le support de technologies d’imagerie cérébrale avancées. Ses travaux ont notamment révélé que les réseaux du langage étaient déjà très organisés et proches de ceux de l’adulte dès les premiers mois de vie. Le nourrisson est rapidement capable de repérer les répétitions de certains sons dans la parole en utilisant l’information auditive, puis en la complétant d’informations visuelles et motrices au fur et à mesure qu’il essaie d’imiter ses proches. En effet, vers 3 mois, au moment où les vocalisations du nourrisson augmentent, la maturation d’un large faisceau de fibres nerveuses s’accélère. Ce faisceau, appelé « faisceau arqué », relie les régions du cerveau où la parole est perçue et celles où elle est produite. Selon Ghislaine Dehaene-Lambertz, c’est probablement cette configuration cérébrale particulière à l’espèce humaine qui permet au nourrisson d’être si efficace pour apprendre à parler et communiquer avec son entourage

 

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Le Prix de la Fondation de l'oeil

La recherche en ophtalmologie bénéficie de peu de crédits, alors même que les maladies de l’oeil constituent un problème de santé publique de plus en plus préoccupant. Ce prix récompense des travaux de recherches originaux ou innovants dans le domaine de l’ophtalmologie ou des sciences de la vision, ayant des applications en termes de santé publique, tant dans les avancées thérapeutiques que dans l’amélioration de la prise en charge des maladies de l’oeil et de la vision.

Le lauréat de ce prix, doté de 50 000 euros, a été désigné par le comité Maladies de l’oeil de la Fondation de France, présidé par le Pr Bahram Bodaghi, coordinateur du département hospitalo-universitaire Vision et Handicaps à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

 

vignette-prix-medicaux-viellard.jpg Thierry Léveillard : Directeur de l’équipe « Viabilité de la signalisation des RdCVF pour les thérapies des dégénérescences rétiniennes non héréditaires », département de génétique, Institut de la Vision, Paris.

Vers une thérapie génique de la rétinopathie pigmentaire

Notre vision est assurée par deux types de neurones rétiniens sensibles à la lumière : les « bâtonnets », actifs que lorsque la luminosité est faible, et les « cônes », qui répondent à la lumière du jour et perçoivent les couleurs. Chez les patients souffrant de rétinopathie pigmentaire, une maladie dégénérative de l’oeil d’origine génétique, la cécité survient à cause de la perte des cônes qui suit celle des bâtonnets. L’équipe de Thierry Léveillard a découvert que les bâtonnets sécrètent une protéine indispensable à la viabilité des cônes (Rod-derived Cone Viability Factor ou RdCVF). Elle a ensuite montré que le gène qui commande RdCVF produit également une enzyme qui protège les bâtonnets du stress oxydatif. Les travaux récents de Thierry Léveillard ont permis d’élucider le mécanisme d’action de RdCVF sur les cônes. Ceux-ci possèdent à leur surface un récepteur interagissant avec RdCVF, qui transmet un signal de survie. RdCVF stimule vers ce récepteur un transport du glucose, métabolisé dans la cellule selon un processus énergétique très particulier pour réparer les zones endommagées par le stress oxydatif. Il devient possible d’envisager une thérapie de la rétinopathie pigmentaire par RdCVF pour stimuler la repousse des régions lésées des cônes avant que ceux-ci ne soient détruits. 

 
 

Les Prix médicaux des Fondations sous égide

Prix Philippe Chatrier

La Fondation Philippe Chatrier a été créée en 2001 par Jean-Philippe Chatrier en mémoire de son père, Philippe Chatrier, qui dirigea la Fédération Internationale de tennis et la Fédération Française de tennis, consacra sa vie au développement de ce sport, et décéda des suites de la maladie d’Alzheimer. Elle finance la recherche sur cette maladie et bénéficie de soutiens financiers, particulièrement celui de la Fédération Française de tennis et du trophée de golf Philippe Chatrier. Le prix Philippe Chatrier récompense un jeune chercheur pour un travail de recherche fondamentale ou clinique dans le domaine de la maladie d’Alzheimer.

Le lauréat de ce prix, doté de 5 000 euros, est désigné par le collège médical de la Fondation Philippe Chatrier et présidé par le Pr Jean-Jacques Hauw. 

 

vignette-prix-medicaux-cecon.jpgErika Cecon
Post-doctorante dans l’équipe du Dr Ralf Jockers, « Département endocrinologie, métabolisme et diabète », à l’Institut Cochin, Paris.

La maladie d’Alzheimer décryptée par la recherche en biologie
Les mécanismes biologiques de la maladie d’Alzheimer restant mal compris, aucun traitement efficace n’est encore disponible et la recherche dans ce domaine doit être poursuivie. Cette maladie neurodégénérative se caractérise par la présence d’agrégats d’une forme de protéine, le peptide beta-amyloïde (Ab), néfaste pour le système nerveux. Ce peptide serait responsable du mauvais fonctionnement des neurones et des troubles de la mémoire observés chez les patients. Erika Cecon étudie son effet sur la fonction de plusieurs récepteurs situés sur les membranes des cellules et impliqués dans la signalisation des hormones ou la neurotransmission. Ses travaux ont notamment montré que le peptide Ab perturbait l’action des récepteurs de la mélatonine qui protègent les neurones et régulent les cycles de veille et de sommeil. Erika Cecon va maintenant chercher à préciser, en collaboration avec l’équipe du Dr Lambert de l’Institut Pasteur de Lille, si les variations génétiques des récepteurs de la mélatonine peuvent en soi représenter des facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer. Ce projet a également pour ambition de définir précisément tous les récepteurs auxquels se lie le peptide Ab sur les cellules, une étape fondamentale pour le développement de nouveaux médicaments. 
  

Prix Soeurs Lucie et Olga Fradiss

Créée en 1993, la Fondation Lucie et Olga Fradiss, attribue chaque année trois Prix récompensant des travaux, d’une part, dans le domaine de la recherche médicale – en cancérologie et en cardiologie – et, d’autre part, en histoire de l’art. Le Prix Soeurs Lucie et Olga Fradiss, remis cette année dans le cadre des Prix médicaux de la Fondation de France, est décerné à un chercheur français ou une équipe de cancérologie fondamentale, en partenariat avec l’Institut Gustave Roussy de Villejuif. Le lauréat de ce Prix, doté de 23 000 euros, est désigné par un jury composé d’au moins sept cancérologues et présidé par le Pr Jean Feunteun, professeur des universités à l’Institut Gustave Roussy.
 

Le lauréat de ce prix, doté de 23 000 euros, est désigné par un jury composé d’au moins sept cancérologues et présidé par le Pr Jean Feunteun, professeur des universités à Gustave Roussy.

 
vignette-prix-medicaux-azevedo.jpgIsabelle Plo Azevedo​
« Hématopoïèse normale et pathologique » (Inserm UMR1170), Gustave Roussy, Villejuif.

Cancers du sang : une particularité chromosomique à risque

L’équipe d’Isabelle Plo Azevedo se consacre à l’étude des néoplasmes myéloprolifératifs (NMP), un type d’hémopathie maligne auquel appartient notamment la leucémie. Ces maladies, dues à la survenue d’anomalies génétiques au niveau des cellules souches sanguines de la moelle osseuse, se caractérisent par une production anormale de plaquettes et/ou de globules rouges. L’équipe d’Isabelle Plo Azevedo a contribué à l’identification de l’anomalie moléculaire à l’origine d’une prédisposition héréditaire aux néoplasmes myéloprolifératifs. En effet, ses travaux sur des cellules issues de familles atteintes de NMP ont révélé un emplacement précis sur un chromosome (ou locus) incluant deux gènes responsables d’une grande susceptibilité à ces maladies. Si la présence de ce locus ne provoquerait pas à lui seul le développement de NMP, il induirait un changement de comportement de cellules déjà mutées. Celles-ci peuvent être présentes dans la population générale sans conséquence pathologique, mais ce locus particulier favorise l’amplification de leur mutation et l’apparition du cancer. L’équipe d’Isabelle Plo Azevedo a développé des modèles d’anomalie chromosomique identique à celle qui a été identifiée chez l’homme afin de mieux comprendre les mécanismes cellulaires et moléculaires précis de cette prédisposition aux NMP et plus largement, aux hémopathies malignes. 

 

Le prix Marie-Ange Bouvet Labruyère

Cette fondation a été créée en 2005 par les quatre enfants de Madame Bouvet Labruyère. Ces derniers ont souhaité que leur fondation récompense entre autres un chercheur ou une équipe de l’Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière pour ses travaux innovants sur les maladies de la myéline.

 

Le lauréat de ce prix, doté de 20 000 euros, est désigné par le conseil scientifique de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière, présidé par le Pr Alexis Brice.
 

vignette-prix-bodini.jpgBenedetta Bodini

Neurologue et postdoctorante dans l’équipe « Mécanismes de myélinisation du système nerveux central » à l’Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière (ICM), Paris.
 
Une nouvelle technique d’imagerie pour comprendre la sclérose en plaques
La dégénérescence des neurones associée aux formes progressives de sclérose en plaques reste inaccessible aux traitements. Développer des techniques d’imagerie capables de mesurer les dysfonctionnements des cellules qui annoncent une dégénérescence apporterait une aide considérable pour la recherche de nouvelles thérapies. L’équipe de Benedetta Bodini a utilisé l’IRM associée à la spectroscopie de diffusion, une technique récente permettant de quantifier la diffusion de certains composés des cellules, afin d’étudier la substance blanche et le thalamus du cerveau de personnes atteinte de sclérose en plaques. Elle a constaté que la diffusion de N-acetyl-Aspartate (NAA), une substance produite par les neurones et représentative de son fonctionnement, y est réduite, tout comme celle de créatine, une substance impliquée dans l’apport d’énergie aux cellules. Benedetta Bodini va réaliser une étude permettant de mesurer l’atteinte fonctionnelle des neurones et le déficit des cellules en énergie par spectroscopie de diffusion durant la phase précoce de la sclérose en plaques progressive. Elle va pour cela comparer la diffusion du NAA et de la créatine dans le cerveau et la moelle épinière de patients avec celle d’un groupe témoin. Les résultats obtenus permettront de mieux comprendre les premières phases de la sclérose en plaques et développer des marqueurs d’imagerie utiles pour de futures études thérapeutiques. 

Le prix Thérèse Lebrasseur

Créée en 1978 par testament, la Fondation Thérèse Lebrasseur décerne un prix annuel à un ou plusieurs chercheurs de l’Institut Pasteur qui n’a jamais eu recours à la vivisection.
 
Les lauréats de ce prix, doté de 50 000 euros, sont désignés par le conseil scientifique de l’Institut Pasteur, présidé par le Pr Pascale Cossart.
 

vignette-prix-medicaux-shorten.jpgSpencer Shorte
Directeur d’Imagopole et responsable de la plate-forme d’imagerie dynamique de l’Institut Pasteur, Paris.

Le vivant mis en lumière avec une longueur d’avance

Spencer Shorte est responsable d’une plateforme d’imagerie de pointe qui propose et développe des outils innovants pour aider les chercheurs à mieux comprendre les processus biologiques, en particulier dans les domaines de l’immunologie et des maladies infectieuses. Ce pôle d’expertise travaille en étroite collaboration avec les centres de recherche clinique et technologique de l’Institut Pasteur et initie de nombreux partenariats avec des structures similaires ou complémentaires. De cette plateforme est également née une entreprise d’informatique qui fournit aux industries des outils facilitant la conduite de leurs recherches. L’une des premières réalisations de Spencer Shorte a été une nouvelle technique d’imagerie en haute résolution permettant de visualiser une cellule vivante en 3D et à 360°. Depuis, il a participé à la mise au point d’autres technologies telles que la microscopie à diffraction cônique, qui permet d’observer des virus et des protéines trop petites pour les microscopes optiques actuels, ou encore une méthode d’amélioration des capacités de détection de la lumière dans les tissus biologiques et leur milieu, qui peut avoir des applications dans la recherche comme en diagnostic. Plus récemment, il a codirigé le développement d’un tout nouveau système pour l’optogénétique* permettant un meilleur contrôle de l’illumination des microscopes en intensité, dans le temps et dans l’espace. 
* Technologie d’observation de l’activité des neurones par l’insertion de gènes produisant des protéines réactives à la lumière bleue

vignette-prix-medicaux-zimmer.jpgChristophe Zimmer
Responsable de l’unité « Imagerie et Modélisation », Institut Pasteur, Paris.

Des outils innovants pour observer le fonctionnement des cellules

L’équipe de Christophe Zimmer se consacre au développement de nouvelles techniques d’observation et de modèles informatiques aidant à mieux comprendre la biologie de la cellule. Elle a notamment mis au point une méthode d’imagerie par ordinateur permettant d’observer  finement l’architecture spatiale du noyau de cellules modèles vivantes. Cette méthode a révélé une organisation territoriale forte des éléments du noyau et a permis de visualiser son remodelage lors de l’expression de certains gènes. L’équipe a également créé un modèle informatique capable d’expliquer  et de prédire l’organisation et la dynamique des chromosomes, ainsi que leurs conséquences sur les mécanismes de réparation par la cellule des dommages subis par l’ADN. Par ailleurs, l’équipe de Christophe Zimmer a apporté des améliorations importantes à des techniques d’imagerie optique à haute résolution et créé de nouveaux outils informatiques qui ont accéléré leur démocratisation. Elle a notamment mis au point une méthode innovante pour visualiser des molécules - dont celles de pathogènes - sans altérer leur fonctionnement. Ce système a permis d’observer pour la première fois dans une cellule, le VIH (virus du sida) et la capside (structure cellulaire contenant son génome) à une résolution d’environ 30 nanomètres. 
 

Les prix Jacques Monod

La Fondation Jacques Monod a été créée en 1979 par Jacqueline Bernard à la mémoire de ce chercheur, lauréat en 1965 du Prix Nobel de médecine. Elle décerne chaque année un ou plusieurs prix à de jeunes chercheurs ayant entrepris des travaux portant sur les aspects moléculaires des régulations cellulaires. 

Présidé par le Pr Agnes Ullmann, professeur honoraire à l’Institut Pasteur, le jury de ce prix est composé de chercheurs reconnus, dont certains ont travaillé avec Jacques Monod. Cette année, les prix sont dotés de 8 000 euros chacun.

 

vignette-prix-medicaux-krasteva.jpgPetya V. Krasteva
Post-doctorante au département de Biologie structurale de la sécrétion bactérienne à l’Institut Pasteur de Paris.

Le biofilm bactérien, une « armure » percée à jour
Petya V. Krasteva étudie les protéines qui composent le biofilm des bactéries, une « matrice » externe qui leur sert de moyen de protection et de communication intercellulaire. Ce biofilm joue un rôle majeur dans leur adaptation à l’environnement et leur survie, mais aussi dans leur virulence. En effet, il contribue chez l’homme à la puissance de l’action pathogène, à la résistance aux antimicrobiens et au développement d’infections chroniques. Chez certaines bactéries, et surtout les « Gram-négatives », les interactions entre l’environnement et l’intérieur de la cellule menant à la formation du biofilm sont orchestrées par une molécule appelée « c-di-GMP ». Petya V. Krasteva a étudié plusieurs récepteurs de ce messager et a décrit leur mode de signalisation dans la cellule et leur rôle dans la régulation génétique de la bactérie. Elle a ainsi apporté des connaissances nouvelles sur les mécanismes de formation du biofilm, potentiellement utiles pour la mise au point de nouvelles thérapies anti-infectieuses. Actuellement, Petya V. Krasteva étudie comment la signalisation de c-di-GMP induit la sécrétion du principal composant des biofilms de multiples espèces bactériennes. Elle a décrit l’organisation des protéines de l’enveloppe bactérienne servant à fabriquer la matrice, ouvrant ainsi la voie au développement de médicaments qui pourront apporter une solution à l’antibiorésistance, de plus en plus répandue. 

vignette-prix-medicaux-boel.jpgGrégory Boël
Chercheur responsable de l’équipe « Physiologie et régulation de la synthèse des protéines », Expression génétique microbienne (CNRS FRE3630), Institut de Biologie Physico-Chimique, Paris.

Le ribosome, transformateur du message génétique en protéine

Les gènes de l’ADN codent pour des protéines qui forment l’essentiel de la machinerie du vivant. Ils sont d’abord copiés en ARN « messager » (ARNm), qui est « lu » par une machine cellulaire appelée ribosome pour synthétiser les protéines. Chaque triplet de bases, ces éléments unitaires de l’ARN et l’ADN, forme un codon correspondant à un acide aminé (composé formant les protéines), mais différents codons peuvent coder pour le même acide aminé. En analysant l’expression de nombreuses protéines chez une bactérie modèle, Grégory Boël et ses collaborateurs ont déterminé quels étaient les meilleurs codons pour coder efficacement une protéine. Ils ont aussi montré que la stabilité des ARNm est liée à l’activité des ribosomes et que les ARNm les mieux lus par le ribosome sont les plus stables. Ces travaux enrichissent les connaissances en biologie et permettent d’optimiser la production de protéines recombinantes. Par ailleurs, Grégory Boël a démontré qu’une protéine, EttA, module l’activité du ribosome afin de réguler la synthèse des protéines selon le niveau d’énergie de la cellule. En effet, si la cellule est en carence d’énergie, EttA se fixe au ribosome, stoppant ses mouvements nécessaires à la synthèse les protéines. Si son énergie augmente, EttA se dissocie du ribosome. Ce mécanisme original est sans doute présent dans de nombreux organismes vivants, dont l’homme.

Le prix Jean et Madeleine Schaeverbeke

Créée en 2002 par testament de Monsieur et Madame Schaeverbeke, tous deux atteints d’un cancer colorectal, la Fondation Jean & Madeleine Schaeverbeke attribue chaque année jusqu’à quatre prix qui récompensent plusieurs doctorants en fin de thèse, post-doctorants ou jeunes chercheurs pour la qualité de leurs recherches relatives au cancer du côlon, au traitement des douleurs associées et aux moyens thérapeutiques de sa rémission ou de sa guérison. 

Les lauréats de ces prix, dotés de 10 000 euros chacun, sont désignés par un comité de chercheurs et de cliniciens français, présidé par le Dr Alain Sarasin, directeur de recherche CNRS à Gustave Roussy.
 

vignette-prix-medicaux-lejeune.jpgCatherine Lejeune​
Chercheur au sein de l’équipe « Épidémiologie et recherche clinique en oncologie digestive », Centre de Recherche « Lipides Nutrition Cancer » (Inserm U866), Dijon.

Cancer colorectal : politique de santé et besoins des usagers
Catherine Lejeune conduit des études médico-économiques sur les stratégies de prévention et de prise en charge du cancer colorectal. Ses premières évaluations ont démontré le bénéfice du test Hémoccult®, contribuant ainsi à la décision de mettre en place le dépistage de masse du cancer colorectal en France, puis l’intérêt des tests immunologiques récents, plus sensibles et plus simples à interpréter. Elle a depuis mené différentes études économiques, en particulier dans les champs du bilan d’extension (série d’examens liés à la surveillance du cancer et à son évolution) et du suivi. Ses travaux ont montré que l’association scanner et TEP* était, à efficacité similaire, source d’économies par rapport au scanner seul et évitait à certains patients une chirurgie exploratoire inutile. Ils ont également montré que le coût de la surveillance après traitement représentait moins de 5% du total de la prise en charge des patients, mais qu’il devait être mis en regard de l’efficacité des stratégies de surveillance, très hétérogènes. Les projets actuels de Catherine Lejeune visent à mieux comprendre les besoins des usagers et leurs choix face aux stratégies de prise en charge du cancer colorectal. Ils allient des sciences humaines et sociales (sociologie, économie) et l’épidémiologie dans le but d’éclairer les politiques de santé concernant cette maladie. 
*Tomographie à émission de positons

vignette-prix-medicaux-sirvent.jpgAudrey Sirvent​
Chercheur au sein de l’équipe « Tyrosine Kinases et Cancer », Centre de Recherche de Biochimie Macromoléculaire (CNRS UMR5237), Montpellier.

Comprendre et cibler les anomalies enzymatiques du cancer colorectal métastatique

Les tyrosine kinases sont des enzymes qui activent ou inhibent de nombreuses fonctions cellulaires : multiplication, survie, invasion... L’activité des « Src kinases », qui font partie de cette catégorie d’enzymes, est fréquemment dérégulée dans le cancer colorectal (CCR), où elles participent à la croissance des tumeurs et au développement des métastases. Ainsi, les Src kinases sont considérées comme une piste prometteuse dans la recherche de nouveaux traitements. Les travaux d’Audrey Sirvent ont permis de mieux comprendre comment ces enzymes étaient activées sans qu’une mutation génétique soit en cause. Audrey Sirvent a découvert que l’enzyme Csk, principal régulateur négatif de l’activité des « Src kinases », était inactivée dans le cancer colorectal, et a décrit les mécanismes de signalisation cellulaire associés. Ses recherches ont également montré que l’expression de SLAP, un autre  régulateur négatif, est souvent perdue au cours de la progression tumorale. Aujourd’hui, Audrey Sirvent cherche à déterminer le rôle d’autres tyrosine kinases impliquées dans le cancer colorectal, dont un récepteur appelé DDR1, fréquemment et fortement activé dans les métastases des patients. Un médicament ciblant ce récepteur pourrait augmenter l’efficacité des thérapies anticancéreuses actuelles.

Les prix Jean Valade

Créée en 1994, la Fondation Jean Valade attribue chaque année deux prix – un prix senior et un prix pour un jeune chercheur – récompensant chacun une découverte dans le domaine médical qui trouve une application diagnostique, physiopathologique ou thérapeutique rapide. Ils sont destinés à distinguer les travaux de chercheurs francophones (y compris au-delà des frontières françaises). Le prix senior est doté de 35 000 euros et le prix jeune chercheur de 18 000 euros. 

Les lauréats sont désignés par un jury composé d’experts français et étrangers, présidé par le Pr Jean-Daniel Sraer, membre de l’Académie nationale de Médecine.
 

 vignette-prix-medicaux-delorme.jpgRichard Delorme
Chercheur à l’unité « Génétique humaine et fonction cognitive » de l’Institut Pasteur et chef du Service de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, hôpital Robert Debré de Paris.

Une étude à grande échelle sur l’ensemble des composantes de l’autisme

L’autisme est un trouble du développement qui se définit aujourd’hui uniquement par ses manifestations : problèmes de communication, difficultés d’interaction sociale, comportements stéréotypés, etc. Si la science découvre de plus en plus d’anomalies génétiques (remaniements, mutations…) semblant influer sur le risque d’autisme, elles ne concernent qu’une partie des patients et sont également présentes dans d’autres maladies comme la schizophrénie ou l’épilepsie. Outre les troubles cognitifs tels que les anomalies du raisonnement social et de la perception liés à la maladie, des particularités au niveau du taux de certains neurotransmetteurs et du volume du cerveau sont parfois constatées. L’autisme serait donc une maladie complexe et très hétérogène entre les individus. Pour progresser dans la compréhension de cette maladie, il s’avère nécessaire de travailler plus largement sur les relations entre les gènes des patients et les manifestations connues de la maladie. Dans cette perspective, Richard Delorme a réuni 1 500 patients et 3 000 de leurs parents afin d’explorer leurs caractéristiques cliniques, biochimiques, cognitives et anatomiques, pour les confronter à des données génétiques. Il cherchera également à identifier des anomalies génétiques plus communes qui, même si elles sont peu puissantes, pourraient être impliquées dans la maladie lorsqu’elles sont nombreuses. Les résultats obtenus permettront de poursuivre la recherche de pointe pour de nouveaux traitements.

vignette-prix-medicaux-roingeard.jpgPhilippe Roingeard
Directeur de l’Unité « Morphogenèse et antigénicité du VIH et des virus des hépatites » (Inserm U966), Faculté de médecine de Tours.

Mise au point d’un vaccin contre l’hépatite B et C

Le virus de l’hépatite C (VHC) induit des maladies chroniques du foie pouvant mener à la cirrhose et au cancer. De nouveaux médicaments guérissent l’infection, mais ils sont coûteux et ne permettent pas toujours de restaurer les fonctions hépatiques altérées par la maladie. Il est donc important de mettre au point un vaccin contre le virus de l’hépatite C : selon l’OMS*, près de quatre millions de nouvelles infections surviennent chaque année dans le monde. Il était déjà connu que les protéines qui enveloppent le VHC constituaient un bon élément de vaccin permettant d’induire des anticorps capables de neutraliser le virus. Jusqu’ici, les chercheurs n’arrivaient pas à produire facilement ces enveloppes et à les purifier, contrairement à celles du virus de l’hépatite B. L’équipe de Philippe Roingeard a réussi à identifier les conditions permettant d’obtenir un assemblage de protéines d’enveloppe VHB-VHC. Son équipe a ainsi pu mettre au point un vaccin qui ressemble au vaccin contre l’hépatite B et peut aussi protéger aussi contre le virus de l’hépatite C. Non seulement il pourrait se substituer aux vaccins contre l’hépatite B actuellement commercialisés, mais il pourrait être produit selon les mêmes procédures que le vaccin contre l’hépatite B, réduisant ainsi les délais et coûts de son industrialisation. 
*Organisation Mondiale de la Santé

Le prix Georges Zermati

Créée en 1986 par une donation de Madame Zermati, la Fondation Georges Zermati récompense un chercheur de l’Institut Pasteur, quelle que soit sa discipline. Le lauréat de ce prix, doté de 7 000 euros, est désigné par le conseil scientifique de l’Institut Pasteur, présidé par le Pr Pascale Cossart.

 
vignette-prix-medicaux-montagutelli.jpgXavier Montagutelli
Responsable de l’animalerie centrale, chercheur à l’unité de génétique fonctionnelle de la souris (CNRS URA2578), Institut Pasteur, Paris.

La génétique de la souris, une science au service de la recherche

Pour comprendre les grandes maladies humaines et trouver de nouveaux traitements, l’observation de modèles animaux tels que la souris reste indispensable. Xavier Montagutelli travaille depuis 25 ans sur la génétique de la souris, apportant ainsi des connaissances précieuses à la recherche par l’étude et la mise au point de modèles. Il a notamment analysé et décrit plusieurs mutations chez la souris que l’on retrouve dans des maladies de peau d’origine génétique chez l’homme. Il a également contribué à la description du premier modèle murin de protoporphyrie érythropoïétique - une maladie sanguine héréditaire - et à la compréhension de son contrôle génétique. Plus récemment, l’équipe de Xavier Montagutelli a découvert sur des lignées de souris sauvages une résistance innée à la peste, contrôlée par quatre gènes situés sur deux chromosomes. Ses recherches actuelles se concentrent sur la résistance à l’infection par la dengue, une maladie parasitaire qui touche chaque année 50 millions de personnes dans le monde et peut revêtir une forme hémorragique mortelle. Grâce à l’arrivée, au sein de l’unité, de lignées de souris d’une diversité génétique sans précédent, Xavier Montagutelli permettra à des équipes de l’Institut Pasteur d’explorer l’influence des différences génétiques sur la résistance aux infections et sur l’immunité.