banniere-haiti2016-missions.jpg

Les missions sur le terrain

Dans chacune de ses interventions en post-urgences, la Fondation de France cherche à être au plus près des besoins des populations affectées. Dans un soucis d’économies de coûts, elle n’ouvre pas de bureaux dans les pays touchés, mais elle assure un suivi rigoureux et de proximité grâce à des missions régulières et à travers des échanges continus avec ses partenaires présents dans les zones sinistrées.

Vous serez aussi intéressé par

3 mois après le séisme

Après le passage de l'ouragan Matthew ​

Une mission d’évaluation de la situation est partie du 10 au 18 octobre pour rapporter la situation dans les villages isolés. Voici le témoignage d’Anne Lescot, envoyée sur place par la Fondation de France.

« Si l’on ne s’est pas rendu sur place, il est presque impossible de se représenter la réalité qui s’est abattue sur Haïti le 3 octobre dernier. Pourtant, c’était bien l’objet de ma mission : aller à la rencontre de la population victime de l’ouragan Matthew et témoigner au plus près de ce que j’ai vu.

Il a fallu rapidement s’organiser, définir les sites à visiter, prendre contact avec nos partenaires locaux…et se rendre compte que eux-mêmes étaient sinistrés et ne savaient pas toujours si nous pourrions accéder aux zones que nous avions repérées.

Car l’ouragan a touché non seulement les habitants mais aussi, les infrastructures. Des ponts se sont effondrés, des éboulements ont bloqué des routes et des chemins, les arbres et les animaux morts ont engorgé les cours d’eau…

Huit jours après la catastrophe, j’ai donc pris la route pour le sud. Au départ, rien de spectaculaire, ce sont quelques champs de bananes couchés, puis viennent les arbres, les toits des maisons, puis les maisons entières, les écoles, les centres de santé…

Aucun espace n’a été épargné. En progressant, le paysage devient littéralement apocalyptique, il passe peu à peu du vert à l’aspect de terre brûlée et quand ils ne sont pas à terre, les arbres sont dépouillés de leurs branches, les palmiers autrefois majestueux, ressemblent à des poteaux. Dans les zones comme celle de Camp-Perrin, végétation et maisons sont à terre, et les habitants, totalement démunis sont en attente de l’aide. J’ai rencontré l’association franco-haïtienne Haïti Futur, qui œuvre dans le secteur éducatif. Cette situation d’urgence, les a obligé à revoir leur mission première, qui consiste au développement du numérique, et à se concentrer sur la reconstruction de 30 écoles. Car permettre aux enfants de retourner à l’école est une priorité. Pas simplement pour leur apprentissage, mais aussi pour apaiser la violence de l’expérience qu’ils ont vécu au moment de l’ouragan, qui a soufflé pendant 12 heures en certains endroits, avec des vents atteignant 260km/h. Mais le trauma ne s’arrête pas une fois l’ouragan passé. Désormais, les enfants et leurs familles vivent les conséquences de la destruction de leur environnement. En allant à Moreau et à Saut-Mathurine, je me suis rendue compte à quel point tous les éléments d’un éco-système sont liés. La disparition de la couverture végétale a eu pour effet immédiat d’augmenter la température ambiante de 3 degrés. La chaleur y est insoutenable. Chacun cherche un peu d’ombre mais n’a nulle part où aller. Les grands manguiers se sont effondrés. Et le drame se poursuit, les bêtes qui avaient réchappé de la tourmente, tombent sous le coup de la chaleur, les unes après les autres sous les yeux de leurs propriétaires. C’est souvent l’unique bien qui leur reste, alors pour empêcher l’inéluctable, les paysans les amènent chaque jour se rafraîchir dans les cours d’eau.

Et puis, il y a la faim qui tenaille les ventres. Trouver de quoi manger ou de l’eau potable relève d’une gageure. Après avoir mangé les animaux décédés pendant l’ouragan, les fruits et légumes tombés à terre, il n’y a plus rien. Les champs ont été totalement dévastés. Les cultures qui étaient attendues pour les prochain mois, ont disparu. Les arbres fruitiers font partie du passé. Les pépinières ont été laminées. L’objectif des cultivateurs est de nettoyer puis de replanter dès que possible des semences à croissance rapide, et des arbres de couverture. Et cela le plus vite possible car la saison des pluies est très proche mais en attendant, ils ont besoin d’aide, et celle-ci arrive rarement dans les zones les plus reculées, qui sont un véritable défi à la logistique. C’est à moto que je suis allée au village de Rhé. Abandonné par les pouvoirs publics, l’unique organisation locale qui y existe, ne sait plus comment gérer la situation. Elle a épuisé ses maigres ressources financières et ne peut que se contenter d’offrir un abri provisoire aux 850 personnes qui n’ont plus de toit.  En d’autres endroits que je traverse, ce sont les grottes qui abritent les sinistrés. Parfois par centaine. A ces conséquences déjà dramatiques, s’ajoute la peur des maladies. L’épidémie de choléra, un temps apaisée, a repris en vigueur. Je croise une femme infectée à Marfranc. Le regard vide, elle est posée sur un brancard porté par deux hommes. Ils s’arrêtent un instant et me disent : « Nous avons faim, nous mourrons ». Au même moment, un camion banalisé s’arrête, ouvre le coffre, la population s’agglutine instantanément. Et la distribution commence. Une des ces distributions qui tournent à l’émeute. Les plus forts repartent les mains pleines, les plus fragiles avec rien.

Tout au long de cette mission, je me suis demandée comment le mieux aider. La situation est un véritable défi, tant pour le gouvernement, les municipalités, les ONG internationales aussi bien que locales.

Il est clair qu’il faut relancer l’économie locale, redonner des moyens aux cultivateurs et à leur familles, les rémunérer pour déblayer, pour réparer et reconstruire les maisons,  pour reconstituer les cheptel local (poulets, chèvres, cochons, vaches). Il n’y a pas la dimension spectaculaire du séisme car le cyclone a touché les campagnes, avec un habitat dispersé, mais il y a davantage de personnes impactées. 

La mobilisation des donateurs est très importante car elle permet de soutenir directement les organisations locales à l’œuvre dans les campagnes, et complètent l’aide d’urgence apportée par les Etats et les institutions et ONG internationales. »