Paroles d'expert

Le secteur associatif, entre vitalité et fragilité

L’enquête Paysage associatif français est devenue une référence incontournable pour la connaissance des associations dans notre pays. Elle présente un état des lieux du secteur et des mutations économiques et structurelles qu’il a connues depuis 2011.

Elle brosse un portrait en demi-teinte du secteur associatif, fort de sa vitalité avec des créations toujours nombreuses, mais marqué par les faiblesses structurelles liées à la baisse des subventions publiques, l’augmentation du modèle de vente de services, et la polarisation entre grandes et petites associations. Les principales conclusions présentées ici donneront lieu à la publication d’un ouvrage en avril 2019.

Une polarisation croissante entre grandes et petites associations

Le premier enseignement majeur de l’enquête est l’augmentation significative du nombre d’associations : de 1 300 000 en 2011, on en compte 1 500 000 en 2017, ce qui représente en moyenne 33 300 nouvelles associations par an. Fait nouveau, cette croissance concerne surtout les petites associations. Dans le même temps, le nombre des associations qui ont recours à l’emploi salarié a diminué.

Le secteur associatif est marqué par un double phénomène de concentration et de polarisation, avec d’un côté des petites associations (75 % de l’ensemble) dont le budget annuel est inférieur à 10 000 euros. Elles représentent 4 % du budget total du secteur, n’ont pas de salariés et sont implantées uniquement localement. Bien souvent, leur portée est limitée à leurs membres. De l’autre côté, les associations qui gèrent des budgets annuels supérieurs à 500 000 euros absorbent peu à peu les associations de moindre taille. Si elles ne représentent que 1,3 % de l’ensemble des associations, elles pèsent en revanche 62,3 % du budget du secteur. Ce sont elles qui captent l’essentiel des financements, notamment publics, pour réaliser essentiellement des missions relevant de la délégation de service public. Entre les deux, les associations de taille moyenne dont le poids relatif et le nombre diminuent, sont souvent fragilisées.

Répartition des associations en 2017 et des budgets en 2011 et 2017 selon le secteur d’activité 

Répartition des associations en 2017 et des budgets en 2011 et 2017 selon le secteur d’activité

 

Un poids économique en stagnation

Les autres mutations concernent le budget total du secteur associatif, qui détermine son poids économique. Pendant les précédentes décennies, le budget cumulé et l’emploi salarié avaient augmenté à un rythme soutenu qui a cependant eu tendance à ralentir dernièrement. Pour la première fois dans l’histoire du mouvement associatif, le budget cumulé des associations s’est stabilisé : le budget annuel moyen a augmenté de 1,6 % entre 2011 et 2017, et s’élève pour cette dernière année à 113 milliards d’euros[2]. Cette évolution est très proche de l’augmentation de l’indice des prix dans la période : le poids économique du secteur stagne donc plus qu’il ne croît.

Des financements publics en baisse, les ventes de services en hausse

L’enquête confirme la diminution des financements publics en direction des associations, et la forte augmentation des ventes de services. Au cours de la période couverte par la précédente étude, on avait déjà constaté un ralentissement de la progression des financements publics mais pour la première fois, ceux-ci ont baissé en volume dans la période 2011-2017. Ce sont les subventions qui ont baissé (de 25 à 20 % en proportion du budget total), car la part des commandes publiques est restée stable entre 2011 et 2017, alors qu’elle avait considérablement augmenté jusque-là. Ce phénomène concerne les grosses associations qui sont amenées à devenir des prestataires de la puissance publique. Ces grandes structures sont aussi les principales captatrices de la générosité privée, dont le mécénat fait partie, bien que sa proportion dans le total du budget soit restée limitée (5 %).

En réponse à la baisse des financements publics, les associations ont davantage recours aux ressources privées. Si la part des cotisations diminue légèrement, c’est la participation des usagers via la vente de services qui augmente très fortement : la part des ressources tirées de la vente de prestations aux usagers est passée de 32 % du budget total du secteur en 2005 à 36 % en 2011, pour atteindre 42 % en 2017. On assiste ainsi à l’évolution d’un secteur associatif qui deviendrait un pourvoyeur de services, entraînant inexorablement une sélectivité des publics sur des critères économiques.

Nature des ressources publiques et privées en 2005, 2011 et 2017 :

Nature des ressources publiques et privées en 2005, 2011 et 2017 :

Quelles perspectives du secteur associatif pour demain ?

L’avenir des associations de taille moyenne constitue l’un des enjeux du secteur. Les petites associations, uniquement gérées par des bénévoles, font vivre le lien social souvent principalement au bénéfice de leurs membres. De leur côté, les plus grandes associations qui mettent en place les politiques publiques disposent de budgets plus importants et captent la quasi-totalité des financements publics et privés. Par leur position de pivot, les associations de taille moyenne garantissent l’équilibre du secteur associatif, et favorisent la vivacité de l’engagement citoyen dans les territoires. Or leur implantation et leur action semblent de plus en plus menacées avec les difficultés croissantes à accéder aux ressources publiques et aux ressources tirées des dons et du mécénat dans un contexte de concurrence entre associations et avec le secteur privé.

 

[1] Cette enquête a été réalisée avec les concours de l’INJEP (Ministère des Sports, de la jeunesse et de la vie associative), de la Fondation Crédit Coopératif, de l’Institut CDC pour la recherche, de la confédération nationale du crédit Mutuel et de Chorum.

[2] Les budgets associatifs estimés pour 2017 l’ont été à la lumière de l’enquête Insee de 2014 sur le champ associatif.

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L'auteur

Viviane Tchernonog, chercheur au CNRS, auteur de la troisième édition de l’enquête nationale Paysage associatif français[1].

Méthodologie

Cette enquête est menée à partir d’un questionnaire adressé aux mairies et aux groupements de communes, qui le relaient auprès des associations présentes sur leur territoire. Elle a permis de rassembler des données exploitables sur plus de 7 400 associations. Les données recueillies portent sur l’année 2017.