Deux jeunes peignent bienvenue en peinture colorée sur une vitrine.

Vulnérabilité & précarité

Le savoir-vivre… ensemble !

 

Une résidence sociale cogérée permet à des travailleurs migrants mal logés depuis des années de vivre dans des conditions dignes et solidaires.

Mettre fin au mal-logement

À Montreuil, depuis la destruction d’un foyer de travailleurs migrants en 1980, plusieurs centaines d’hommes du peuple Soninké (Afrique de l’Ouest) vivaient dans des conditions précaires. Logés dans des préfabriqués, puis dans un ancien entrepôt, ils réclamaient depuis presque 40 ans le droit de cohabiter respectant leur mode de vie collectif et solidaire. En décembre 2015, ce projet se concrétise avec l’inauguration de la résidence sociale Nouvelle France. Soutenus par l’association Pour Loger, les résidents ont alors été accompagnés dans la mise en place d’un mode de cogestion innovant.  

Permettre à une aventure humaine de réussir

Entrés dans la résidence, les 193 nouveaux habitants ont rapidement trouvé leurs marques. Au sein de Nouvelle France, les chambres sont individuelles ou collectives mais chacun a désormais un lit, une table de chevet et une armoire. Les résidents partagent des espaces de vie commune : salons, cuisines, etc. « Dormir dans un lit, décemment, et pouvoir fermer la porte de chez soi, cela change tout, mais le travail ne fait que commencer, puisqu’il s’agit à présent de mettre en place concrètement la cogestion », explique Frédérique Penot, chargée de mission de l’association. L’originalité du projet réside en effet dans la mise en place d’une cogestion de la résidence entre ses habitants et l’association. « L’idée, c’est de prouver qu’en écoutant les bénéficiaires sur la manière dont ils ont envie de vivre, c’est plus simple et moins coûteux pour tout le monde. » Depuis l’emménagement, un groupe de travail composé de Pour Loger et de représentants des habitants, se réunit tous les jeudis pour traiter des affaires courantes : organiser la vie commune, régler les conflits internes, maîtriser l’occupation de la résidence. « Les règles sont plus strictes, c’est la différence avec le système d’autogestion qu’ils ont connu dans l’ancien foyer, ajoute Frédérique Penot. Par exemple, ils ne peuvent pas inviter la famille à dormir, or ça n’est pas évident culturellement pour eux qui fonctionnent sur des principes de solidarité. » Les principes d’échanges et de démocratie participative, instaurés depuis des années entre les acteurs du projet, ont été reconnus et salués par tous les observateurs.

La Fondation de France s’implique

Ce projet est soutenu par la Fondation de France qui participe aux frais liés à la mise en place de la cogestion.

Une expérimentation à suivre dans le temps

Pour Loger se donne deux ans pour réussir cette aventure humaine. Une action  exemplaire à suivre avec attention puisqu’il s’agit de la seule résidence en France destinée aux migrants qui ait fait le pari d’une participation aussi poussée. « Leurs principes de vie collective sont solides grâce aux années déjà partagées. Nous sommes confiants pour la suite », conclut Frédérique. 

 

BAKARY SISSOKO
PRESIDENT DE L’ASSOCIATION DES RÉSIDENTS

« Ça fait 31 ans que je suis en France. Je travaille pour la SNCF et j’ai vécu 19 ans dans l’ancien entrepôt. Cet emménagement a changé nos vies et ça se voit sur les visages, qui sont plus ouverts, plus souriants. Les gens sont soulagés et la bonne humeur commence à se faire sentir. Nous sommes aussi en meilleure santé. Chacun a son espace et nous partageons ensuite des pièces communes. Vivre collectivement, c’est se soutenir les uns les autres : nourrir et loger quelqu’un lorsqu’il ne travaille pas ou gagne peu. Nous nous assurons qu’aucun des nôtres n’est à la rue. Grâce à la résidence, c’est désormais possible. »