Parole d'expert

Fonds France 2i : « Nous investissons dans des entreprises qui contribuent à une économie durable »

22/09/2021

Il y a deux ans, la Fondation de France lançait le fonds à impact social et environnemental France 2i. Pouvez-vous nous en rappeler les grands principes ?

Historiquement, les rendements des placements financiers permettaient aux fondations d’assurer leur mission sociale, d’où une volonté de forte rentabilité. Il y a une dizaine d’années, l’investissement socialement responsable (ISR) s’est développé dans le secteur financier, avec pour objectif de mettre en cohérence les investissements et les valeurs d'une entreprise. Une tendance à laquelle la Fondation de France a adhéré en investissant dans l’ISR.

Il y a deux ans, nous avons voulu aller plus loin en créant un fonds à impact, pour davantage de complémentarité entre nos placements et nos missions sociales. France 2i a pour vocation d’investir dans des entreprises qui contribuent à une économie durable, en imaginant de nouveaux outils pour lutter contre le changement climatique, en favorisant l’insertion, en améliorant les conditions de vie des personnes vulnérables…

Quels sont les critères définis pour investir dans telle ou telle entreprise ?

Le France 2i est un fonds à impact généraliste, il peut donc investir dans tous les secteurs d’activité, dès lors que les entreprises participent à un changement systémique. Elles contribuent chacune à leur manière à faire changer les pratiques et faire évoluer la société. Cela implique un engagement fort de la gouvernance de l’entreprise dans laquelle on investit. Enfin, l’impact généré ne doit pas relever de l’intention, il doit être mesurable. Pour cela, nous avons créé un comité d’impact qui a pour objectif, en amont de tout investissement par le fonds, de s’assurer de la solidité de l’engagement de l’entreprise. Il étudie les prévisions d’impact proposées par l’entreprise. Un « business plan impact » est défini avec des objectifs quantitatifs sur deux ou trois critères d’impact. Ces indicateurs seront suivis, spécifiquement pour chaque projet : tonnes de CO2 ou de produits néfastes évités, nombre de personnes handicapées ou éloignées de l’emploi ayant trouvé un travail…

Autre critère :  veiller au bon équilibre entre les impacts positifs attendus de l’entreprise (que l’on évalue à l’aune des Objectifs de développement durable définis par l’ONU) et les éventuelles contributions négatives que pourrait avoir son activité. Par exemple, une entreprise spécialisée dans l’insertion professionnelle de personnes en situation de handicap contribuera pleinement à l’ODD 8 pour l’accès à un emploi durable pour tous, mais pourra avoir un impact négatif sur d’autres ODD comme l’environnement. Modèle que nous ne pourrions de fait pas accepter. Nous veillons à privilégier les modèles les plus vertueux.

Pouvez-vous nous donner des exemples d’entreprises dans lesquelles le fonds a investi ?

Nous avons investi dans M2i Life Sciences par exemple, qui produit des phéromones destinées à protéger les cultures des parasites et à limiter la reproduction des espèces invasives, sans faire usage d’insecticides. La pollution des sols est réduite, la biodiversité préservée tout comme la santé des utilisateurs.

Nous accompagnons également Hype, société de taxis roulant à l’hydrogène, qui ne produisent donc aucune émission carbone. Hype offre une solution de mobilité propre, mais lutte également contre la précarisation de l’emploi puisque tous les chauffeurs sont salariés.

Autre exemple : le cabinet de conseil Sirsa, qui accompagne les entreprises dans leur transformation environnementale et sociale, et diffuse à large échelle les bonnes pratiques en matière de mesure de suivi et d’amélioration de performance ESG (Environnemental, Social et Gouvernance) des entreprises. L’impact est ici indirect mais non moins réel !

Quel bilan faites-vous après deux ans ?

Doté de 100 millions d’euros dès sa création, ce fonds a déjà investi 71 millions d’euros, en soutenant 13 sociétés qui agissent dans les domaines de la transition énergétique, la transition agricole, l’économie circulaire, l’inclusion sociale et la préservation des océans... Au 30 juin 2021, le fonds a été rejoint par des investisseurs institutionnels français de premier plan comme la Banque des Territoires (Caisse des Dépôts) et des assureurs. L’entrée dans notre fonds de ces investisseurs institutionnels exigeants démontre la pertinence de notre engagement.

vignette-olivier-neumann-2021.jpg

Olivier Neumann est directeur financier de la Fondation de France.