Portrait de philanthrope

Laurent Joulin, la philanthropie clé en main

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D.R.

Cet entrepreneur a créé la Fondation Robin du Bien pour servir de passeur, de trait d’union entre les entreprises désireuses de s’engager dans une démarche altruiste et les associations les plus efficaces, qui agissent concrètement pour aider les jeunes à se former et trouver un emploi.

Le goût des autres est souvent affaire de famille. La preuve avec Laurent Joulin qui, aujourd’hui encore, aime rappeler l’empathie de son propre père. « Simple chaudronnier, il a réussi à créer une PME devenue leader mondial de sa spécialité. Mais au-delà de ce succès, ce qui comptait le plus pour lui était la richesse de ses relations avec ses collaborateurs », précise-t-il d’emblée. Un esprit d’entreprise à visage humain qu’il perpétuera en développant une société d’édition de logiciels devenue rapidement florissante et qu’il décide de vendre en 2011, à 46 ans. « J’ai pensé que j’avais atteint mes objectifs professionnels et je voulais passer au troisième temps de ma vie que j’ai toujours conçue autour de ce triptyque : apprendre, construire et partager. »

Tout en reprenant du service dans la PME familiale dirigée par son frère, il commence à soutenir plusieurs associations en tant que bénévole. Chassez le naturel, il revient au galop… Laurent Joulin constate que certaines fonctionnent bien en deçà de leur potentiel. « Je suis un peu déformé par mon prisme de chef d’entreprise. Quand j’examine un projet, je pense immédiatement à le rendre le plus efficient possible : le minimum de ressources, le maximum d’impact ! Je crois à la nécessité de mettre davantage d’efficacité dans la philanthropie, je m’inscris totalement dans cette nouvelle tendance : l’altruisme efficace. »

L’idée d’une fondation le titille, le décès brutal de son père en 2018 le décidera. Il crée dans la foulée la Fondation Robin du Bien, qu’il choisit d’abriter à la Fondation de France. Son objectif ? Offrir des solutions clé en main aux particuliers et surtout aux TPE et PME qui souhaitent se mobiliser pour le bien commun mais n’ont ni le temps, ni les moyens de mettre en œuvre cette aspiration. Pour cela, Robin du Bien repère les associations les plus crédibles autour de trois secteurs : les jeunes, l’éducation et l’emploi. « Cette sélection s’accompagne d’un conseil pour optimiser leurs actions mais aussi d’une "boîte à outils" très complète pour faciliter l’engagement des entreprises (gestion, suivi des actions…). En fait, toutes les informations qui m’auraient servi de déclencheur lorsque j’étais moi-même entrepreneur ! »

Un rôle de passeur, de catalyseur qui porte déjà ses fruits dans la ville pilote de Boulogne-Billancourt avec le développement de plusieurs projets concrets. Ceux-ci ont déjà permis le parrainage d’étudiants de l’association Cuisine Mode d’Emploi à qui Robin du Bien offre le kit de coutellerie indispensable pour un premier emploi. Autre coup de pouce : celui imaginé avec l’association L’École des Plombiers du Numérique pour laquelle la fondation finance les permis de conduire des jeunes tout juste sortis de formation. Sésame là encore indispensable pour décrocher un job. « La philosophie de Robin du Bien tient tout entière dans cette formule : ‘Donne un poisson à un homme, il se nourrit une journée. Apprends-lui à pêcher, il se nourrira toute sa vie’. Nos actions cherchent à faire passer un cap, à rendre les gens plus autonomes, plus indépendants. »

Un message pertinent, percutant, visiblement reçu avec grand intérêt par les premières entreprises approchées. Forts de ces résultats prometteurs, Laurent Joulin cherche désormais à augmenter son périmètre d’action en multipliant les projets : développer sa communication, créer une plateforme web pour permettre aux donateurs de suivre concrètement l’efficacité de leurs actions… « Nous essayons de multiples choses et je vois cette fondation comme une sorte de laboratoire, une start-up philanthropique dans laquelle je m’investis totalement. En fait, j’ai le sentiment de lui offrir ce que j’ai appris de meilleur. »